COULON (79) : l’assainissement, une affaire qui date(s)

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A Coulon, les problèmes d’assainissement sont récurrents. Actuellement, les futurs résidents en lotissements doivent équiper leur construction d’un dispositif individuel alors que le réseau collectif passe à leur porte… mais il n’est pas raccordé à la station d’épuration locale. Une situation ubuesque qui date…

En additionnant les actuelles et les nouvelles constructions « éparpillées », les nouveaux lotissements, d’anciens bâtis réhabilités, et des touristes de plus en plus nombreux, on totalise un flux toujours croissant dans les réseaux d’assainissement de la commune. Après avoir donné l’alerte maintes fois, aujourd’hui la station d’épuration de Coulon suffoque. Une autre station par lagunage doit venir la soulager.

Les maisons actuellement en construction dans un lotissement coulonnais ne peuvent pas être raccordées à l’assainissement collectif.

Photo Gilles Petit

Le problème s’est posé en septembre 1992. Voici bientôt trente ans, la commune voisine de Magné dresse un projet de construction d’une nouvelle station d’épuration avec un « possible rejet des effluents dans la Sèvre Niortaise, agréé par une commission spéciale de la DDASS » (Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales). Le but du Conseil municipal de l’époque est d’ouvrir une étude de faisabilité pour assainir l’ensemble de la commune … de Magné.

L’assainissement, un feuilleton à rebondissements

Le feuilleton commence le 16 décembre 1992 suite à l’arrêté préfectoral qui approuve l’initiative et déclare le projet d’utilité publique. Le 18 décembre suivant, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne suggère de « regrouper sous un même ouvrage les réseaux d’assainissement de Niort, Magné, Bessines et Coulon », au motif que « la Ville de Niort envisage la construction d’une station de grande capacité à Sevreau qui engloberait les communes avoisinantes. » Dans le même temps, le cabinet d’études Veillaux remet son rapport lors d’une importante réunion qui s’est tenue à la mairie de Coulon. Selon les techniciens, « une station conçue pour traiter l’équivalent de 5.000 à 10.000 habitants est actuellement l’unité de traitement la mieux maîtrisée et, dans un site aussi fragile que le Marais, il n’est pas raisonnable de s’exposer à des dysfonctionnements. En outre, la concentration des risques sur un seul ouvrage n’est sûrement pas la meilleure formule. La station de Magné devient obsolète et saturée, elle génère d’ailleurs de mauvaises odeurs. Le problème est identique à Coulon du fait des seuls effluents de la laiterie. » Le cabinet conclut : « Il est clairement apparu que le rattachement du réseau de Coulon à la future station de Magné constituait techniquement et financièrement la formule la plus sécurisante et la mieux adaptée. Ladite station sera étudiée pour prendre en charge ultérieurement le village de La Garette, commune de Sansais, dans le cadre de la Communauté de communes de la Venise Verte dont l’assainissement constitue l’une des compétences optionnelles. » En conséquence, les élus des deux communes ont « refusé l’orientation proposée par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne ».

La municipalité de Magné a alors acheté un terrain de 2ha situé en bordure de Sèvre Niortaise dans le quartier de Jousson, assez loin de toute habitation, pour des travaux estimés à 3 millions de francs. De plus, il était prévu l’installation d’un système de relevage (photo ci-contre) dans le secteur de La Repentie, qui devait alors accueillir un complexe hôtelier et le captage du réseau de Coulon.

Une station d’épuration existante

Magné possédait déjà une station d’épuration. Construite en 1973 (capacité 1.500 habitants), elle était d’une technique très sommaire quoique suffisante à l’époque. Les risques d’une grave pollution commençaient à menacer l’environnement dès 1989. La construction de sa nouvelle station débute en juillet 1994 pour s’achever, « sans encombre », est-il précisé, en janvier 1995. Aujourd’hui, la station d’épuration (capacité 4.000 équivalent-habitants) collecte les eaux usées d’environ 3000 habitants (photos ci-dessous : documents Mairie de Magné) de Magné, du village de La Garette et d’une partie du site de La Repentie. La station est conçue pour bénéficier d’une extension qui doublerait sa capacité.

Le 2 mai 1996, les élus coulonnais apprennent : « Dans le cadre de la Mission eau, une étude d’assainissement par grandes zones est en cours de réalisation par les services préfectoraux. Une zone, prévue autour de Niort, englobe plusieurs communes riveraines de la Sèvre Niortaise, » dont Coulon. Ce projet vise à brancher les communes ainsi groupées à une seule et même usine d’assainissement. Le 12 juin 1996, le maire Pierre Rousseau réaffirme « Lors de sa réunion du 25 mai, le Conseil avait délibéré sur la carte d’agglomération établie par la préfecture dans le cadre de la « mission eau ». Cette carte définit un site unique de traitement des eaux usées, en l’occurrence Niort. Or, une orientation avait déjà été prise pour acheminer les eaux usées de Coulon vers Magné. »

Enfin, en septembre 1996, les élus se positionnent : « La station de Coulon saturée est devenue obsolète. Il convient donc de raccorder rapidement le réseau d’assainissement à la station magnésienne. Après réalisation, l’actuelle station coulonnaise serait destinée à purifier les seuls effluents provenant de la laiterie. Les travaux seraient lancés dès le début 1997. La canalisation traverserait la Sèvre niortaise face à la plaine de l’Autremont pour rejoindre directement les installations de La Repentie. »

Mais, en 2004, cette perspective était mise en pointillé par la CAN. En effet, la fermeture de la laiterie de Coulon rendait alors moins urgent le raccordement de cette commune à la station magnésienne.

Et aujourd’hui, dernier épisode ?!

Aujourd’hui, après la construction d’une vaste station d’épuration à Niort, le dossier coulonnais est rouvert par la Communauté d’Agglomération du Niortais (CAN) qui gère l’assainissement pour ses communes adhérentes dont Magné et Coulon. La commune de Magné dispose toujours de sa propre station fonctionnelle et… Coulon a toujours sa vieille installation (photo ci-contre) à peine rénovée.

Le projet de construction d’une nouvelle station à Coulon resurgit en 2017 sous la forme d’une station par lagunage qui soulagerait son aînée. Très vite, la commune de Coulon lance une procédure de modification du Plan Local d’Urbanisme qui crée un emplacement réservé de 82 780m2, à « la demande du service assainissement de la CAN en vue de la réalisation d’une station d’épuration avec lagunage. » Elle serait implantée au plus près de la station actuelle afin de limiter la longueur des canalisations de transfert. Une distance minimum de 100 mètres par rapport aux habitations serait imposée. Et le site serait bordé par une voie d’eau propice à la réception de l’effluent traité. De plus, ces parcelles devront être situées en dehors du site classé du Marais mouillé et de la zone Natura 2000, et ne seraient pas concernées par une zone humide.

L’achat des terrains

Le 23 septembre 2019, la CAN décide d’acquérir deux parcelles dans l’espace réservé situé au lieu-dit Les Planches sur la route de Baudichet, Il s’agit d’une partie d’un terrain cadastrée D 1275 pour une superficie d’environ 5 400 m², et de l’intégralité de la parcelle voisine cadastrée D 1276 d’une superficie de 2 699 m². Le prix d’acquisition pour ces deux terrains a été fixé à la somme de 3 000 €. Le montant de l’indemnité d’éviction due au propriétaire-exploitant, qui a été calculée selon les barèmes de la Chambre d’Agriculture, s’élève à 500 €.

L’emplacement réservé pour la station d’épuration par lagunage comporte de magnifiques haies qu’il faut impérativement protéger. Photo Gilles Petit

En attendant la mise en service de cette future station d’épuration coulonnaise, les techniciens de la CAN interdisent tout nouveau branchement sur le réseau car celui-ci est complètement saturé.

Cependant, les lotissements viabilisés fleurissent sur la commune avec leurs nombreux lots à raccorder. Les futurs résidents se trouvent face à un dilemme car le règlement d’assainissement stipule « dès lors que le réseau d’assainissement collectif est mis en place dans votre rue, vous avez obligation de vous raccorder dans les deux ans après sa mise en service. » Si les propriétaires souhaitent occuper leur résidence avant la mise en service de la nouvelle station d’épuration, ils devront diriger leurs eaux usées vers un système d’assainissement autonome sous réserve que cette dernière installation ait été vérifiée et déclarée conforme par le service assainissement.

Un projet abouti ?!

L’équipe municipale coulonnaise actuelle, souhaitant voir aboutir le projet dans les meilleurs délais, a relancé l’affaire. Selon M. Dominique Giret, chargé des Grands Projets : « le projet est à l’étude : volume, capacité de traitement, liaison avec l’ancienne station, intégration paysagère, mesures d’accompagnement avec éventuellement l’aménagement d’une zone de rejet végétalisée (milieu aquatique installé à la sortie de la station)… Nous devions croiser la CAN courant décembre pour faire le point sur le dossier et en particulier partager l’échéancier de réalisation. » Cette réunion qui n’a pu se tenir, aura lieu début mars. Selon la maire Anne-Sophie Guichet « nous resterons vigilant sur ce dossier d’une grande importance pour notre commune et nous ferons le maximum pour un raccordement optimal des habitations en fonction de la capacité de la station. Pour le moment, il n’y a plus de possibilité de raccordement au réseau collectif. Quant aux possibilités de raccordement des constructions dites éparpillées, nous attendons le rendez-vous avec l’Agglomération pour connaître leur position et les possibilités de raccordement ! »
« Les travaux devraient être fait sur l’année, voire au premier semestre 2022 », estime M. Giret.

Dernière info

Réunis le 12 avril 2021 en assemblée communautaire, les élus ont voté le renouvellement de l’unité de traitement des eaux usées de Coulon en remplacement de la station d’épuration existante. Le projet prévoit la construction d’une filière de type boues activées. Le montant total de l’opération a été estimé à 2,8 M d’€.

Gilles PETIT

3 réflexions au sujet de « COULON (79) : l’assainissement, une affaire qui date(s) »

    deniseau a dit:
    19 février 2021 à 3 h 40 min

    L’eau est un bien commun qui commence par la pluie, les particuliers ont l’obligation d’infiltrer les pluies à la parcelle, les champs infiltrent toutes les pluie (même si on peut admettre quelques ruissellements épisodiques dans certaines parcelles quand justement les nappes sont pleines et qu’il faudrait capter ces ruissellements dans des réserves collinaires pour éviter les inondations … ) , il n’y a que les villes qui rejettent 90% des pluies en rivières pour diluer les polluants des stations d’épuration, et c’est totalement illégal ! 80% des stations d’épurations françaises ne sont pas aux normes et polluent les rivières, avec la loi écocide tous les rejets de polluants (même dilués dans les rivières…) seront interdits, il faudra recycler l’eau dans les sols et donc la donner à ceux qui en ont besoin pour nourrir la population : les agriculteurs !

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      Capt'action 79 a répondu:
      19 février 2021 à 11 h 13 min

      Bonjour
      L’eau pluviale n’est pas l’objet de cet article. Cependant, je vous ferais remarquer que ce que vous écrivez est inexact, ceci à chaque ligne. Par exemple, les lotisseurs et les particuliers ont l’obligation de séparer les eaux usées des eaux pluviales et de les « conduire » dans des canalisations spécifiques vers un système d’épuration pour les premières, ou des bassins de décantation. Les deux dirigent leurs eaux traitées toujours vers un cours d’eau qui doit avoir un débit minimum afin de diluer d’éventuels rejets polluants.
      Infiltrer artificiellement les eaux de pluie dans le sol reste une exception. Ce n’est pas ça qui regonflerait les nappes phréatiques. Une parcelle inondée ne signifie pas qu’une nappe est complète. L’eau peut monter du sol sans rapport avec une nappe, en particulier dans notre Marais. Rien ne vaut la pluie qui tombe dans les prairies. Je dis bien dans les prairies car dans les champs cultivés cette pluie se charge des produits polluants répandus dans notre nature par des agriculteurs peu scrupuleux.
      je vous invite à visiter et à étudier le fonctionnement d’une station d’épuration et/ou d’une station de décantation. Là, je suis sûr que vous changerez d’avis.
      Enfin, votre texte me laisse penser que vous êtes agriculteur, que vous pourriez bénéficier des fameuses « bassines » et que vous prêchez pour votre paroisse.
      Nous pouvons en parler quand vous le souhaitez. Ce blog d’actualité est ouvert à tout le monde, sans ségrégation.
      Merci
      Bien cordialement
      Gilles PETIT

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        deniseau a dit:
        19 février 2021 à 19 h 56 min

        je ne suis pas agriculteur mais je fais des réserves d’eau pour mon jardin en permaculture. Vous devriez vous intéresser à la mafia de l’eau gérer admirablement par Véolia. Si les villes et les stations d’épurations étaient aux normes l’eau serait recyclée pour des usages non domestiques comme l’arrosage (pluies et eaux usées) , chaque ville doit avoir sa « bassine » de recyclage et les préfectures viennent d’avoir l’ordre de mettre la pression sur les collectivités, cf : https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf/circ?id=45098
        Par exemple, La commune de Thorigné est aux normes !

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