SANSAIS – LA-GARETTE (79) : des vœux, un thème « Donne moi ta main ! »

Publié le Mis à jour le

« On va zoomer sur 2019 puis, tous ensemble, on sortira de notre marais, de notre commune, de notre département, parce qu’on appartient à un ensemble qui s’appelle la France, qui s’appelle l’Europe, qui s’appelle la planète. Enfin, on va émettre des vœux, des souhaits pour que les hommes vivent en paix », annonce d’entrée, en guise de vœux, M. Rabah Laïchour, le maire de la commune de Sansais – La-Garette.

Ici la mairie de Sansais semble somnoler, mais, derrière cette façade, la municipalité travaille. Photo Gilles PETIT

Devant un parterre d’une centaine de personnes réunies samedi 19 janvier 2019 dans une petite salle du complexe touristique de La-Garette, M. Rabah Laïchour a d’abord dressé la liste des travaux réalisés sur sa commune en 2018. Il a débuté par la mise en sécurité à Sansais du carrefour des routes du Vanneau et de La-Garette, et du « plateau-ralentisseur » routier construit devant la mairie et l’église. A été aussi aménagée une salle d’activités sous le préau de l’école, opérationnelle depuis la rentrée scolaire. A cette occasion, une ancienne salle de classe a été transformée en salle de restauration pour les enfants de l’école.

Toujours à Sansais, dans le cadre du « zéro pesticide » un carré a été végétalisé et, dans un ou deux mois, un second bénéficiera aussi de cette végétalisation, avec l’aide d’un paysagiste professionnel.

Sur le site de La-Garette, un programme de plantations se poursuit, entre autres, avec l’association Maraisthon et la société Agentis partenaire de cette course pédestre qui « parle du Marais au-delà des frontières européennes, et même d’autres continents. »

Après le village de La-Garette, lequel est raccordé depuis très longtemps à la station de la commune voisine de Magné, Sansais bénéficie enfin de l’assainissement collectif. Le réseau et sa station d’épuration de type « filtres plantés de roseaux », d’une capacité de 600 équivalents-habitants, seront en fonctionnement en janvier. « Maintenant les toilettes au fond du jardin, logiquement c’est fini. Et quoi que l’on dise, heureusement que nous appartenons à un ensemble qui s’appelle la CAN [Communauté d’Agglomération du Niortais] puisque ce projet a été porté par l’intercommunalité. La commune de Sansais toute seule n’aurait pas pu mettre 1,450 million d’euros sur la table pour construire une telle station », a précisé le maire.

Côté santé, M. Laïchour s’enorgueillit: « Nous avons trois kinésithérapeutes et une infirmière. Dans les semaines qui viennent nous accueillerons deux autres professionnels de santé dont, nous espérons, un médecin généraliste. C’est notre objectif, ou alors voir avec les médecins des communes alentour s’ils ne peuvent pas assurer des permanences. »

« Pour les écoles, il y a quelques années, l’État nous a dit : la scolarité, c’est quatre jours par semaine ; quelques années après, c’est quatre jours et demi ; et depuis, vous avez le choix, » s’est étonné le maire. « Nous, on est passé à la semaine des quatre jours, par contre on n’a abandonné ni les parents, ni leurs enfants parce qu’on a proposé, avec nos collègues d’Amuré, mais aussi de Bessines pour le centre de loisirs, des activités le mercredi. Les parents peuvent déposer leurs gamins le mercredi matin dès 7h30 à la garderie. Ensuite il y a des activités assurées par des bénévoles ».

M. Laïchour a omis d’informer que le Syndicat Intercommunal à Vocation Scolaire, (SIVS) qui unissait les écoles d’Amuré, de Sansais – La-Garette et de Saint-Georges-de-Rex, a implosé fin 2017. En effet , les deux premières communes citées ont remis en cause le fonctionnement de cette structure créée dans le cadre d’un Regroupement Pédagogique Intercommunal (RPI). Depuis, Sansais – La-Garette et Amuré roulent en tandem dans le sens opposé, vers les loisirs proposés à Bessines. Se retrouvant isolée, Saint-Georges-de-Rex s’est tournée vers la commune voisine de Saint-Hilaire-La-Palud, laquelle l’a acceptée. Ces deux municipalités vont fonder une nouvelle organisation à compter de la rentrée 2019/2020, afin de répondre à l’obligation de l’accueil scolaire.

Lorsque la scolarité au SIVS était aussi le mercredi matin, le conseil municipal de Sansais – La-Garette du 28 août 2008 avait choisi adhérer au SIVU Coulon-Magné qui gère un espace petite-enfance et assure les centres de loisirs de mi-semaine et durant les vacances. Arguant de la fragilité du budget de la commune et, entre autres, la très faible fréquentation du centre de loisirs du mercredi par les enfants de Sansais, les élus locaux ont décidé de demander le retrait de leur commune du SIVU Magné-Coulon-Sansais – La-Garette, à compter du 1er janvier 2017. Le comité syndical n’est pas contre ce retrait mais il demande le règlement d’une importante « dette » due par Sansais – La-Garette. A notre connaissance, l’affaire est dans une impasse. Nous y reviendrons dans une prochaine édition.

Côté sécurité incendie, « Quand il y a le feu sur la commune, on appelle Niort », signale M. Laïchour qui ajoute « les pompiers mettent combien de temps pour arriver ? Parfois une demi-heure oui ! Souvent, ce sont ceux du Vanneau-Arçais ou ceux de La-Gorre qui viennent. Donc, nous avons décidé d’adhérer au syndicat CPI [Centre de Première Intervention] de la Courance. Nous sommes désormais quatre communes avec Frontenay-Rohan-Rohan, Amuré – La-Gorre et Épannes. »

La commune contribue au budget du SDIS (service départemental d’incendie et de secours), cette contribution s’élève pour 2018 à 14 033,96 €. Cette somme est déterminée depuis 2013 selon les critères de population DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) pour 40%, potentiel financier pour 30%, revenu de la population pour 30%. Des dégrèvements viennent s’appliquer dont l’appartenance à un CPI. Le budget communal va donc bénéficier d’un dégrèvement.

La fibre arrive

L’année 2019 débute par une bonne nouvelle : la fibre arrive à la fois à La-Garette et à Sansais. « C’était écrit dans les petits papiers de la première CAN (Communauté d’Agglomération de Niort), » rappelle le maire. « Les 29 communes devaient disposer de la fibre au plus tard en 2020. Et nous, on était programmé pour 2019. La CAN a tenu ses promesses. Il y aura une armoire à La Garette à côté de la piscine et une à Sansais près de la mairie à la place de l’ancienne cabine téléphonique. La fibre va arriver chez nous et donc les pigeons voyageurs c’est fini ! »

« Donne moi ta main »

M. Rabah Laïchour a ensuite ouvert en grand un autre volet de son intervention que l’on pourrait intituler « Le coup de gueule d’un maire ! ».

« Pour faire la transition, que se passe-t-il autour de nous ? D’abord il y a l’actualité internationale. Aujourd’hui, il y a le désespoir un peu partout et on ne peut pas dire qu’on n’est pas concerné. Pourquoi ? Parce que ce matin, vous avez tous pris un café, je suppose ?! Ce café arrive de l’autre bout du monde. Ce matin, vous avez peut-être pris des tartines de pain avec du beurre. Le pain est fait à base de blé. Les prix sont fixés par des marchés internationaux qui se trouvent à l’autre bout du monde. On ne peut pas vivre tout seul comme ça, en autarcie, on est concerné par tout ce qui se passe dans le monde. Le terrorisme; on est concerné. Aucun pays n’est épargné. On ne peut pas rester indifférent. Les migrants; en 2018, il y a eu 2200 migrants morts en Méditerranée. C’est plus que les victimes du terrorisme. Ce que les politiques appellent le populisme; on est aussi concerné parce qu’on dépend de l’Europe. En fonction de ceux qui vont décider demain à Strasbourg, à Bruxelles, des aides aux agriculteurs, des normes pour les communes, etc, on est dépendant de ça. Donc, on ne vit pas seuls.

« L’autre désespoir aujourd’hui, c’est, d’une part, le blues des maires des petites communes. On leur donne de moins en moins de moyens, mais on leur dit, il faut proposer toujours plus de services pour vos administrés. Ce n’est pas possible. La colère noire des gilets jaunes. Les bassines. L’hôpital : si on allait tous tout de suite (nous sommes quatre-vingt à cent personnes, peu importe) aux urgences à l’hôpital. On ferait la queue. Le dernier d’entre nous passerait peut-être dans deux jours, et encore… . C’est aussi un peu le désespoir. J’ai pris cela comme exemple, j’aurais pu en citer d’autres. Au dessus de tout ça, il y a Thomas Pesquet. Lui, a pris de la hauteur, il a regardé et il nous a dit : terriens, arrêtez vos bêtises, moi je vous regarde. D’abord, il ne nous a même pas vus parce qu’on est tellement petits, il a vu la terre mais il n’a pas vu les habitants de Sansais, de La Garette, il a regardé la terre dans son état. Aucun d’entre nous n’est venu de Mars ou Jupiter, nous sommes tous sur cette planète Terre. Et sur cette planète Terre, imaginez : vous habitez à Sansais et vous ne vous entendez pas avec votre voisin, qu’allez-vous faire ? Vous allez appeler le maire. Le maire va vous dire appelez la Gendarmerie. Quand les gendarmes arrivent, ils vont vous dire, le pouvoir de police c’est le maire qui le détient. Vous revenez voir le maire. Après vous pouvez dire, finalement à Sansais les voisins ne sont pas sympas, je vais aller habiter à Magné. Mais à Magné, vous allez transférer le problème sur mon collègue de Magné. Vous ne pourrez pas dire, je vais habiter sur un autre planète. Nous sommes condamnés à vivre sur la planète Terre et seulement sur la planète Terre.

« Le premier vœu que nous pouvons émettre : un monde sans terrorisme. Mais non, ça ne marchera pas. Parce qu’une des premières industries est l’industrie de l’armement. Donc il faut vendre des armes. Dans le top 10 des plus grands vendeurs d’armes au monde, la France est en quatrième position. Il faut que le jeu continue. Si on ne veut plus de terrorisme, il ne faudra plus fabriquer d’armes.

« Un autre vœu : la fin des murs. C’est bizarre parce qu’il y a des murs qui tombent (Berlin, les deux Corées); mais pendant ce temps, ailleurs, on a le truand Donald Trump qui s’accroche à son mur ; vous avez un mur au Proche-Orient; c’est Israël qui en construit un pour éviter que les Palestiniens reviennent chez eux.

« Un autre espoir, c’est un monde sans guerre. Un autre espoir, c’est un monde sans pollution, il y a ce que l’on appelle un 7ème continent. On est en train de rêver, mais peut-être que certains vont se réaliser si chacun fait son petit bout à son niveau. Un autre espoir, c’est un monde sans pesticide, les pesticides tuent plus de personnes que les terroristes. Un autre espoir : la fin des actes gratuits et irresponsables, parce qu’il y a des choses qui se passent chez nous (saccage d’un appareil distributeur automatique de pain, vol de plantations, . . .), on espère qu’il y aura moins d’incivilité. Nous avons reçu dans nos boîtes à lettres un papier, non signé, distribué au mois de novembre. Il y a eu un deuxième papier et dans celui-ci on nous dit M. le maire vous n’avez pas répondu ! Comment voulez-vous que je réponde à un inconnu, ce n’est pas possible, il n’est pas signé, c’est un manque de courage, lamentable. Un autre espoir, c’est moins d’inégalité. « Face aux gilets jaunes, des maires français déstabilisés ! » a titré un journal. Pourquoi les maires ? Ce monsieur, cette dame, ce n’est pas le maire qui les a nommés ou a fixé leur salaire. Les maires n’y sont pour rien dans cette histoire, c’est le gouvernement qui les nomme, qui fixe leur rémunération. Autre titre : « Malgré la baisse du pétrole, Total a réalisé 8 milliards de dollars de bénéfices en 2016. » On marche sur la tête. Le prix du baril diminue, le prix de l’essence à la pompe augmente. Il y a la colère des gilets jaunes, il faut que les maires viennent éteindre le feu. Nous, on n’y est pour rien dans cette affaire. Vous voyez, c’est plus compliqué qu’on nous le dit. C’est bien facile de botter en touche, de dire c’est pas moi c’est les autres.

La patate chaude.

« On nous donne la patate chaude maintenant. Vous, les maires vous allez organiser des réunions, vous allez mettre des cahiers de doléances. Nous, à la mairie, on a une chemise pour mettre les doléances. « Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés par rapport à leur utilité ? » Je vais vous faire une proposition : la mairie est un service public, on va fermer la mairie pendant un mois, est-ce que vous êtes d’accord ? Notre ami qui est là-haut n’est pas né de la dernière pluie parce qu’il dit notamment : A l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? Ça veut dire qu’il faudra que vous apportiez des solutions pour ces nouveaux services donc il demande à la population. L’argent se trouve où ? Voilà la vraie question. »

Malgré cela, la vie continue. En 2019, il y a un recensement de la population de la commune, des animations, des spectacles, des activités sportives, une ferme pédagogique, le Maraisthon (15 et 16 juin 2019), les Foulées du Marais (19 mai 2019), du théâtre, l’allée enchantée. . . .

Le dernier mot est revenu à Madame Dominique Pougnard, conseillère départementale des Deux-Sèvres : « Bob Marley disait : la vie est une longue route jalonnée de panneaux indicateurs et je vous souhaite d’éviter ceux de l’indifférence, de la haine, de la méchanceté, du repli sur soi et de prendre celui de la solidarité, de l’amitié, de la fraternité, de l’ouverture aux autres. »

Enfin, M. Rabah Laïchour a conclu cette cérémonie des vœux en diffusant ce clip-vidéo du chanteur Claudio Capéo interprétant « Ta main » :

 

Gilles PETIT

 

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