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Quand moules et musiques cohabitent au festival Moul’stock de Charron
Pour la treizième fois, l’association Fêtes en Stock a fait vibrer la commune de Charron (Charente-Maritime) en renouvelant son festival Moul’stock. Née suite au passage de la tempête Xynthia, cette grande fête populaire offre deux jours festifs autour d’une spécialité locale : La Moule de Charron. Un rendez-vous caritatif ponctué de « concerts gratuits basés sur une sélection exigeante, à la recherche des sons du moment ».
Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, Charron, un village charentais-maritime de 2 300 habitants, est submergé par une gigantesque vague noyant une grande partie des marais environnants. Le lendemain, la presse titrait « Bilan de la tempête Xynthia : à Charron trois morts, une grand-mère et ses deux petits enfants, et près de 200 maisons inondées, vouées à la destruction. » Sans compter l’anéantissement de la culture emblématique du secteur, à savoir la mytiliculture.
Selon les organisateurs bénévoles de l’association Fêtes en Stock de Charron : « Quatorze ans après sa création, [il s’agit de la 13° édition suite à une pause due au Covid NDLR], le festival Moul’stock accueille aujourd’hui des groupes musicaux venus des quatre coins de la France. Sa programmation est basée sur une sélection exigeante et offre désormais deux soirs de concerts : huit groupes se partagent la scène et offrent au public une diversité culturelle : rock, électro, musique du monde… Au total, 14 heures de musique gratuite. » A ces chiffres, nous ajoutons 10 000 spectateurs sur les deux soirées, 3 tonnes de moules et 2,5 tonnes de frites dégustées sur « de grandes tablées propices aux rencontres », 200 bénévoles, un droit d’entrée libre depuis 2023, et un soutien particulier à une structure caritative différente chaque année.

Une entrée gratuite ou presque
Une partie des dons collectés lors de l’édition 2024 ont été redistribués à l’association « Ça roule pour Lulu ». Ainsi, il a été remis à cette structure un chèque de 3 000 € et une affiche du festival dédicacée. « Cette jolie somme va permettre à Lucas de financer son nouveau fauteuil ».
Cette année, Fêtes en Stock a choisi d’aider l’association intercommunale du Vieux Tape-cul qui retape « Le Boucholeur », un dériveur à fond plat. Il s’agit d’une réplique fidèle des embarcations à voile, employées autrefois par les mytiliculteurs dans la baie de l’Aiguillon, entre 1890 et 1960.
« Le Boucholeur est un élément du patrimoine cher à notre région, à notre métier et à la commune », explique un dirigeant du Vieux Tape-cul. « Construit sans plan, avec un simple croquis, au chantier Durand à Marans en 1991 et mis à l’eau en 1992. » Photo Vieux Tape-Cul

Les moules, une recette simplissime
Du vin blanc, des oignons, du laurier, des moules et une fois à ébullition, servir dans des barquettes avec des frites. « Les moules sont préparées sur place par nos spécialistes, d’anciens mytiliculteurs de Charron », explique un des quarante cuisiniers et aides, « On met tous ces ingrédients dans une marmite et dès que le couvercle s’ouvre et se referme tout seul, c’est prêt. Les moules sont cuites. »

Posté en surveillance de cuisson, un mytiliculteur à la retraite précise l’origine du festin : « Nous servons des moules de filière à corde pêchées au large de la pointe de l’Aiguillon. Elles ne voient pas le jour, celles-là. Photo d’illustration

Elles sont suspendues avec des bouées, puis elles s’assoient dans l’eau, c’est pour ça qu’elles grandissent plus vite que celles sur bouchots qui, elles, connaissent la marée. J’ai fait ça de 14 ans jusqu’à 53 ans et demi. »

L’ancien professionnel bénévole se souvient des éditions passées de Moul’stock : « C’est une grosse, grosse organisation. Avant, c’était que le samedi, une seule fois, aujourd’hui, c’est deux fois. Nous n’avions qu’un simple stand de moules-frites. Les frites étaient faites par un prestataire extérieur, nous, on faisait les moules. La disposition des installations de la fête était différente. Ensuite, la fête s’est tenue aux écluses du Brault, c’était sympa parce qu’il y avait la rivière. Dans ces moments, les moules étaient travaillées manuellement. Ici, pas de couvert, les moules se mangent à la main, les frites aussi. » Pour ceux et celles qui ne mangent pas de moules, « nous avons des merguez, des saucisses et des trucs de poulet ». Les desserts, glaces, crêpes, … ne sont pas confectionnés par l’organisation.

Un marché des créateurs
Parallèlement, Moul’stock propose un Marché des créateurs. Ainsi, une quinzaine d’artisans présentent leurs œuvres. Nous avons ainsi découvert des aquarelles, réalisées au café ou à la peinture avec de la terre du marais, côtoyant des grigris de cheveux confectionnés, entre autres, avec des plumes de poules de Marans ou divers oiseaux sauvages du secteur.
Étaient également présents, un maroquinier d’Esnande, travaillant à la main ; un confiturier de La Rochelle-Mireuil ; un génial stand de transformation de vestes et autres vêtements usagés exclusivement féminins ; des Pierres d’ambre taillées à Vix ; une créatrice périgourdine de bijoux en macramé, pierres fines et végétaux recyclés ; un producteur de chanvre avec de nombreux produits liés ; pour la première fois, un apiculteur de Charron ; etc. Ce marché était complété par des food trucks et par la grande tente Tatoo Shop, des tatoueurs venant depuis trois ans de Nuaillé d’Aunis.
Enfin, les organisateurs de Moul’stock ont mis en place un service de prêts de casques anti-bruit entièrement gratuits, à l’attention de tous les spectateurs, des bébés aux adultes en passant par toutes les tranches d’âge.
Un rigoureux tri des déchets
Enfin, la dégustation de moules laissant de gros déchets, Moul’stock a initié les convives au tri. Ainsi, il a installé un centre de tri particulièrement bien équipé. Plusieurs conseillers bénévoles guidaient les consommateurs. L’un d’eux explique : « Nous avons de grandes poches pour collecter les coquilles et de grands bacs de différentes couleurs avec un code spécifique et des affichettes qui détaillent le mode d’emploi. Au fil des années, on s’est améliorés avec la participation du Cyclad. » Depuis sa création en 1978, le Syndicat Mixte fermé Cyclad assure une mission de service public à travers la collecte, le traitement et la valorisation des déchets produits par les usagers de 234 communes du Nord-Est de la Charente-Maritime.
Le festival Moul’stock de Charron est une aventure humaine. « Tout le village se mobilise pour partager sourires et bonne humeur avec les spectateurs toujours plus nombreux. Que ce soit au bar, à la restauration, à l’installation ou au rangement, tous les bénévoles transmettent leur enthousiasme et leur énergie avec un seul but : que chacun ait envie de revenir l’année suivante ». Rendez-vous l’année prochaine.
Gilles PETIT

COULON : Le Festival Marché Gourmand 2024 a perturbé la quiétude du village maraîchin
Les 23 et 24 août 2024, les résidents de la commune de Coulon (Deux-Sèvres), à savoir les habitants et de nombreux touristes, n’avaient nul besoin d’acheter de billets pour bien entendre les groupes programmés lors du 3ème Festival du Marché Gourmand. Le son était tellement fort qu’il était parfaitement audible à plus de trois kilomètres. En effet, le plateau scénique avec ses grappes de sonorisation placées en hauteur, était orienté vers ce village réputé calme et paisible dans l’écrin silencieux du Marais Poitevin.

« Un festival de musique est une manifestation artistique annuelle ou ponctuelle pouvant se dérouler sur plusieurs jours durant lesquels des artistes évoluent selon un programme ou une thématique définis. Ces festivals sont généralement organisés pour promouvoir un artiste, un genre musical, un instrument, etc. », cite Wikipedia. Les Maraîchins pensaient que ce festival visait à promouvoir les adhérents de l’association « Marché gourmand de la laiterie », laquelle organise, les vendredis d’été, un marché de producteurs locaux et d’artisanat d’art, avec restauration, sur le site de l’ancienne laiterie de Coulon.
Aujourd’hui, l’association s’appelle les « Vendredis gourmands de la Laiterie de Coulon », afin de se dissocier du Festival Marché Gourmand, explique M. Jean-François Coursaud. Le président a publié « une mise au point » sur la page Facebook de cette nouvelle structure : « Les Marchés Gourmands de la Laiterie, c’est un fait, est l’association qui a créé, par le biais de son président de l’époque, le Festival Marché Gourmand. Celui avec Yarol Poupaud. Ensuite, le pavillon a changé au profit de J’adore Niort qui gère aujourd’hui le Festival que vous connaissez tous. Un événement qui devait accueillir plus de monde, avoir une belle programmation, etc… Mais que nous, petite association, ne pouvions évidemment pas organiser par manque de réseaux, compétences ou même moyens financiers. L’an dernier, certains de nos producteurs étaient présents sur l’événement, avec un certain succès malgré les couacs des uns ou des autres, inhérents aux débuts d’un bel événement comme celui-ci. Cette année, nouveau Festival, nouvelle programmation, nouvelle organisation ? Cela étant, aucun des producteurs des Vendredis Gourmands n’est présent au Festival Marché Gourmand, et l’association n’est en aucun cas organisatrice de l’événement. »
Sur son site internet, J’adore Niort apporte des précisions : « L’aventure a commencé en 2022, lorsque J’adore Niort rencontre les producteurs de la laiterie et débarque à Coulon pour co-organiser un évènement alliant musique et gastronomie locale sur une seule soirée avec le célèbre musicien Yarol Poupaud. Des milliers de visiteurs ont participé à cette première aventure qui deviendra les prémices du festival. » Par définition, le Festival Marché Gourmand est une organisation professionnelle à but lucratif. De ce fait, les nombreux bénévoles qui construisent cette animation, travaillent avec cœur, sans retour, hormis les (excellents) repas fournis et quelques libertés pour assister aux spectacles. Qu’en est-il de la municipalité qui met à disposition le terrain, ainsi que les moyens et les personnels techniques, au service d’une structure extérieure à la commune ?
Qui est responsable du trouble de voisinage engendré par le festival ?
Deux jours de suite, la Venise Verte, jusqu’aux hauteurs du bassin versant de la Sèvre Niortaise, a été baignée dans une musique de type rock parfois insupportable. Placé à environ un kilomètre de la source sonore, votre serviteur a clairement senti, surtout le samedi, la pression acoustique engendrée par les fréquences hautes de la sonorisation. Alors que les fréquences basses semblaient diluées dans l’atmosphère.
Selon les services de l’Assurance Maladie : « Les effets du bruit sur la santé peuvent être multiples. L’exposition au bruit entraîne des troubles de l’audition mais a également des répercussions sur d’autres domaines de la santé. Il existe un lien bien établi entre l’exposition au bruit et le risque de perte d’audition. L’exposition prolongée à des niveaux de bruits intenses détruit peu à peu les cellules ciliées de l’oreille interne. Elle conduit progressivement à une surdité irréversible. Les jeunes sont particulièrement exposés. En effet, une écoute à des niveaux élevés peut causer des pertes permanentes d’audition après 5 ans ou plus d’exposition. On considère que l’ouïe (audition) est en danger à partir de 80 décibels. Si le niveau de bruit est supérieur, le danger existe pour une plus courte durée. Si le niveau est extrêmement élevé (supérieur à 135 dB), toute exposition, même de très courte durée, est dangereuse. »

L’association fédère plus de 60 organisations nationales et régionales : syndicats, organismes de formation, festivals… Ensemble, elles œuvrent à une gestion sonore maîtrisée, conciliant préservation de la santé auditive, respect de l’environnement et des conditions de la pratique musicale.
L’association « Agi-Son : AGIr pour une bonne gestion SONore » rappelle les prescriptions du décret « son » du 7 août 2017 (décret d’application publié le 1er octobre 2018) relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés. Un décret qui s’applique à tous les lieux diffusant des « bruits » ou sons amplifiés qu’ils soient clos ou ouverts (salle de concert, festival, cinéma, discothèque, bar, restaurant…) :
- Dans le volet santé, la limitation des niveaux sonores, qui s’étend aux concerts de plein air, passe de 105 décibels (A) (dB) à 102 dB(A) sur 15 minutes ; le niveau des basses fréquences est désormais limité à 118 dB(C) sur 15 minutes. Une limitation spécifique est fixée pour les spectacles jeune public (jusqu’à 6 ans révolu) : 94 dB(A) et 104 dB(C). Il est précisé que l’ensemble de ces niveaux sonores sont à respecter en tout endroit accessible au public ; De plus, les régies des spectacles doivent afficher des niveaux en continu à la console et enregistrer également en continu ces niveaux en dB(A) et en dB(C) avec conservation de ces enregistrements pendant six mois. Le dispositif doit aussi enregistrer les niveaux de pression acoustique de façon à refléter l’exposition du public ;

- Dans le volet environnement, une étude d’impact des nuisances sonores (EINS) est obligatoire et mise à jour en cas de modification des aménagements des locaux, de modification des activités, ou du système de sonorisation.
- Enfin, pour l’ensemble des points cités, l’exploitant du lieu, le producteur et le diffuseur sont co-responsables. A ce sujet, Agi-Son préconise de contractualiser avec l’ensemble de la chaîne des acteurs concernés, à savoir, la production, l’organisateur, l’artiste, le prestataire son… Et, dans le cas du Festival Marché Gourmand, la municipalité coulonnaise serait impliquée car le site est public et « le maire doit assurer la tranquillité publique de ses administrés en réprimant notamment les bruits et les troubles de voisinage (Article L2212-2 du CGCT) ». Par ailleurs, il est dit que « des activités bruyantes ne pourront se situer qu’en dehors des parties habitées de la commune. »
Un feu d’artifice ?!?!
Quant au feu d’artifice, très fourni et terriblement sonore, tiré samedi soir (ou dimanche matin) à 00h45, sans annonce préalable, la commune de Coulon est entièrement responsable des troubles occasionnés à sa population, et aux visiteurs hébergés (bébé/enfants et adultes ayant réussis à s’endormir malgré le vacarme, avant les tirs de fusées) et aux animaux (chiens apeurés et/ou hurlants, chats qui se sauvent ou se cachent, volailles affolés qui se déplument dans leur enclos et ne donneront plus d’œufs pendant plusieurs jours, les chevaux et les vaches de prés voisins traumatisés qui risquent de se blesser… Et que dire du dérangement de la faune sauvage qui contribue à enrichir cet écrin naturel qu’est le Marais Poitevin ?!
Un tel festival installé au cœur d’un village est une hérésie. D’autant que sa programmation se situe aux antipodes des valeurs maraîchines. Il est question de reconduire la manifestation l’an prochain sur trois jours. Si le projet est maintenu sur le site actuel de l’Autremont à Coulon, un mouvement populaire pourrait se créer spontanément pour s’y opposer. La raison doit l’emporter pour l’intérêt général.
Gilles PETIT
P.S. : quelques chiffres (source CidB Centre d’information sur le bruit)
1 personne sur 4 devrait avoir des problèmes d’audition d’ici 2050 ;
15 millions de personnes acouphéniques en France (JNA-IFOP 2023)
1 français sur 4 est touché par un trouble de l’audition (Inserm 2022)
1 jeune sur 2 s’expose à des niveaux sonores dangereux (BMJ Global Health 2022)
90% des publics de concerts ont déjà ressenti un trouble auditif (Agi-Son 2023)
1 enfant pour 1000 naît avec une surdité profonde (Hôpital universitaire Necker-Enfants malades 2023)
147 milliards d’euros, c’est le coût social du bruit en France (Ademe 2021)
1607 verbalisations ont été dressées pour nuisances sonores par la Ville de Paris (observatoire TP 2023)