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COULON Quel avenir pour le Village vacances ?
Les bungalows municipaux de vacances de Coulon (Deux-Sèvres) menacés de disparition ? Pour cette saison estivale 2026, les élus coulonnais ont effacé les tarifs de location des dix bungalows jouxtant le camping municipal. Une mesure qui n’a pas été débattue au Conseil municipal de la précédente mandature conduite par la maire actuelle.
Dans les années 1970, la Commune de Coulon a construit un complexe touristique comprenant un camping de quarante emplacements et un village-vacances de dix gîtes pouvant accueillir chacun jusqu’à cinq personnes. Une structure qui, depuis sa création, a toujours été gérée en direct par la commune. Outre les estivants, ces appartements ont également fait office de logements sociaux. Ce type de service, qui manque dans ce secteur maraîchin, a ainsi hébergé des ouvriers du BTP (Bâtiments et Travaux Publics) travaillant sur d’importants ouvrages dans le Marais, mais aussi, par exemple, une famille d’une commune voisine sinistrée à la suite de l’incendie de leur demeure. Enfin, ces logements chauffés ont dépanné plusieurs fois de nouveaux agents municipaux en attente de dénicher un toit plus pérenne.

Les années 1970
Les années 1970 représentent « l’âge d’or des grandes vacances », dit-on. « C’est la décennie où les vacances deviennent un vrai rituel de masse. » La municipalité coulonnaise conduite alors par son maire M. Maurice Moinard l’a bien compris. Son successeur aussi. Ainsi M. Pierre Rousseau envisageait-il d’étendre ce site d’hébergements touristiques en lorgnant sur un grand terrain voisin. Mais, autant que l’on se souvienne, le propriétaire du dit-terrain n’était guère intéressé. Corroboré par les études d’un premier Plan d’Occupation des Sols (POS) communal qui classait le site inconstructible car inondable.
« Ce sont les Britanniques qui, au 18ème siècle, inventent l’idée même du tourisme. D’abord thermal et aristocratique, il se développe également à la campagne, en bord de mer et à la montagne. Porté par les idées des philosophes et des médecins, le bon air serait bon pour la santé et soignerait de nombreuses maladies. Les stations balnéaires se multiplient le long de la Manche mais également et surtout sur la Côte d’Azur. Peu à peu la mode de « partir en vacances » se démocratise. C’est au 20ème siècle qu’elle se popularise notamment grâce aux avancées technologiques, sociétales mais également légales. Les congés payés de 1936 vont plonger la France dans une véritable frénésie estivale. Le tourisme devient un secteur économique à part entière. Pour faire face aux arrivées massives, des villes entières sortent de terre. Avec le plein emploi et les initiatives populaires, destinées à faire partir le plus grand nombre, les vacances connaissent leur apogée dans les années 1970. La crise des années 80, les dernières lois sur les 35 heures en 2000 et l’avènement d’Internet transforment le secteur », explique un article de presse. Le village-vacances municipal de Coulon est né de cette vague portée politiquement par M. Moinard.

En 1998, première alerte, le village-vacances du Chemin de l’Acacia à Coulon a besoin d’une sérieuse rénovation. En effet, loués une grande partie de l’année, par des locataires différents (les périodes de locations allant d’une nuit au mois, en passant par la semaine), ces appartements ont vieilli et nécessitent des travaux urgents impossibles à réaliser en présence de locataires. La municipalité de l’époque a décidé d’entreprendre ces travaux, en partie effectués en régie, dès la mi-septembre. Ils ont nécessité près de trois mois d’efforts aux peintres et menuisiers communaux, ainsi qu’aux artisans électriciens et plombiers. Ainsi, on a refait entièrement l’électricité et le chauffage, les peintures ont été rafraichies, les cloisons escamotables restaurées et toute la partie « évier » des cuisines totalement rénovée (faïencerie, habillage des soubassements, placards, etc.) Chaque bungalow a bénéficié d’un aspect très accueillant, et son équipement permettait aux occupants occasionnels de passer un agréable séjour.
Et, pour ajouter au confort des usagers, un point-phone à cartes était à disposition à l’entrée du centre touristique depuis le mois d’août. Un luxe apprécié des vacanciers qui ne connaissaient pas encore le téléphone mobile. L’investissement financier était conséquent : électricité : 6 000 F ; chauffage : 180 000 F; travaux réalisés : 457 840 F ; total : 673 240 F. Quelques années plus tard, une antenne relais Wifi était installée à l’entrée du complexe. Mais cette installation, très demandée-peu utilisée, s’est avérée être un gouffre financier. Elle a été coupée.
L’antenne est toujours en place Photo Gilles PETIT

En 2021, le camping municipal et le village vacances réalisent chacun un chiffre d’affaires d’environ 40 000 euros par an. La municipalité veille à améliorer le cadre de ses équipements. Cependant, dès le début de leur mandat (mars 2020), les nouveaux élus se sont posé la question de l’avenir de ce complexe. « Faut-il que la commune conserve ses équipements ? Faut-il en confier la gestion ou conserver la gestion en régie ? » Il avait alors été décidé d’en conserver la gestion et de restaurer l’ensemble des bâtis, à savoir les dix gîtes et le bloc sanitaire du camping voisin.
En 2022, il est estimé que les bungalows-gîtes, âgés d’une cinquantaine d’années, ne correspondent plus à la demande. Pour redynamiser l’activité du site, la municipalité de la maire Mme Anne-Sophie Guichet a émis l’idée de professionnaliser la promotion et la commercialisation du complexe touristique, en s’attachant les services d’un partenaire professionnel. Ainsi, la SAS Cardinaud-Mercier, seul opérateur touristique local intéressé par cette proposition, est retenue dans le cadre d’une prestation de services. La convention comportait plusieurs volets : promotion du complexe touristique, commercialisation des gîtes (projet de contrat pour transmission au service de la commune, seule habilitée à procéder aux encaissements des séjours). Le partenaire recevrait une rétribution équivalente à 15 % du montant des recettes, jusqu’à 45.000 € annuels, 10 % du montant des recettes au-delà des 45.000 € annuels, ce pour une durée expérimentale du 1er juin au 31 décembre 2022. Bien qu’aucun bilan n’ait été publié, à notre connaissance, l’expérience n’a pas été reconduite.
Début 2024, sont contactés les propriétaires du Camping de la Venise Verte pour un éventuel partenariat dans la gestion du complexe touristique. Une piste noyée dans le Marais. Les gérants du Camping de La Venise Verte précisent dans un communiqué : « nous n’avons pas eu de retour de la mairie quant à notre proposition et nous avons ensuite été informés que la mairie souhaitait conserver la commercialisation en direct. »

En 2025, la commune embauche une stagiaire qui prépare une licence professionnelle sur les métiers du tourisme et des loisirs. Du 17 mars 2025 au 20 juin 2025, ses missions comportaient l’accompagnement sur le dossier de récupération du classement des gites et si possible du camping, gérer la promotion des équipements de tourisme et travailler sur le dossier de labellisation « station de Tourisme », une étape qui suit la labellisation « commune touristique ». Ici aussi, aucun rapport n’a été dressé publiquement au Conseil municipal.
En novembre 2025, une simple annonce faite au Conseil par M. Dominique Giret, premier adjoint informe qu’un « rendez-vous est pris avec ID 79* et le CAUE* sur le projet du camping ». On apprend donc qu’il y a un « projet camping » et « une attente de retour d’éventuelles aides financières ». Une visite étant prévue en décembre.
Enfin, lors du Conseil municipal du 18 décembre 2025, M. Giret, également adjoint aux finances, clame les tarifs 2026 examinés par la commission « Finances » concernant les prestations touristiques applicables à compter du 1er janvier 2026. Et là, surprise : plus de tarif de location des bungalows de vacances. Le Conseil municipal n’a jamais débattu d’un éventuel abandon des gîtes de vacances. Et quid des relations avec ID79*, le CAUE* et l’ANCT* ? Pour rappel, une commission émet un avis et/ou une proposition qu’elle soumet obligatoirement au Conseil municipal, en séance publique. Seule, après débat démocratique, cette assemblée peut donner délégation au maire.
Début 2023, la commune avait sollicité l’ANCT* afin de bénéficier d’un accompagnement en ingénierie (pris en charge financièrement par l’État) pour définir une stratégie touristique et de revitalisation de la commune. Cette étude de programmation était couplée avec les travaux de deux bureaux d’études In Extenso (partie tourisme) et O+ (partie aménagement-urbanisme). Ils devaient faire un compte-rendu en juin 2023. Une fois de plus, nous n’avons pas eu connaissance du rapport de cette étude concernant les sujets généraux comme le complexe touristique, les aménagements urbains, les voiries, la circulation douce, le repositionnement du village séniors, …

Enfin, à l’amorce de la saison estivale 2024, la conseillère municipale, chargée de la gestion du village-vacances, avait annoncé la refonte de la décoration intérieure pour l’ensemble des gîtes, en précisant que des téléviseurs ont été achetés, et qu’il est prévu l’acquisition de tables basses et de nouveaux rideaux.
L’annonce de location des gîtes étant désormais mise en ligne sur Le Bon Coin. Peu de temps après, la dite-conseillère a cédé officiellement sa délégation, pour raison professionnelle.
Des travaux
Quoi qu’il en soit, les bâtiments du village-vacances donnent des signes de vétusté. Il est nécessaire d’effectuer des travaux d’étanchéité, notamment sur les toits. Si c’est pour cette raison que les gîtes sont fermés à la location, que les élus le disent ouvertement. Les Coulonnais comprendront la nécessité d’une telle mesure. Le village-vacances municipal de Coulon fait partie du patrimoine local. A l’heure où la tendance nationale, voire internationale, actuelle est tournée vers l’hébergement touristique en dur (mobile-home, bungalow, …), il est impensable de délaisser cet équipement municipal, toujours confortable. Faire rapidement les travaux nécessaires et ne surtout pas laisser le site à l’abandon. Une tardive réhabilitation du site (réaménagement, démolition…) coûterait une fortune. Face aux risques engendrés par le changement climatique, ces dix logements de vacances peuvent s’avérer indispensable en cas de catastrophe.
Gilles PETIT
*ID79 une structure d’Ingénierie crée par le Conseil départemental des Deux-Sèvres : au service des projets des collectivités
*CAUE Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement : une association qui accompagne les acteurs du territoire et le grand public dans un objectif de qualité de l’architecture et de son environnement.
*ANCT Agence Nationale de la Cohésion des Territoires facilite l’accès des collectivités locales aux ressources nécessaires pour concrétiser leurs projets (ingénierie technique et financière, partenariats, subventions).