Sèvre Niortaise

COULON (79) : Applaudissements pour l’artiste ANDRE PIGNOUX

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Vendredi 23 mars 2018 après-midi, on se pressait, pour ne pas dire on courait, à Coulon (Deux-Sèvres). Pour assister à la toute dernière représentation de l’homme de théâtre qu’était André Pignoux. Autour du cercueil placé au milieu d’une allée centrale du cimetière, la foule des grandes premières formait comme un cocon protecteur. Ici, il n’y avait point de spectateurs. Tous étaient, cette fois-ci, acteurs d’une pièce qui clôt un « livre de la vie ».

L’homme de théâtre et complice des artistes de toutes factures André PIGNOUX (juillet 2017)       Photo Gilles Petit

 A la demande de la famille, Jean-Claude a feuilleté le « livre de la vie » d’André Pignoux : « Et maintenant te voilà plongé dans la nuit. La nuit interminable, cette nuit dont nous savons toi et moi qu’elle ne finit jamais par un matin. L’information est arrivée implacable, certes mais sans surprise. »

« André Pignoux, ce Coulonnais de toujours est tombé dans le guet-apens de la vie qui est propre à chacun. » Parti discrètement à 86 ans, André est né en 1931, à Magné (Deux-Sèvres), sur la rive gauche de la Sèvre Niortaise. Ses parents travaillent alors sur la rive droite à Coulon. Dix ans plus tard, une petite sœur le rejoint, Françoise.
« Un passage à la communale et une adolescence sans histoire vont révéler un enthousiasme particulier pour le théâtre. Le Coulon d’alors sort de la seconde guerre mondiale, un vent de liberté s’affiche, les pièces de théâtre se multiplient, André y trouve ses repères et excelle dans de multiples interprétations. Pagnol, Labiche ou encore cette pièce en un acte de Tchékhov, « Les méfaits du tabac » où, seul en scène, André se révèle brillantissime.

« La présence de la famille Richard, du cinéaste Pierre Gurgand et surtout de Cosette Richard vont transformer la vie d’André Pignoux. Ils se marient et se réjouissent de l’arrivée de Sandrine, leur fille unique. »

A son retour de Paris en 1969, André Pignoux a pris sa plume :

« C’est le départ vers la capitale, poursuit  J.-C., André et Cosette Pignoux sont accueillis, excusez du peu, par la famille Serreau. Grâce à ses qualités de machiniste, de photographe, d’électricien, il devient l’homme indispensable. De cabarets en théâtres, André travaille sans relâche, ce qui est d’autant plus épuisant qu’il faut composer tous les deux jours avec une nouvelle pièce. Pourtant, ce côté « ombre et lumière des éclairages » le séduit.

« Malheureusement, André tombe malade. Inexorablement, c’est le retour vers le Marais.

« Fort d’une détermination sans faille, et avec son inséparable Cosette, il s’investit dans le théâtre et les arts. Coulon devient la capitale culturelle du Marais Poitevin. En 1970, André loue, crée et aménage une authentique ferme, une maison ayant appartenu à M. Camille Paris, sur la rive gauche de la Sèvre Niortaise – un lieu qu’il baptise « la Grange à Camille » [aujourd’hui La Grange de Camille] et qui, très vite, devient mythique. Ensemble, ils créent une véritable maison d’artisans et un repère d’artistes. Plus tard, avec le concours de la municipalité et d’une équipe de bénévoles, ils mettent en place un rendez-vous culturel estival annuel : les Soirs d’été. » Ce festival a vécu quinze années jusqu’en 1985. Parallèlement, en période hivernale, la même équipe a géré pendant sept ans un cabaret nommé « Le raton laveur », installé dans l’ancienne demeure du receveur de la Coutume. Un bâtiment qui héberge aujourd’hui la Maison du Marais Poitevin.

« Que d’artistes prestigieux ne sont pas venus à Coulon ! Le plus illustre d’entre eux est Jean Cocteau, qui fait le déplacement en août 1974. Des chanteurs tels que Jean-Roger Caussimon, Mouloudji, Paco Ibanez et Colette Renard, pour n’en citer que quelques-uns, transforment eux aussi le petit village en un haut-lieu de culture. »

Les générations actuelles connaissent Cosette et André Pignoux, comme les fondateurs du Théâtre Roger-Blin, en août 1984. Siégeant à Coulon, cette pépinière d’artistes de théâtre est dédiée à « un ami et collègue »: Roger Blin. Ce grand acteur et metteur en scène était décédé quelques mois auparavant.

Tous les Maraîchins, et les autres, se souviendront du photographe André Pignoux. Témoin de son temps, ce véritable historien de la photographie a saisi entre les années 1946 et 1950 des documents d’une valeur inestimable.

L’artiste André Pignoux devant quelques unes de ses œuvres dans La Grange de Camille (juillet 2013) Image Capt’Action79

Dans notre reportage vidéo consacré à La Grange de Camille, édition 2013 ( à voir ou revoir à l’adresse : https://youtu.be/4AortAw5HWI), André Pignoux s’exprime  : « Revenu dans mon pays, j’ai appris la photo, je me suis installé photographe. J’ai voulu figer mon pays dans la photographie. C’était l’époque charnière où les tronçonneuses remplaçaient les scies, les tracteurs remplaçaient les chevaux. Tout changeait, les vaches en bateau, les dernières laveuses au bord de la rivière, j’ai saisi tout ça. C’est parti vite en trois – quatre ans. Alors c’est ce qui m’a beaucoup motivé et le noir et blanc. J’ai toujours adoré le noir et blanc. Parce que, peut-être, on m’a dit que venant du théâtre comme régisseur éclairagiste, au Théâtre de Lutèce à Paris, j’ai toujours été fasciné par le noir et blanc et les éclairages clairs-obscurs. Avec le numérique, c’est autre chose, l’âge arrivant faut savoir arrêter maintenant. »

Des photos d’André Pignoux dans le livre Simeons du Marais.

Le photographe André Pignoux a aussi participé à la publication de livres dont Cuisine de Poitou et de Vendée de Jeanne Philippe-Levatois, une collection ‎Poitiers Cuisines régionales, aux Éditions du Marais 1968 ; Simeons du Marais de Pierre Gurgand, aux Éditions du Quéré 1989 ; et une plaquette disque Bataille de Torfou 1793, un scénario de l’auteur Serge Danot, une adaptation de Marcel Jaud.

« Le temps passe, conclut Jean-Claude, l’érosion de la vie fait ses ravages et nous rappelle tous pour le grand sommeil. Ne soyons ni tristes, ni accablés de chagrin, il nous suffit de rester fidèles dans l’œuvre culturelle qu’André Pignoux a si brillamment défendue. La plus belle garante en est incontestablement Cosette, qui perpétue sa passion théâtrale avec le brio que les Maraîchins lui connaissent. »

 Monsieur André Pignoux a quitté la scène sous les applaudissements.

 

Gilles PETIT avec Jean-Claude Coursaud

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MARAIS POITEVIN : le Collectif « Bassines Non Merci ! » lance « La Marche des Pigouilles » – dimanche 4 mars 2018 à Mauzé-sur-Le-Mignon (Deux-Sèvres)

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Protestant contre le projet de construction de 19 « réserves de substitution » destinées à l’irrigation, environ 1500 personnes avaient formé une chaîne de 1,7 km autour d’une parcelle de 18 hectares, le samedi 11 novembre 2017 dans la plaine d’Amuré, une commune du Marais Poitevin des Deux-Sèvres. « On a besoin de vous le 4 mars prochain ! » clame le collectif « Bassines Non Merci ».

« Bassines Non Merci ! » est un collectif composé de citoyens, d’élus, de scientifiques, d’associations environnementales, de naturalistes, d’agriculteurs et de paysans, mais aussi de chefs d’entreprises, d’organisations syndicales, de partis politiques (EELV, PS 79, FI, La République en Marche 79, le Modem 79. . . d’hommes politiques UDI comme le Maire de Niort également Président de l’Agglomération du Niortais ..) et de plus en plus de maires du Marais Poitevin, du Haut Val de Sèvre . . .) qui s’opposent à la construction de cette première vague des 19 réserves d’eau en Deux-Sèvres et en Charente-Maritime.

Au total, le programme  concernera 200 bassines sur le territoire au profit de seulement 10% d’agriculteurs céréaliers, financées avec 70% d’argent public, au-dépens du patrimoine naturel et du partage équitable du bien commun qu’est l ‘EAU.

Le collectif organise une nouvelle manifestation de masse, (il est attendu entre 3000 et 4 000 participants), pour faire vaciller les pouvoirs publics auprès desquels les financements ont été sollicités. Pourquoi ? Parce que l’opposition citoyenne est la véritable arme contre ce projet, comme à Notre-Dame-des-Landes.

La manifestation du 11 novembre 2017 à Amuré (Deux-Sèvres), qui a rassemblé 1 500 opposants, ayant permis aux pouvoirs publics de mesurer l’opposition citoyenne à ce projet, le collectif souhaite transformer cet essai  le dimanche 4 mars 2018 à Mauzé-sur-Le-Mignon (Deux-Sèvres), commune sur laquelle trois « bassines » sont prévues. En une année, celles-ci détourneraient la consommation sur huit ans des 2 800 habitants de Mauzé-sur-Le-Mignon.

Pourquoi on s’oppose à ce projet (voir ce schéma explicatif :Bassines_info_Sèvre_niortaise_VF )
  • Une injustice économique et environnementale : sans même parler du coût global de 60 millions d’euros financés à 70% par des fonds publics, ce qui serait au passage inconcevable pour toute entreprise privée dans n’importe quel autre domaine, le coût pour la collectivité à l’échelle de la Région s’élèverait à 9,9 millions pour les seules 19 bassines de la Sèvre-Niortaise, et à 77 millions pour l’ensemble des 120 bassines en projet (sur les 200 envisagées) dans une période de contexte budgétaire difficile pour l’ensemble des collectivités locales. Et que dira l’Europe de l’utilisation de fonds FEADER si ceux-ci sont incompatibles avec la « Loi cadre sur l’eau et l’atteinte du bon état écologique des rivières en 2021 » ? On peut légitimement penser que la Cour Européenne de Justice aura sûrement une réponse à apporter.
    Le collectif s’oppose au non respect de la loi sur l’eau, avec ces projets d’un autre âge, les trois priorités de la loi sur l’eau s’inversent, avec ses dégâts sur nos cours d’eau et, cette année, c’était le cours d’eau de Crépé à la Grève-sur-Le-Mignon (Charente-Maritime) un 10 février en plein hiver.
    On veut de l’eau pour tous : pêcheurs, kayakistes, paysans, jardiniers, les arbres, amoureux de la nature, pour nos rivières, les poissons, batraciens. . .

  • Un déni de démocratie : des manquements flagrants en terme de concertation et d’information de l’ensemble des acteurs socio-économiques, dès l’enquête publique et alors que les signaux d’opposition à ce projet se multiplient chez les élus, citoyens, agriculteurs, paysans, chefs d’entreprises, scientifiques, forces politiques du territoire…

  • Une injustice économique et sociale (voir les détails dans ce document : Histoire volumes irrigation agricole SevreMignon_v2018 ) : quelle équité entre exploitants agricoles qui seront connectés à la bassine et qui auront la garantie d’un accès sécurisé à l’eau, et les autres qui devront se partager l’eau restante dans la nappe après le remplissage des bassines. Récemment deux paysans ont eu un refus d’accès à l’eau sur la Boutonne pour leur projet d’installation. De plus, la démesure des projets enfermera l’ensemble des adhérents de la COOP de l’eau (raccordés ou non) dans une voie sans retour de par l’ampleur des investissements initiaux et l’augmentation du prix de l’eau, le tout dans le cadre d’un montage économique fragile (non viable sans une part de 70% d’argent public et basé sur des prévisions de remplissage 9 années sur 10, ce qui n’aurait déjà pas été le cas sur les dix dernières années et semble encore plus optimiste pour les décennies à venir).

  • Un choix sociétal : le collectif souhaite donner une impulsion nationale à l’accompagnement à la transition vers des modèles agricoles durables, adaptés aux territoires et respectueux des hommes et des milieux, et dire stop à ce modèle destructeur des ressources naturelles et du monde paysan.

Lors de la journée du 4 mars 2018, le collectif organisera un marché de producteurs locaux de 10:00 à 17h00 auquel nous souhaitons vous associer afin de renforcer toujours et toujours l’importance de consommer local pour privilégier l’économie du territoire, mais aussi pour mettre en avant votre agriculture respectueuse de notre environnement.

Et si vous le souhaitez, n’hésitez pas à diffuser cette invitation afin de proposer à vos amis, votre famille, de participer à la Marche des Pigouilles. Le collectif précise que « plus on sera, plus on aura de chance de vaincre et de travailler autour d’un véritable projet de territoire dans l’intérêt de tous, de nos enfants et petits enfants et de la planète ! »

 Loïc MICHAUD
Pour le Collectif « Bassines Non Merci ! »

MARAIS POITEVIN : le film vidéo du 29ème Festival de peinture de Magné

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Le Festival International de Peinture de Magné (79 FRANCE), ouvert à tous, est un des premiers rendez-vous de peintres en France. Ce festival est organisé par Magné Animation, association culturelle soutenue par les Salons Nationaux que sont la Société des Artistes Français et le Salon Violet, ainsi que par des journaux spécialisés tel que Univers des Arts, et de nombreux autres partenaires fidèles. Pendant deux jours, les peintres participants doivent réaliser une œuvre exclusivement sur le territoire de la commune.

En attendant la 30ème Festival, qui aura lieu les 21 et 22 juillet 2018, voici le film vidéo de l’édition 2017 au lien YouTube suivant : https://youtu.be/vfZFOc2-H7I


Voici le palmarès de l’édition 2017 en images vidéo offertes par Capt’Action79 et Magné Animation :

 

COULON (79) : « La Grange du Champ des Dames », un monument historique détruit ?!

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En mars 2003, le conseil municipal de Coulon voulait « sauver de la ruine au regard de son importance et de ses caractéristiques, ce patrimoine bâti d’intérêt général » ; En février 2017, les élus déclarent qu’il est « dans un tel état de délabrement et d’effondrement qu’il devient inconcevable, pour des raisons d’hygiène et de sécurité mais également de respect de l’environnement, de le conserver en l’état ». Ballottée d’un projet à un autre depuis les années 1990, « La Grange du Champ des Dames » de Coulon était un monument historique menacé.

Construite sur la voie romaine qui reliait la Saintonge à l’Anjou, « La Grange du Champ des Dames » était l’une des plus anciennes métairies de Coulon rattachée au prieuré du même nom situé à côté de l’église, au centre du village de Coulon.

Aujourd’hui, des fouilles archéologiques seraient indispensables en amont de tous éventuels projets, lesquels seraient gelés. En effet, selon histoirecoulon.centerblog.net/14, « trois tombeaux gallo-romains furent trouvés en 1883 dans un terrain situé à droite de la Route de la Gare [appelée aujourd’hui la Route du Gué romain] qui conduit au gué contigu à l’ancienne entrée qui mène au Gué Romain de la Grange et du pré appelé « Le Pré Feuillant » ou « Pré Fillon » du nom des Feuillants, religieux propriétaires jusqu’à la Révolution du Prieuré de la Grange et Pré-Fillon à cause de Jacob FILLON, fermier général du prieuré de la Grange au 17ème début 18ème siècle. »

Dans le projet d’autoroute A83, le contournement de Niort envisageait plusieurs tracés. Le n°3 passait devant la Grange du Champ des Dames et sur le Gué romain au franchissement de la Sèvre Niortaise entre les communes de Coulon et Magné. (document NR79 des 10 et 11/09/1994)

De plus, des sondages géologiques, effectués en 1990 en raison d’un éventuel passage de l’autoroute A83, ont révélé la présence d’une vie préhistorique à Magné et à Coulon datant de la fin de l’âge de bronze ou du début de l’âge de fer. Des recherches archéologiques ont alors été entreprises sur l’axe du tracé autoroutier, de part et d’autre de la route départementale n°9 reliant Magné à Coulon. Les études ont abouti à la découverte, sous une couche de limons d’une épaisseur moyenne de un mètre, d’objets en pierre et fer, de poteries, de fossés et trous, de traces de combustion. Ces dernières seraient des foyers « ouverts », témoignant de la présence d’un habitat protohistorique, entouré d’une palissade de poteaux et piquets enfoncés dans des trous et calés avec des pierres calcaires. Les fossés servant au drainage ou de tranchées de fondation. Proche du site archéologique de Coulon et connaissant l’importance vitale de l’eau pour les sociétés humaines, l’île de Magné, située comme Coulon au fond du Golfe des Pictons, a pu être un lieu intéressant d’activité humaine. Selon la responsable des fouilles : « Les éléments rencontrés sont suffisamment intéressants et importants pour attester que la partie du site touché représente un fait majeur pour la compréhension et l’implantation protohistorique dans le Marais Poitevin. Des fouilles plus approfondies pourraient nous le révéler. . . » Sachant que la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) a classé Coulon « Grand site archéologique » pour sa « profondeur historique énorme » et repéré 35 sites archéologiques sur la commune, tout porte à penser que La Grange pouvait être posée sur des fondations construites vers 3000 ans à 1000 ans avant Jésus-Christ.

Dans leur transcription de l’histoire de Coulon (publiée le 10 avril 2015), les chercheurs locaux Jacky Carrio-Altmeyer et Jean-Louis Gibaud informent : « Coulon fut donnée à l’Abbaye de Charroux par Louis Le Débonnaire vers 830. Cette donation comprenait une grande partie des terres qui aujourd’hui composent la Métairie de la Grange. (. . .) Un arrêt de 1624 adjuge la Grange aux Feuillants de Poitiers. A cette date l’exploitant était Pierre Augier. Jean Constant, curé de Coulon, s’opposa à cet arrêt. L’affaire se termina par une transaction le 11 septembre 1629. Les Feuillants percevaient les fruits de la Grange et Constant une pension. »

Considérée comme bien ecclésiastique, à la Révolution, la Métairie de La Grange fut vendue comme bien national le 5 mars 1791 pour 75 100 livres (une somme énorme, est-il précisé !). Elle était composée de deux logements, un de maître et l’autre de métayer, dans un vaste bâtiment cerné de terres appelées, encore aujourd’hui au nord, « Le Champ des Dames », de prés dans le marais et de sols plantés en bois.

La Grange a connu de nombreux propriétaires. Avant le récent rachat par la commune de Coulon, le dernier était un couple de britanniques qui souhaitait transformer la bâtisse en restaurant, reprenant ainsi l’idée émise par le Conseil général des Deux-Sèvres d’aménager le site de La Grange en aire de service placée sur l’éventuelle autoroute A83. Un projet qui fut d’abord stoppé par l’enquête publique du 28 septembre 1992 au 30 octobre 1992, laquelle a instauré un sursis à statuer qui a bloqué les opérations sur les bâtis. Le tracé de l’autoroute longeant la voie romaine dans le Marais Poitevin a été abandonné en 1995.

Le début de la fin de La Grange du Champ des Dames commence en 2003. Les Anglais lancent leur projet : un complexe de restauration et d’hébergement en gîtes. Le Conseil municipal de Coulon est alors favorable et décide : « Le dernier Plan d’occupation des sols (POS) de la commune  remonte au 30 juin 1998. Une révision du Plan Local d’Urbanisme [nouveau nom du POS] est nécessaire et urgente. En l’état, le document d’urbanisme ne permet pas d’envisager la sauvegarde du site » car il est classé à usage agricole et il convient de le classer en logement locatif à usage touristique dans le cadre de la préservation du patrimoine. L’appellation NCt (agricole avec connotation touristique) pour les initiés. Le projet de PLU a été approuvé par les élus le 4 novembre 2003.

Comme la réhabilitation de La Grange était en bonne voie, les propriétaires ont réalisé des premiers travaux de préservation du bâti, à savoir déconstruire les parties affaiblies de l’édifice, le toit et des hauts de murs instables. En conservant les deux façades. Aujourd’hui, en 2017, le bâtiment était resté dans cet état. Des murs s’étaient en partie écroulés et la végétation, avec sa faune indésirable, avait pris possession des lieux.

Pourquoi ? Car entre-temps, le projet de PLU a été arrêté le 30 novembre 2004 et repris fin 2006, en raison notamment de divergences au conseil municipal (le maire était M. Michel Grasset) en mars 2006, et l’organisation de nouvelles élections municipales partielles. Parallèlement, diverses mesures environnementales (Plan oiseaux, Natura 2000 . . .) ont retardé l’achèvement d’un PLU.

La propriétaire qui a perdu patience, a accepté une proposition de la municipalité, à savoir, vendre sa propriété à la commune (achat de trois parcelles d’une superficie totale de 4.569 m2 pour la somme de 2.500 €), selon l’estimation du service « France Domaine ». Coulon prendrait alors en charge les travaux de démolition et de remise en état du terrain. Le terrain assaini pourrait être revendu à des exploitants agricoles ou à des riverains. L’intérêt, dit-on, pour la commune d’acquérir cet immeuble est de « pouvoir récupérer un volume important de pierres de taille et moellons qui pourront ensuite servir pour différents travaux : réfection des murs du cimetière, création de murets, constructions diverses. . . »

Les avis étant partagés, notamment sur « les coûts cachés », les élus municipaux s’étaient donné un délai de réflexion supplémentaire, le temps de faire évaluer les frais de démolition, de tri et de stockage d’une « montagne » de pierres et d’estimer les possibilités de revente. Mais, à la surprise générale, l’entreprise Bonnet (constructeur d’ouvrages d’art, . . .) de Coulonges-sur-l’Autize (79), s’est déclaré intéressée par la récupération des pierres de taille. Elle a proposé de réaliser à ses frais le défrichage du site, la démolition du bâtiment, l’évacuation des moellons et la livraison de moellons triés sur le dépôt de la commune. En juin dernier, le maire de Coulon imaginait déjà, pour le début d’automne, un bâtiment rasé et un terrain parfaitement dégagé de tout danger.

« Ce patrimoine bâti d’intérêt général » a désormais disparu.

Gilles PETIT

 

MARAIS POITEVIN : A Amuré (79), une chaîne humaine pour dire « Bassines, Non Merci ! »

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Samedi 11 novembre 2017 dans la plaine d’Amuré, une commune du Marais Poitevin des Deux-Sèvres, environ 1500 personnes ont formé une chaîne de 1,7 km autour d’une parcelle de 18 hectares. Pourquoi ? Protester contre le projet de construction de 19 « réserves de substitution » destinées à l’irrigation.

« Dans ce contexte de gestion collective, le Parc considère que les réserves de substitution sont utiles d’un point de vue économique, qu’elles concourent à la préservation de la zone humide, et qu’elles sont l’occasion de promouvoir une agriculture plus vertueuse tenant compte des enjeux environnementaux », telle est la conclusion du communiqué transmis aux médias le 10 novembre 2017 par M. Pierre-Guy Perrier, président du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin et vice-président de la Région des Pays de la Loire. Cette position fait suite aux récents accords sur ce sujet des préfectures de Vendée, Deux-Sèvres et Vienne, puis de la décision de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne d’envisager une aide publique de 28 millions d’euros.

L’histoire se répète dans cette pointe orientale du Marais Poitevin. Après un projet autoroutier, l’implantation d’un incinérateur de déchets ménagers, . . . , un nouveau collectif s’est formé. Sous la bannière « Bassines, non merci ! »,  ce collectif citoyen s’élève contre la construction de dix-neuf retenues d’eau de substitution dont quinze en Deux-Sèvres, deux en Charente-Maritime et deux dans la Vienne.

Au départ de la mairie d’Amuré, 1500 personnes, toutes générations confondues, ont parcouru près de deux kilomètres pour rejoindre le site d’une éventuelle retenue de substitution.

Différents mouvements et associations ont rejoint ce collectif citoyen. « On a vraiment demandé aujourd’hui à ce que les appartenances des uns et des autres ne figurent pas, » précise M. Julien Le Guet, l’un des coordinateurs du collectif. « Des partis politiques sont clairement opposés aux projets de bassines sans ambiguïté. Ils ont communiqué dans ce domaine-là et ils ont joué le jeu. »

La retenue d’eau de substitution d’Amuré serait située dans ce périmètre.

De quoi parle-t-on ? C’est un projet de réserves artificielles. D’immenses ouvrages en plein milieu de la plaine céréalière consistant à décaisser sur cinq mètres de profondeur le calcaire, récupérer tous les gravats pour faire des buttes en périphérie, avec des digues de dix mètres de haut, le tout pour stocker de l’eau. Tout l’argumentaire des porteurs du projet est de dire qu’on prendra l’eau en hiver de manière à ne pas taper dans la nappe phréatique en été.

M. Julien Le Guet, l’un des coordonnateurs du collectif citoyen formé contre le projet de construction de dix-neuf « bassines ».

M. Le Guet explique : « C’est le principe de la substitution. Principe qu’on révoque largement parce que nous sommes tout à fait conscients que le volume global prélevé sera supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. Donc ce n’est pas une substitution. Et, à ce titre-là, l’Agence de l’eau ne devrait jamais financer un tel ouvrage. Le communiqué de l’Agence de l’eau prétend parler d’un projet d’intérêt général quand il ne concerne que 10% des 11% des irrigants du Poitou-Charentes. On est vraiment dans un projet qui va coûter très très cher pour une minorité. Nous avons pris conscience aujourd’hui de l’énormité du financement de ce projet très local. Le budget global de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne est de 65 millions d’euros. Sur ces 65 millions d’euros, pour 2018, 28 millions d’euros sont ciblés sur les dix-neuf réserves de substitution. Ça veut dire qu’il ne va pas rester beaucoup d’argent pour la protection des captages d’eau potable. Ça veut dire aussi qu’il ne va pas y avoir beaucoup de fonds pour permettre d’aller vers une agriculture si ce n’est raisonnée au moins raisonnable. Et on essaie de nous faire croire rétroactivement qu’on va réussir à imposer des cahiers des charges pour un mieux disant environnemental. L’Agence de l’eau commence à comprendre que l’écoconditionnalité est la condition sine qua non et obligatoire si on veut parler d’intérêt général. Ce qui est honteux aujourd’hui c’est qu’on essaie de dissocier deux problèmes qui sont les mêmes, à savoir, l’eau. Disons que d’un côté, on va gérer la quantité, l’autre côté on va gérer la qualité. En fait, avec les bassines, on va juste promouvoir les agricultures de plus en plus polluantes, ce qui va rendre la dépollution des eaux, notamment l’eau potable, de plus en plus chère ».

« Nous ne savons pas comment l’Europe va prendre ça, poursuit le coordonnateur. Comment l’Europe va exiger à la fois que la France respecte la Loi sur l’eau et l’objectif d’atteindre des rivières en bon état écologique en continuant à financer ce type d’exploitation agricole. On met toujours en avant des projets vertueux. Il y en a quelques uns au sein des porteurs de bassines, c’est portion congrue. L’essentiel, on le sait bien, c’est pour faire du maïs grain. On met en avant le soutien aux éleveurs, c’est moins de 10% du maïs qui sera fait sur ces bassines qui seront consacrés au maïs d’ensilage. On essaie de nous faire croire que ce projet permettra aux éleveurs de se maintenir. Au contraire, il va les étrangler parce qu’il n’y aura plus d’eau dans le marais, plus d’eau en été, et les prairies ne seront plus prospères. On essaie de nous faire croire que ce type de dispositif va permettre aux jeunes de s’installer. Allons faire l’analyse de ce qui s’est passé en sud-Vendée sur l’Autize. Voilà dix ans que des bassines voisinent cette rivière. Est-ce qu’elles ont vraiment permis l’installation des jeunes, ou est-ce qu’au contraire elles mettent en place des exploitations de 500 à 1000 hectares que seuls des géants peuvent reprendre ? Les porteurs de projets sont d’énormes exploitations qui transforment notre eau en quelques grains d’or, lesquels vont être mis sur le marché international. Donc là, le discours qui consiste à dire que c’est une agriculture pour nourrir le territoire, elle ne tient pas. »

Le collectif citoyen estime que le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin est « honteusement pour le projet bassines. Ce parc a perdu son label, il y a quelques années parce qu’on avait mis en évidence qu’il n’était pas l’outil pour mettre en place un modèle agricole compatible avec la biodiversité de ce territoire. Il est en train de faire exactement les mêmes erreurs. Erreurs de soutien d’un projet autoroutier qui n’avait rien à faire ici avec un impact majeur en terme de biodiversité. Ça veut dire qu’il n’a rien compris à la demande du territoire. Aujourd’hui, les gens sont prêts à se nourrir des produits récoltés sur ce territoire. Or, on continue à subventionner l’agriculture qui détruit cette agriculture-là ».

L’objectif du collectif citoyen était la formation d’une chaîne humaine qui a réussi à faire le tour de cette immense bassine, à savoir cet immense cratère d’1,7 km de périmètre, couvrant 18 hectares. En dépit du mauvais temps, un rapide comptage a enregistré 1500 participants de toutes générations. « Ça montre vraiment qu’il y a un mécontentement de la population. Cette construction n’est pas du tout estimée comme un projet d’intérêt général », peut-on conclure.

Photos et propos recueillis par Gilles PETIT

MARAIS POITEVIN : « Les arbres sont des enfants qui grandissent », malgré la chalarose du frêne.

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Vieillissant et menacé par une maladie appelée « chalarose », le frêne va progressivement laisser la place à de nouvelles essences, taillées en têtard, dans le Marais Poitevin. La commune de Magné (Deux-Sèvres) a répondu à un appel à projet lancé par le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin (PNR), en proposant un lieu symbolique : l’Île-au-Bras-rouge. A cette occasion, la Caisse d’Allocations Familiales des Deux-Sèvres participe à la création d’un « puits de carbone ».

 

Sur le Bief Saint-Germain, l’île de l’ancienne propriété Bidet se nomme désormais l’Île-au-Bras-rouge.

La commune de Magné est intégralement entourée d’eau. C’est donc une île cernée par la Sèvre Niortaise et la Vieille Sèvre appelée Le Sevreau. Un chemin d’eau, le Bief Saint-Germain, traverse le village et relie directement ces deux voies. Ce Bief se divise en ramifications formant de petites îles dont l’Île-au-Bras-rouge, appelée ainsi par les élus magnésiens en référence à une légende locale. « Nous avons acquis cette parcelle, voilà quelque temps, sans savoir ce que nous allions en faire », explique M. Gérard Laborderie, maire de Magné. « Ici, on préfigure le paysage du Marais de demain. On va en prendre grand soin, on va regarder pousser ces arbres avec attention. C’est un moment que l’on peut qualifier d’historique pour notre commune. »

 

 

Élue locale et vice-présidente du PNR, Mme Catherine Tromas précise : « Nous souhaitions en faire un lieu à la fois expérimental et pédagogique parce que c’est vraiment la nature au cœur du village. Pour remplacer nos frênes-têtards qui vont, peut-être, disparaître, on s’est dit que c’était un endroit privilégié pour pouvoir y implanter toutes ces nouvelles espèces qu’on taillera en têtard. Elles représenteront les éléments du paysage de demain dans le Marais. Faire de cette île un lieu symbolique où on retrouverait toutes ces essences,  et en même temps expérimental. On verra comment elles vont se comporter. »

La maîtrise d’œuvre des plantations a été confiée aux agents de l’Association d’Insertion par la Protection et l’Entretien du Marais Poitevin (AIPEMP). Sur l’Île au Bras-rouge à Magné, la photo de clôture de l’opération rassemble les agents et les représentants de la collectivité locale, du Parc et de la CAF.

 

Quand les arbres se seront développés, l’Île au Bras-rouge sera aménagée et constituera une étape d’un prochain Sentier de découverte du patrimoine élaboré par la municipalité magnésienne.

Sur cet espace triangulaire d’environ 111 m², ont été plantés cinq arbres de chacune des six essences identifiées pour diversifier la trame arborée du Marais : chêne pédonculé, orme champêtre, peuplier noir, saule blanc, érable champêtre et charme commun. Un plant d’aulne est venu compléter la panoplie afin de tenir les berges de la pointe nord du terrain.

 

 

 

La chalarose, propagée par un champignon l’Hymenoscyphus fraxineus ou Chalara fraxinea, est une maladie du flétrissement du frêne qu’il est conseillé de ne pas combattre et donc qu’il convient d’observer sans intervenir. Selon M. François Bon, vice-président du Parc en charge de l’Aménagement et du Cadre de vie, « L’appel à projet pour la plantation de nouveaux arbres têtards devait répondre à deux dangers : nos frênes têtards sont vieillissants, 100 ans, 150 ans, voire 200 ans ; et la menace de cette maladie. Nous savions que la chalarose se rapprochait du Marais Poitevin. Elle a finalement été repérée pour la première fois l’an dernier au début de l’automne. » M. Bon ajoute : « Ce sera un travail de longue haleine. Ici, on se lance pour quelques décennies au moins. Les arbres, ce sont des enfants qui grandissent. »

 

M. Noël Ruault, Président du conseil d’administration de la Caisse d’Allocations Familiales des Deux-Sèvres en compagnie de Mme Magali Triby, Directrice de la CAF79.

Mme Magali Triby, directrice de la Caisse d’Allocations Familiales des Deux-Sèvres, a posé ce dilemme : la CAF, les arbres, le Marais, quel lien ? « Ce sera un espace tourné vers les enfants, vers des élèves qui vont apprendre », dit-elle. La directrice parle de changement climatique. « J’ai le sentiment que la planète nous fait des signaux. La planète nous montre le chemin et la CAF 79 a décidé d’emprunter ce chemin. Aujourd’hui, on peut faire quelque chose pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le climat est en mutation. Il faut s’adapter à ces mutations pour apprendre à faire avec. L’homme a une grande capacité d’adaptation. L’idée est de participer à la création d’un puits de carbone. Le puits de carbone, c’est la captation du carbone, soit par le sol, soit par les océans, soit par des forêts en croissance. L’objet était de trouver un site où on puisse avoir un partenariat avec lequel on arriverait à créer ce puits de carbone. La CAF est partie sur l’idée de la création d’un tel puits et d’en parler. En 2016, nous avons décidé de financer 206 arbres. 206 parce que ça représente les 206 places en maisons d’assistance maternelle des Deux-Sèvres. Chaque année, nous choisirons nos politiques (crèches, multi-accueil, accueil enfants-parents. . . ) qui pourront se décliner en places associées à un arbre. Un partenariat qui devrait faire des émules, espère-t-elle. C’est aussi le sens. Entre 10 et 15 euros l’arbre planté, tutoré, protégé, etc. Finalement, ce n’est rien quand on a la main d’œuvre. Les CAF 17 et 85 réfléchissent à un tel projet sur l’ensemble du territoire. »

Mme Jordane Ancelin, paysagiste au PNR complète : « Ces arbres ont une certaine diversité pour améliorer la résistance. Dans la forme têtard, l’idée est de conserver au maximum l’emblème, l’image et surtout l’usage. Cette forme têtard est liée au fait que les branches sont taillées régulièrement et apportent cette silhouette singulière dans le Marais poitevin. » Les essences alternatives au frêne ont également des qualités calorifiques très recherchées par nos aïeuls dès les premiers travaux d’aménagement du Marais Poitevin. « Maintenant, conclut la paysagiste, il s’agit de les déployer à grande échelle pour que les habitants s’en emparent, avec le concours financier du Parc, afin de commencer à replanter aussi par anticipation. »

Gilles PETIT

Des informations complémentaires sur le site Internet : http://pnr.parc-marais-poitevin.fr rubrique « Les actions menées par le Parc – chalarose et replantations » ou auprès de Jordane Ancelin, paysagiste du PNR, par téléphone au 05 49 35 15 20.

COULON (79) : indésirables sur la Maison du Marais Poitevin, les pigeons ont retrouvé leurs boulins

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A Coulon, les pigeons de la place de l’Écu avaient été chassés de leurs boulins ancestraux. En cause, une sur-production de « colombine », à savoir la fiente des pigeons. Le maire de cette petite commune maraîchine voulait les faire partir en obstruant les boulins. Dès le lendemain du tournage d’un reportage TV sur le sujet, les pigeons ont retrouvé leur habitat.

Le pigeonnier dont on parle est construit dans un mur orné d’une remarquable fenêtre à meneaux sur laquelle figure un Écu. Ce mur est situé sur la face nord de la bâtisse qui héberge la Maison du Marais Poitevin, l’écomusée-phare du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin.

Appartenant à la municipalité coulonnaise, « cette maison est citée dans de nombreux documents tels que dans l’aveu du 11 octobre 1709, rendu au seigneur de Benet par Dame Suzanne de Saint-Gellais De Lusignan, veuve de Messire Claude De Bellevielle, chevalier seigneur de Coullon », nous informent les locaux MM. Jacques Altmeyer-Carrio et Jean-Louis Gibaud dans leur ouvrage « Histoire de Coulon de A à Z » (chez Geste Editions).

Selon M. Eugène Emmanuel Viollet-le-Duc dit Viollet-le-Duc, l’un des architectes français les plus célèbres du XIXe siècle, un pigeonnier est un «bâtiment destiné à contenir des troupes de pigeons et à leur permettre de pondre et de couver leurs œufs à l’abri des intempéries». Appelés boulins, ces abris sont des espaces aménagés dans lesquels niche un couple de pigeons. Le colombier ou pigeonnier est un patrimoine symbolique qui conférait à la demeure un prestige indéniable.

Dès l’Antiquité, les historiens mentionnent l’élevage des pigeons en volière sur le pourtour de la Méditerranée et au Moyen Orient. Le plus ancien remonterait au XVIème siècle avant notre ère. A cette époque, l’élevage des pigeons avait pour objectif premier, la production d’engrais. C’est lors des Conquêtes de l’Empire Romain et, plus tard, des Croisades que l’art d’élever des pigeons et de construire des pigeonniers s’est répandu en Europe. En France, on ne connait pas d’exemples de colombiers antérieurs au Moyen-âge. Le développement de l’élevage du pigeon est né de la nécessité de trouver des compléments à une alimentation composée surtout de céréales. Au moyen-âge, la viande était un luxe. La deuxième fonction du colombier était la production de colombine, très recherchée comme engrais pour les cultures exigeantes telles que la vigne, les jardins potagers ou les vergers. C’était une source de revenus qui figurait même sur les contrats de mariage (en Quercy).

Jusqu’à la moitié du XIXème siècle, le pigeon, en tant que denrée alimentaire et pourvoyeur d’engrais, tenait encore une place importante (Source : pigeonniers-de-france.chez-alice.fr).

Depuis février dernier, les boulins étaient obstrués par des pierres, placées par des employés communaux. Photo Gilles PETIT

Pendant de longues années, les nombreux touristes qui traversaient la petite place de l’Écu à Coulon photographiaient cette façade avec sa fenêtre à meneaux, son Écu et ses 81 boulins alors non occupés. Les pigeons sont arrivés petit à petit. Aujourd’hui, ils sont une dizaine installés dans cet illustre immeuble. Et laissent forcément les traces que l’on imagine.

« Cela fait des mois que les déjections de ces animaux s’accumulent tant sur les toitures environnantes qu’au sol, sous leur lieu d’habitat », avait expliqué, au maire Michel Simon, un voisin, dans un courrier adressé le 1er janvier dernier. Cet habitant avait notamment écrit avoir « contacté la Direction des Services Sanitaires de Niort pour savoir ce qu’il en était de ces volatiles sauvages. Il [lui] a été répondu qu’effectivement la présence des pigeons générait des risques et qu’il incombait au maire de prendre les mesures nécessaires ».

Datée du 7 janvier 2017, la réponse de M. Simon était ferme : « Je suis tout à fait conscient de ces désagréments et surtout des risques que cette colonisation peut engendrer et je demande de suite aux agents des services municipaux : 1- de procéder rapidement au nettoyage de tous les lieux et équipements souillés (trottoirs, lampadaires, toitures. . .  ; 2- de capturer un maximum d’oiseaux nichant à cet endroit ; 3- de prévoir un système de fermeture du pigeonnier afin de supprimer ce lieu de nidification ».

« A ce jour, déclare le voisin, le nettoyage n’a été effectué qu’une fois (la semaine de réception du courrier par le maire), et de façon incomplète (seul le sol en a bénéficié). Nous sommes donc revenus à la case départ. Deux pigeons ont été attrapés par les employés municipaux. Tous les autres continuent à nicher sous la toiture ou à se poser sur la fenêtre à meneaux, continuant donc à dégrader et souiller l’endroit ».

Ce riverain affirme : « Dans mon courrier, je n’ai pas parlé des dégradations que leur présence engendrait au niveau de la fenêtre et des boulins (morceaux de pierre jonchant le sol, rongés par les fientes et les coups de bec) parce que ce n’était pas un «levier » suffisant pour faire réagir le maire. J’ai donc découvert avec effarement que les employés avaient bouché l’accès aux trous avec des pierres (certaines rentrées en force à l’aide d’une petite masse) au lieu de mettre du grillage à l’intérieur, invisible et protecteur de l’ouvrage, comme cela se fait partout ailleurs ».

« Que dire ? » s’interroge-t-il, « Au lieu de protéger l’endroit comme [il] pensai[t] qu’il le ferait, [le maire] a accentué sa détérioration ».

Même avec des pierres enfoncées dans les boulins, les pigeons ne sont pas partis. Ils dormaient posés sur les fils électriques qui courent sous l’avant-toit.

Une équipe de la chaîne de télévision France 3 Poitou-Charentes s’est intéressée au sujet. Elle s’est rendue sur place, mercredi 15 mars 2017. Tous les protagonistes ont été interviewés, hormis les pigeons qui s’étaient absentés pour la journée. Dans son interview, M. Michel Simon, maire de Coulon, a expliqué avoir choisi cette solution radicale, mais provisoire. Selon lui : « Mettre du grillage nécessitait de percer des trous avec le risque de vraiment dégrader la façade ! » C’est exact. Cependant, tout bricoleur sait que le grillage peut être façonné à souhait, sans outil spécifique, et placé dans un espace par effet de clipsage. Surtout s’il est assez fin pour être dissimulé. Ceci 81 fois sur mesure.

Devant la caméra, le maire a aussi informé que les pierres seraient enlevées à la fin du mois de mars. En fait, des agents municipaux sont intervenus dès le lendemain, jeudi 16 mars 2017, pour libérer l’entrée des boulins.

Retour à la case départ. Voilà ce que l’on appelle, l’influence (involontaire) des médias.

 Gilles PETIT


À Fontenay, les volatiles vont se faire pigeonner

Afin de réguler la population de pigeons, la ville de Fontenay-le-Comte (Vendée) a fait fabriquer un pigeonnier qui abritera les volatiles et permettra de contrôler les naissances. Fientes dans les rues, dans les gouttières, cadavres. . . La population importante de pigeons dans les centres villes cause des dégâts et des désagréments. Afin de stopper l’augmentation des pigeons, la ville de Fontenay-le-Comte a décidé de se doter d’un pigeonnier. . . contraceptif.

Ce dispositif a pour objectif de réguler la population, en attirant les couples : 72 nichoirs les attendent, et en stérilisant les œufs, mais pas tous. Car comme tous les animaux qui forment des colonies, ils ont un très fort instinct de survie : ainsi, « nous ne détruirons pas tous les œufs, nous en laisserons un pour chaque couple afin qu’ils reviennent au pigeonnier », explique M. Stéphane Bouillaud, conseiller à l’environnement de la ville.

À Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), un employé communal est chargé de secouer les œufs, geste qui tue l’embryon, mais n’empêche pas la pigeonne de couver. (Michèle BESSON Ouest-France)