Mois: août 2019

MARAIS POITEVIN : A Coulon, une bénédiction des bateliers entre tradition et animation touristique

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Le dimanche 18 août 2019, le village de Coulon (79) a été le théâtre d’une « bénédiction des bateliers ». Le nom de Saint-Nicolas, le patron des bateliers et mariniers, et des navigateurs d’une manière générale, n’a pas été cité. En effet, il s’agissait d’une animation touristique imaginée en 2003 par le curé local, l’abbé Michel Chataigner. A l’époque, le Père Michel, comme l’appelaient amicalement les Coulonnais croyants ou non, parlait de « pardon » car plusieurs centres importants de la batellerie en France et en Belgique utilisaient ce terme pour désigner des fêtes et traditions souvent anciennes ponctuant la vie marinière,  toujours avec une double vocation, civile et religieuse.

Installés chacun dans un bateau, une vingtaine de guides-bateliers, tous employés par la même entreprise de balades touristiques ont participé à la manifestation. Photo Gilles PETIT

S’inspirant d’une demande formulée, l’année précédente, par des motards stationnés sur le parvis de l’église de Coulon, qui avaient demandé au prêtre, et obtenu, de les bénir avec leurs motos, le père Michel a eu l’idée d’appliquer cette « tradition » aux guides qui conduisent les touristes en barque sur l’ensemble du Marais Mouillé. L’idée a alors évolué en manifestation qui n’aurait rien de religieux car elle était alors réprouvée par le Conseil pastoral du secteur qui couvrait, à cette époque, les communes de Coulon, Magné et Sansais-La Garette.

Du haut de la passerelle coulonnaise, le père Michel a procédé à la toute première « bénédiction des guides-bateliers » le samedi 14 juin 2003. Photo Gilles PETIT/CO

Grâce à sa pugnacité « légendaire », le père Michel Chataigner a réussi à organiser, le samedi 14 juin 2003, une nouvelle animation estivale à Coulon qu’il a appelée : « la bénédiction des bateliers ». En réalité, c’était un rassemblement de guides-bateliers volontaires, croyants ou non, de l’ensemble des embarcadères commerciaux de la Venise Verte. Ce fut un succès. 37 guides-bateliers, issus donc d’entreprises locales, ont répondu à l’appel, munis chacun d’une pelle (une rame) à la main.  Ce samedi-là, les participants se sont rassemblés sur le parvis de l’église de Coulon pour s’élancer à 9 heures précises vers les quais de la Sèvre Niortaise jusqu’à la place de la Coutume, en suivant une joueuse d’accordéon. A 9h15, les guides embarquaient à bord de sept bateaux à la cale de la Coutume, lesquels ont remonté la Sèvre Niortaise en amont de la passerelle qui enjambe ce fleuve. Puis, à 9h30, simplement accompagné de deux enfants de chœur, le père Michel s’est installé sur la passerelle. Il a d’abord entonné la chanson « Les bateliers de la Volga », avant de faire une brève allocution. Il a notamment retracé l’histoire des activités quotidiennes des Maraîchins et celle des premières balades touristiques. Ensuite, il a procédé à la bénédiction proprement dite. Un quart d’heure plus tard, tout le monde, y compris le peu de personnes présentes, s’est réuni autour du verre de l’amitié servi à proximité sur le Quai Louis-Tardy. La matinée s’était poursuivi en musique et en pas de danse.

En septembre 2004, après trois années de sacerdoce dans le Marais, l’abbé Michel Chataigner fut nommé dans le nord des Deux-Sèvres, en pays thouarsais. L’abbé Fabien Zlatev, son successeur, n’a repris le flambeau qu’en 2011, répondant favorablement aux sollicitations de la municipalité Michel Simon et d’un entrepreneur de balades touristiques installé à Coulon. Avant son départ pour Chauvigny dans la Vienne, en septembre 2014, le père Fabien a transmis la « tradition » à ses successeurs, le père Auguste Sambou, en collaboration avec un autre prêtre-coopérateur, le père Claude Baratange, responsables d’une nouvelle paroisse « Sainte-Sabine en Niortais » regroupant les communautés des anciens secteurs pastoraux de Beauvoir-sur-Niort / Frontenay-Rohan-Rohan, Marais / Mignon et Prahecq / Fors.

Le père Fabien Zlatev lors de la bénédiction des bateliers.
En 2014, le père Michel Chataigner (au premier plan sur la photo) était au côté du père Fabien Zlatev lors de cette « bénédiction des bateliers ». Photo J. C. Coursaud/NR
 

Dimanche 18 août 2019, la « bénédiction des bateliers » a suivi un protocole semblable à celui élaboré par le père Michel. A ceci près que les festivités ont débuté à 19 heures, après la journée de travail des guides-bateliers. Au départ de l’église de Coulon, les abbés Auguste Sambou et Claude Baratange ont conduit le cortège en présence de Monseigneur Pascal Wintzer, archevêque du diocèse de Poitiers.

Sans croix chrétienne ostensible, les prières, les chants et les textes entonnés depuis l’autel improvisé au sommet de la passerelle, ont donné un caractère particulièrement religieux à cette manifestation. Une animation qui s’est déroulée au-dessus et sur un fleuve du domaine public.

Archevêque de Poitiers, Monseigneur Pascal Wintzer. Photo Gilles PETIT

Dans son commentaire de circonstance, Mgr Pascal Wintzer a parlé du Marais Poitevin « fruit d’un équilibre savant et délicat où tout doit être pris en compte à la fois, l’eau, la végétation, la faune et aussi les êtres humains. » Il a développé ses propos : « le Marais Poitevin, c’est un peu un raccourci de toute notre planète. Notre planète est aussi fragile. Fruit d’un équilibre savant où chaque élément a sa place. (. . .) Nous sommes à une époque, c’est le cas de notre génération, où nous prenons conscience de cette fragilité, la fragilité de la planète, la fragilité des animaux et la fragilité de notre vie. Nous avons oublié cette fragilité. On a voulu se développer, nous occidentaux, à tout prix. Au prix de l’exploitation de la planète et de ses ressources et on mesure aujourd’hui les conséquences de cela à travers les différentes crises qui marquent toute notre planète. (. . .) L’eau, la végétation, les espèces qui disparaissent et même l’humain qui, à terme, pourrait voir son espérance atteinte. (. . .) J’espère que vous continuerez, vous bateliers et vous tous ici qui vivez dans le Marais, à accueillir tant de visiteurs pour qu’ils transmettent cette leçon, cette leçon d’espérance dont l’humanité a été capable de faire un Marais si beau et d’une humanité qui aujourd’hui encore et demain est capable de construire et de faire que notre planète soit plus belle, plus belle pour tous et plus belle pour tous les êtres humains. Espérons; le Marais est une source d’espérance. »

Gilles PETIT

La passerelle de Coulon, un autel de circonstance. Photo Gilles PETIT

COULON (Marais Poitevin) : « Le mystère de l’icône cachée », une exposition BD dans l’église en août 2019

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L’Espace Saint-Hilaire de Niort, avec la participation des paroisses Sainte-Sabine et Saint-Jean-Baptiste en Niortais, propose COULON (Marais Poitevin) : « Le mystère de l’icône cachée », une exposition BD dans l’église en août 2019

M. Roger Barbe (à gauche), membre de la paroisse, et le Père Jérôme de La Roulière ont inauguré la nouvelle exposition consacrée à la BD de Jean Evesque « Le mystère de l’icône cachée ». Photo Gilles Petit

En 1967, un Français se balade dans les rues de Moscou, une capitale qu’on ne présente plus. Au détour d’une rue, Jean-Claude est abordé par un inconnu qui lui fait une proposition étonnante : acheter clandestinement une vieille icône orthodoxe du XVème siècle. Piqué par la curiosité, Jean-Claude va suivre cet inconnu et découvrir l’histoire singulière de cette icône à travers les siècles. Cette rencontre improbable va changer sa vie. Telle est la trame de départ de la BD « Le mystère de l’icône cachée », publiée aux éditions Béatitudes.

Après le Festival de la BD d’Angoulême, en décembre 2019, l’exposition était installée à Melle le mois dernier. En septembre, elle rejoindra Bruxelles en Belgique.

Inspirée d’une histoire vraie, cette BD est le récit d’une icône du Christ, réalisée par le moine Andreï Roublev, qui devint la propriété d’une humble famille russe. Passant de main en main, tour à tour cachée, puis oubliée pendant des années, à sa réapparition elle fascine tous ceux qui la contemplent.

Quels sont les destins de ces hommes et de ces femmes qui ont croisé le regard de cette icône ? Quel mystère entoure cette œuvre qui a traversé les siècles ? La réponse n’est pas forcément évidente à définir au fil de la vingtaine de planches (sur 44 que compte la BD originale) exposées en l’église de la Sainte-Trinité à Coulon.

Selon le Père Jérôme de la Roulière, animateur de l’Espace Saint-Hilaire à Niort : « On voit bien les trois « époques  » de cette histoire. Elle commence par un homme qui, dans les années 1980, avant la chute du Mur, est allé en Russie. Il rencontre par hasard une famille qui veut vendre un bien familial, une icône. Cette icône a une grande valeur artistique. Il se rend compte que c’est une icône d’Andreï Roublev, le grand peintre de l’icône. Le moine Andreï Roublev, à un moment, s’est enfui de son monastère, et a donné sa dernière icône au membre de cette famille qui l’accueille à sa sortie du monastère. A l’époque du communisme, cette icône a changé la vie du grand-père de la famille qui, persécuteur de chrétiens, est devenu chrétien lui-même. Depuis, cette icône protège la famille. Finalement, l’homme achète l’icône, laisse l’argent mais ne prend pas l’icône, puisqu’elle a protégé la famille. »

Dans cette exposition, des planches relatent la création d’une icône, d’autres évoquent Andreï Roublev et la beauté de la nature. Quelques planches rappellent la persécution par le communisme des années 1930, alors que d’autres planches d’aujourd’hui représentent quelqu’un seul dans la vie qui découvre la Russie et l’icône.

L’auteur Jean Evesque Photo DR

« L’auteur Jean Evesque est un éducateur de jeunes, » poursuit le commissaire de l’exposition. « Il s’agit de sa première bande dessinée. Jean Evesque parle des icônes et de ce qui se passe dans les églises. » Jean Evesque est membre de la Communauté des Béatitudes depuis 2004. Diplômé de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille, il se lance en 2013 dans la bande dessinée. Dans cet album, il exprime, dit-on, un beau sens de la narration avec un récit qui parcourt les siècles, d’un monastère rayonnant du XVème siècle, au dénuement misérable d’un appartement du Moscou des années 1960, dans lequel se terrent les derniers héritiers de l’icône séculaire, cherchant à s’en débarrasser pour la sauver de la destruction. C’est de « l’Église du silence » qu’il est aussi question, celle de ces chrétiens condamnés à la clandestinité sous l’ère soviétique.

« Cette BD est dessinée dans les tons sépia », fait remarquer le Père Jérôme de La Roulière. « C’est un peu la mode aujourd’hui. Nous, on est plus habitué à des couleurs plutôt vives, crues. Le noir et blanc confère de la sobriété. »

L’icône ?!?!

L’icône religieuse est une forme de peinture particulière. On dit que la première icône a été peinte par Saint-Luc. L’art des icônes a pris naissance dans l’empire romain d’Orient (Grèce, Syrie, Égypte. . .). Il a vraiment commencé à se répandre au Vème siècle après le concile d’Éphèse où Marie a été déclarée solennellement Mère de Dieu. Dès le Xème siècle, l’icône avait pénétré dans une Russie qui s’ouvrait au christianisme. L’icône est devenue un élément essentiel de la vie religieuse des orthodoxes russes avec un nombre impressionnant d’icônes produites. « Il y a une tradition russe et une tradition grecque, » précise le commissaire de l’exposition. « Le doré a beaucoup d’importance puisque l’icône montre que le monde est habité par des forces spirituelles et des belles forces. Andreï Roublev est un moine, mais les icônes peuvent être peintes par tout le monde. Même aujourd’hui sous sa forme bande dessinée. Les gens aiment peindre les icônes. Les écoles d’icônes sont ouvertes aux non croyants comme aux non pratiquants. »

L’exposition est ouverte jusqu’au 31 août 2019, de 8h00 à 20h00, en l’église de la Sainte-Trinité de Coulon. Entrée libre.

Gilles PETIT

http://www.eglise-niort.net/-espace-st-hilaire