« Zone de rencontre » à Coulon (Deux-Sèvres) : un PAVE dans le Marais

Publié le Mis à jour le

Le bourg de Coulon est entièrement transformé en « Zone de rencontre ». Sachant qu’un village est, par définition, un lieu de rencontre, « Bé ! qu’est o qu’o l’est ? » se demandent des Coulonnais qui ont remarqué la présence de nouveaux panneaux carrés de couleur bleue. Pour une fois, il ne s’agit pas d’interdire, mais d’autoriser. Les élus municipaux lancent ainsi un PAVE dans le Marais.

C’est un euphémisme de dire que le village de Coulon est une zone de rencontre. En particulier en pleine saison estivale.

Ils se nomment B52 (entrée) et B53 (sortie) ; ils sont postés à l’amorce de chaque voie d’entrée vers le centre de Coulon ; ils ont une forme qui tranche parmi les ronds rouges ; ils sont rigolos avec leurs pictogrammes disposés en perspective photographique ; le bleu leur sied bien dans la verdure maraîchine ; ils n’interdisent rien, mais délivrent deux stupéfiantes autorisations ; valant au minimum 136,44 € TTC pièce (tarif fabricant), leur pose a coûté dans les 200 € l’unité avec les poteaux et leurs accessoires, sans compter la main d’œuvre et le temps d’installation par les employés communaux ; ils sont nés, dès 1988, d’un concept créé aux Pays-Bas, puis étendu à la Belgique, la Suisse, la France (2008) et l’Autriche (2013) ; ils font partie du « code de la rue » lancé en 2006 par le ministre français des transports ; en 2007, le Grenelle Environnement en a recommandé une généralisation en France ; ce sont les panneaux routiers « Zone de circulation apaisée » qui « affectent une zone à la circulation de tous les usagers » sous le nom de « Zone de rencontre ».



Voici la définition d’une « Zone de rencontre », telle que définie par le Décret 2008-754 du 30/07/2008, et les articles du Code de la Route R.110-2 et R.431-9, ce dernier modifié par le décret n°2015-808 du 2 juillet 2015 – article 13 :

« Une « zone de rencontre », en droit, est une zone particulière de circulation en agglomération. Cette notion a été introduite dans le code de la route en juillet 2008. Elle complète deux autres dispositifs juridiques existants, « l’aire piétonne » et la « zone 30 ». Cependant, aucun de ces deux outils ne comportait une totale mixité entre tous les usagers sur une partie de la voirie urbaine : piétons, cyclistes, usagers motorisés, transports en commun… Avec les « zones de rencontres », au contraire, on cherche à faire cohabiter de manière apaisée dans un même espace les piétons et les véhicules.

« Au sein de ces zones :
♦ les piétons peuvent circuler sur la chaussée sans y stationner ;
les piétons ont la priorité sur les véhicules, à l’exception du tramway ;
tous les véhicules peuvent y circuler (voiture, vélo, bus…), mais ceux motorisés ne peuvent pas excéder une vitesse de 20 km/h.
La « zone de rencontre » correspond ainsi à des espaces publics où l’on souhaite favoriser les activités urbaines et la mixité des usages sans pour autant s’affranchir du trafic motorisé : rues résidentielles, quartiers historiques, places, sorties d’écoles, rues commerçantes, etc. Plus ou moins étendue, ses dimensions doivent rester toutefois compatibles avec une vitesse limite très basse pour les véhicules et une attention soutenue des conducteurs du fait de la priorité piétonne.
Une « zone de rencontre » est créée par un arrêté local de l’autorité détentrice du pouvoir de police de la circulation (généralement le maire en agglomération). Un second arrêté rend applicables les règles particulières de circulation sur la base de l’aménagement cohérent des zones et la mise en place de la signalisation correspondante.
Les entrées et sorties de cette zone doivent être annoncées par une signalisation. »
Dans cette rue d’entrée principale de Coulon, on imagine mal un piéton marchant sur la chaussée en toute sécurité.

A Coulon, les piétons peuvent donc désormais s’affranchir des trottoirs et marcher où ils veulent. L’autre stupéfiante autorisation, c’est la généralisation des doubles-sens cyclables. Les panneaux B52 et B53 ne portent aucune mention qui informe les usagers qu’ils peuvent rencontrer un cycliste à contre sens d’une voie à sens unique. Les Coulonnais vivent ce risque depuis des années, en toutes saisons. Et ça ne va pas s’arranger avec l’aménagement récent d’une piste cyclable recouvrant le chemin de halage sur la rive droite de la Sèvre Niortaise, et avec la diffusion de l’information du double-sens cyclable.

Selon l’étude réalisée par les avocats au Barreau de Nantes, Jérôme Maudet et Louis-Marie Le Rouzic :

« Au-delà de ce nouveau positionnement des conducteurs de cycle sur la chaussée, le code de la route a été modifié pour généraliser le « double sens cycliste », c’est-à-dire une voie où la circulation est possible dans les deux sens mais dont une voie est impérativement et exclusivement réservée aux cyclistes.

Sur la rive droite de la Sèvre Niortaise, cette section privée du halage ne devrait pas être réglementée, sauf autorisation des propriétaires. Par ailleurs, les panneaux ne sont pas placés sur le côté droit de cette voie.

L’introduction de ce double sens par le décret n°2008-754 du 30 juillet 2008 portant diverses dispositions de sécurité routière répondait à une exigence des cyclistes selon laquelle leur situation n’était pas suffisamment prise en compte et les obligeait à des comportements contraires à la réglementation.

Selon le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, « les cyclistes font rarement les détours engendrés par la présence de voirie à sens unique, soit parce que l’itinéraire proposé est plus long, soit parce qu’il est ressenti comme plus dangereux ». Il s’agit donc de « prévenir ces comportements, non par la répression mais par une signalisation, et là où c’est nécessaire, par un aménagement adapté ».

(…) « Les conducteurs de cycles peuvent circuler sur les aires piétonnes [dont les zones de rencontre] dans les deux sens, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police, à la condition de conserver l’allure du pas et de ne pas occasionner de gêne aux piétons ».

Une zone de rencontre à Coulon : un PAVE opportun

La Loi du 11 février 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » place les collectivités au cœur de la prise en compte de tous les handicaps, de la continuité de la chaîne de déplacements et de la concertation sur le territoire communal. Une étude devait être menée au titre de la politique publique prioritaire de l’accessibilité « de tous à tout ». La loi préconise la réalisation de diagnostic et de Plans de mise en Accessibilité de la Voirie et des Espaces publics (PAVE).

Le 16 mai 2013, le conseil municipal de Coulon avait accepté d’adhérer au groupement de commande constitué par les communes d’Amuré, Arçais, Le Vanneau-Irleau, Saint-Georges-de-Rex, Saint-Hilaire-la-Palud et Vallans, pour le recrutement d’un bureau d’études chargé de la réalisation du PAVE sur chacune des communes concernées. Une consultation a donc eu lieu et la commission d’appel d’offre, présidée par monsieur Robert Gousseau, maire du Vanneau-Irleau, avait retenu la proposition du cabinet AGORACITE, basé à Lormont en Gironde, pour un coût de 35 785,00 € HT dont 6 250,00 € HT pour la seule commune de Coulon.

Suite au diagnostic d’AGORACITE, établi au printemps 2014, un périmètre a été défini, recensant les voies à intégrer dans ce PAVE. Il s’agit essentiellement des rues du centre-bourg de Coulon avec des extensions sur certains secteurs urbanisés de la commune : à savoir la route des Bords de Sèvre (de Préplot au Marais Gonds), La Sotterie, route de Benet par Glandes, Le Mazureau, Le Grand Coin, le Village de Lessert, la Gare, Roche Neuve et Roche Avane. Mais il restait à déterminer les priorités d’actions et à définir un calendrier de réalisation des travaux de mise en conformité.

En octobre 2014, le cabinet d’études a fixé trois priorités d’action :

– le centre-bourg et la place Gilbert-Tessont (hors RD1 et RD123) où serait créée une zone de rencontre avec une limitation de vitesse à 20 km/h. Les cyclistes et les piétons seraient  prioritaires. [Les élus ignoraient alors l’existence du double-sens cycliste.] Cette solution, jugée la moins onéreuse et la mieux adaptée à la configuration du cœur de bourg, avec ses venelles et ses rues étroites, éviterait des travaux importants de mises aux normes (largeur de trottoirs . . .). Le coût était estimé à près de 200 000 € ;

– la Route Départementale n°1 (de La Repentie à l’entrée du stade municipal) et la RD123 (des feux tricolores à Préplot) supporteraient des travaux importants de réfection des trottoirs, de création de passages piétons ainsi que la redéfinition des conditions de stationnement. L’estimation prévisionnelle était d’environ 300 000 € ;

– les écarts où tout reste à faire puisque rien ne répond aux normes en vigueur. Une somme de près de 1 million d’euros est à prévoir mais à longue échéance (15 à 20 ans).

Quelques  B52 et B53 avaient déjà été posés par-ci par-là voici quelque temps sans que personne ne les remarque. La zone de rencontre coulonnaise est effective depuis le 1er mai 2018. Les panneaux ont fleuri sans aucun aménagement particulier dans le centre-bourg. Pourtant, quoique non obligatoire à l’échelle du village maraîchin, il est recommandé, entre autres, de « prévoir des aménagements provisoires à adapter aux réalités locales avant de réaliser des aménagements définitifs », et pour les double-sens cyclables « privilégier au sol les pictogrammes plutôt qu’une voie dédiée donnant la fausse impression d’une priorité des cyclistes sur les piétons » et y mettre en place une signalisation spécifique pour chaque tronçon de rue.

De plus, la loi de 2005 sur le handicap préconise « le respect des cheminements sécurisés pour les personnes handicapées » (décret n°2008-754 du 30 juillet 2008 portant diverses dispositions de sécurité routière). Des aménagements doivent être réalisés pour permettre les déplacements des personnes à mobilité réduite, comme par exemple les personnes malvoyantes afin que tous les piétons puissent profiter des avantages d’une zone de rencontre.

Le stationnement ne doit pas être organisé en files latérales dont l’effet est de séparer trottoirs et chaussée et de mettre en confiance les conducteurs rapides.

Ce « stop » devra disparaître car placé en zone de rencontre. On notera une originalité : un ralentisseur de vitesse côtoyant la bande blanche du stop.

Dans une zone de rencontre, il n’y a plus de passage piéton, ni de feu de signalisation ; le « stop » privilégie la priorité à droite, le mini giratoire ou le giratoire compact, combinés, éventuellement, avec des rampants pour éviter les reprises de vitesse. Par ailleurs, il convient de mettre en place une signalisation minimale (par exemple : pas ou peu de panneaux type « zone bleue », ainsi que de réglementation de stationnement, et de matérialisation de cases de stationnement . . .). Le stationnement est autorisé uniquement sur les emplacements aménagés et tout stationnement autorisé doit être identifié.

Dans cet espace, il n’est pas possible ou souhaité d’interdire la circulation des véhicules. La présence potentielle des véhicules motorisés demeure car il n’y a pas de sélection quant à leur accès dans une zone de rencontre.
Dans ces deux venelles, les piétons ont une grande liberté, …
… pas de voiture possible et des vélos qui ne peuvent pas rouler vite.

La vitesse des véhicules est limitée à 20 km/h. C’est une vitesse qui permet la convivialité, la civilité et la courtoisie. Le conducteur du véhicule a ainsi un champ de vision élargi qui lui permet d’entrer en contact avec les autres usagers. Cette vitesse est celle à partir de laquelle le contrôle radar est possible avec les techniques disponibles aujourd’hui. Elle correspond aussi à la première graduation sur le compteur d’une automobile récente. Cette vitesse faible permet un arrêt du véhicule sur une courte distance évitant un certain nombre d’accidents. En cas de choc, elle entraîne des conséquences moindres pour les victimes.

Par ailleurs, un bilan d’expérience expose, notamment, qu’il pourrait être tentant de profiter de l’espace public dégagé de la circulation motorisée pour multiplier les autorisations d’occupation de cet espace notamment pour les commerces (terrasses de café, étalages, panneaux publicitaires, . . .).

A ce jour , aucune évaluation ne permet de dire si ces nouvelles zones ont eu un effet positif sur la sécurité des usagers. (La sécurité routière de A à Z)

Gilles PETIT

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