Mois: novembre 2016

MARAIS POITEVIN – BENET : 873 contraints à abjurer leur foi.

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873, c’est le nombre de conversions au catholicisme enregistrées en 1681 et 1682 par la paroisse de Benet (Vendée). Ils portent souvent pour prénoms Pierre, Louis, Louise, Marie, des prénoms habituels. Mais aussi, bien souvent, ils s’appellent Isaac, Abraham, Elizabeth, Suzanne, Isaïe, Daniel, Simon, Sarah ou Judith, affirmant ainsi leur attachement aux personnages bibliques et leur adhésion à la foi protestante.

Leurs noms s’étalent, consciencieusement rangés, sur 17 pages. On y retrouve des familles toujours présentes à l’heure actuelle sur notre territoire : Dazelle, Cramois, Pouvreau, Thébaud, Bobin, Rousseau, Nouzille, Pillier, Soulisse et tant d’autres, même si l’orthographe en a parfois été légèrement modifiée.

Ce sont des gens humbles, tisserands, laboureurs, voituriers, fileuses de laine, journaliers, maréchaux, marchands, tailleurs d’habits . . ., des familles entières ou bien des veuves ou veufs avec ou sans enfants, des adolescents aussi. L’âge de ces nouveaux convertis va de 15 jours, pour le petit François Soulisse, à 86 ans pour le plus âgé, Jean Girardin.

Tous ces noms, on peut les lire sur ce registre portant le sceau de la Bibliothèque Royale :

On pourrait se demander quel événement, quel miracle peut-être, avait pu engendrer un enthousiasme tel que tant de gens se seraient précipités pour renier leur appartenance à l’Eglise Réformée.
Il n’y a pas eu de miracle. Aucun enthousiasme non plus dans ces conversions. Toutes sont dues à la politique despotique de Louis XIV vis à vis de la Religion Réformée.

La religion réformée s’est développée dans notre territoire à partir de Niort (79), Fontenay le Comte (85) et Maillezais (85) dès le 16ème siècle. Toute la seconde partie du 16ème siècle est ensuite marquée par des affrontements entre Catholiques et Protestants.
A Benet, selon la tradition orale, en 1574, un combat sanglant aurait causé la mort de 2000 hommes qui furent enterrés dans une fosse commune chemin de la Grand’Fosse.

Au 17ème siècle, la politique restrictive puis hostile de Louis XIV conduit à la fermeture de la plupart des lieux de culte en 1665. A Benet, le culte réformé est interdit le 16 août 1665 et le temple est rasé en 1666.
Le culte protestant semble se poursuivre à Niort où l’Eglise Réformée célèbre des mariages, comme en attestent celui de Philippe Ripault et Louise Pillier le 8 avril 1674 ou celui de son frère François Pillier et de Jeanne Bouhier le 14 juin 1676.
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Quelques années plus tard, la répression atteint ensuite une intensité insupportable avec la première dragonnade.
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La première dragonnade en Poitou est initiée en 1681 par René de Marillac, intendant du Poitou de 1677 jusqu’en janvier 1682.

La technique de terreur utilisée est décrite dans le « blog de Sylvie » que je prends la liberté de retranscrire ici :
« Louvois lui ayant envoyé un régiment de cavalerie pour ses quartiers d’hiver, Marillac les loge principalement chez les réformés en leur permettant de piller et de ruiner leurs hôtes. Les dragons se font nourrir et payer. Quand l’argent est épuisé, les dragons vendent les meubles ou les mettent en morceaux. Si l’hôte protestant s’obstine à ne pas se convertir, il est maltraité, frappé et devient le jouet de brutes qui inventent des supplices allant jusqu’à faire souffrir les enfants. Ils font subir aux femmes toutes les exactions possibles. Quand le malheureux abjure, les dragons passent chez le voisin.
En quelques mois, les curés enregistrent 38 000 conversions. La région Poitou est ruinée, les habitants s’enfuient vers l’Angleterre, la Hollande. La nouvelle suscite l’indignation de l’Europe protestante. Les soldats sont rappelés et Marillac est déplacé. »

Dès lors, comment s’étonner du flot impressionnant de nouveaux convertis de 1681 et 1682 ?
Cette vague de panique collective a-t-elle été renforcée par la décision du roi de France Louis XIV qui, 3 ans avant l’abrogation de l’Edit de Nantes, faisait promulguer par son Conseil d’Etat l’arrêt du 17 juin 1682 ? Un arrêt dirigé contre les ministres et consistoires de la « Religion prétendue réformée » de la province de Poitou qui continuaient à « séduire (sic) les nouveaux convertis et à les porter à retourner aux temples », faisant fi des édits royaux précédents.

Décret du 17 juin 1682 ,signé par le ministre Le Tellier, marquis de Louvois.

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On notera que la religion réformée y est désignée par les initiales R.P.R. (Religion Prétendue Réformée) alors que s’étale généreusement Religion Catholique Apostolique et Romaine.

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Le Sieur Nicolas de Lamoignon de Basville, marquis de la Mothe, intendant du Poitou de 1682 à 1685 fait appliquer avec un zèle ardent les ordonnances royales, notamment après la révocation de l’Edit de Nantes. On lui doit la suite des dragonnades du Poitou.

L’existence de nombreux mariages entre membres de familles d’anciens convertis,  porte à penser que, même si ces unions étaient célébrées par les prêtres catholiques, la conversion n’était souvent que de façade.

A la Révolution, le culte protestant se tient dans une des tours du château mais il faut attendre 1833 pour voir l’édification d’un nouveau temple à Benet, dans la rue menant à Coulon. Le bâtiment, fragilisé par une construction faite a minima, est démoli en 1965 mais beaucoup en gardent le souvenir.

En hommage à mes ancêtres et à tous ceux que le despotisme et l’intolérance ont contraints à abjurer leur foi ou renier leurs idéaux.
Antoinette Pillier- Petit

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MARAIS POITEVIN : à Amuré (79), une fête en l’honneur du frêne-têtard. Un arbre en voie de disparition ?!?!?

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La Fête du frêne-têtard a pris une ampleur inimaginable, à Amuré, une petite commune située au cœur du Marais mouillé des Deux-Sèvres en Marais Poitevin. Est-ce le programme riche et varié offert par les organisateurs pour cette 20ème édition, qui s’est déroulée les 5 et 6 novembre 2016 ? Ce qui est sûr, c’est que le public a encore passé un week-end champêtre ludique entièrement dédié au patrimoine.

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Symbole du Marais Poitevin, le frêne-têtard est bien utile en plusieurs usages, mais il est menacé par la chalarose.

 M. Loic Michaud, le coordinateur de cette fête du frêne-têtard, avait annoncé « de nombreuses animations pour valoriser notre patrimoine ». Il y avait, entre autres, une mini-ferme regroupant des animaux d’origine maraîchine, des expositions sur le Marais, près de 90 exposants de toutes factures, installés en village artisanal et village de producteurs locaux. Et même des baptêmes à dos de poney ou en calèche, un petit train, une randonnée découverte des Marais mouillés . . .  « Et, pour la première fois, une utilisation du frêne encore inconnu ! »

Avec le peuplier, le frêne est l’arbre emblématique du Marais Poitevin, en particulier quand il est taillé en têtard. Les anciens ont introduit le frêne, une essence à pousse rapide qui produit d’abord un excellent bois de chauffage, mais aussi abrite les animaux, et surtout, par la densité de son système racinaire, fixe les bords des berges, évitant ainsi les effondrements dits « naturels ».

Son nom de frêne-têtard vient de la technique de coupe qui consiste à tailler un plant, dès que son tronc atteint dix à quinze centimètres de diamètre, afin qu’il génère une multitude de départs de nouvelles branches, appelées « perches ». Il est ainsi coupé à hauteur d’homme afin de faciliter les tailles futures, ou à une hauteur inaccessible aux mâchoires voraces des animaux qui adorent les jeunes pousses. Sa forme si particulière et unique se dessine au fil des « bûches », généralement tous les huit ans. L’entretien des têtards garantissait autrefois l’approvisionnement en bois de chauffage. Aujourd’hui, ce « bûchage des perches » est devenu aléatoire et les frênes ne sont plus émondés régulièrement.

Le frêne est également un bon bois pour la menuiserie, presque aussi bien que l’orme. Ce dernier a presque disparu dans le Marais Poitevin, décimé par la propagation d’un parasite. Une sérieuse menace qui plane désormais sur l’emblème du site, sous la forme d’un champignon appelé la chalarose. En effet, en plus des ragondins qui le fragilisent en creusant des galeries, le frêne risque de contracter  ce champignon venu de Pologne, semble-t-il. Lequel a déjà contaminé une bonne partie de la France jusqu’en Touraine, aux portes du Marais Poitevin. A notre connaissance, il n’a pas encore été détecté dans cette seconde zone humide de France.

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Sachant que le frêne têtard représente 95% des arbres du Marais Poitevin, on craint le pire. Comme ce fléau semble inéluctable, selon des spécia-listes désormais résignés, bien que des remèdes soient recherchés, il est proposé de réfléchir à une diversification des essences, de préférence locales.

Le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin a sélectionné six essences d’arbres pour une replantation progressive. Des essences résistantes qui poussent vite, qui stabilisent les berges, et qui offrent un bon bois de chauffage. Il y aurait le chêne pédonculé, le peuplier noir, l’orme champêtre, le saule blanc, l’érable champêtre et le charme.

 

 

 

 

 

La fête du frêne-têtard d’Amuré est, avant tout, une . . . fête. Voici quelques images glanées lors de l’inauguration du dimanche matin qui a, notamment, réuni de nombreuses personnalités :

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Le garde-champêtre improvisé, M. Jérôme Baloge, président de l’Agglomération Niortaise, a essayé d’annoncer que la Fête du frêne-têtard regroupe aussi des dizaines d’artisans et de producteurs locaux.

Gilles PETIT

8ème Vendée Globe : pour le suisse Alan Roura, le baptême de son bateau et le départ d’un rêve.

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Le 6 novembre 2016 aux Sables d’Olonne, le skipper suisse Alan Roura a pris le départ de son premier Vendée Globe, sur Superbigou, le célèbre 60 pieds Imoca que Bernard Stamm a construit au fond de son jardin à Lesconil (Finistère). Ce bateau a été baptisé LA FABRIQUE trois jours avant de s’élancer dans ce tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance.

Alan Roura (SUI), skipper La Fabrique, Photo Vincent Curutchet / DPPI
Alan Roura (SUI), skipper La Fabrique, Photo Vincent Curutchet / DPPI/Vendée Globe

La biographie d’Alan Roura est éloquente : « Après une enfance bercée au clapotis du Léman puis une adolescence traversée sur l’Atlantique et le Pacifique, Alan s’est très tôt lancé le défi d’accomplir ses rêves de course au large. À 13 ans, il choisit d’arrêter sa scolarité pour poursuivre son apprentissage à l’école de la vie et s’acheter son premier bateau. À 20 ans, il participe à sa première course en solitaire, la Mini Transat 2013 (traversée de l’Atlantique en solitaire, à bord d’un voilier de 6.50m). L’année suivante, il récidive au chapitre du solo sur le parcours légendaire de la Route du Rhum. En 2015, il part en double sur la Transat Jacques Vabre. Trois chemins riches d’enseignements qui le mèneront au départ du 8ème Vendée Globe, où la valeur n’a jamais attendu le nombre d’années. »

 

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« C’est vraiment, vraiment, une première victoire que d’être à ma place, presqu’au départ, à côté de tous ces autres bateaux, » aux sables d’Olonne, s’étonne Alan Roura.

Alan Roura clame haut et fort sincèrement : « Participer au Vendée Globe est un rêve, avoué ou non, que chaque marin porte au fond de lui. Avant la Mini Transat, j’y pensais mais pas forcément dans un futur proche. A l’arrivée, je me suis dit « Pourquoi attendre ? » Je n’ai pas un profil de régatier mais d’aventurier, je ne me voyais donc pas intégrer une classe comme celle des Figaro, qui ne me ressemble pas, juste pour avoir un parcours dit traditionnel. Ce que je souhaite, c’est le large, le solitaire, pour raconter de belles histoires. Comme à la belle époque ! » On croirait entendre le Suisse Bernard Stamm dans les propos du Genevois.

Le bateau qui porte toujours son nom de baptême Superbigou, court sous les couleurs de La Fabrique, le nouveau complexe « restaurant-musée interactif-magasin du producteur » de la société Cornu SA ainsi que celles du collectif « Un Vendée pour la Suisse », regroupant Ropeye, 7 Seas, Ino-Rope et plusieurs entreprises et collectivités suisses dont le Canton de Genève. A son bord, Bernard Stamm a pris le départ du Vendée Globe 2000-2001 ; il a ensuite battu le record de la traversée de l’Atlantique en monocoque, puis a remporté à deux reprises Around Alone, le tour du monde en solitaire avec escales. Depuis son lancement en juillet 2000, il a navigué sous les couleurs de Armor Lux/Foie gras Bizac, puis Bobst Group/Armor Lux, Cheminées Poujoulat/Armor Lux, Cheminées Poujoulat, We Are Water et enfin La Fabrique. A noter que le bateau porte toujours le numéro 7, le chiffre « fétiche » de Bernard Stamm.

Official skippers group picture during prestart of the Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France on october 15th, 2016 - Photo jean-Marie Liot / DPPI
La photo officielle des skippers qui ont pris le départ du Vendee Globe 2016-2017 aux Sables d’Olonne, en France. Photo Jean-Marie Liot / DPPI
Le skipper le plus âgé l'américain Rich Wilson (à Gauche) en compagnie du plus jeune le suisse Alan Roura.
Le skipper le plus âgé l’américain Rich Wilson (à gauche) en compagnie du plus jeune le suisse Alan Roura.

Le Vendée Globe 2016, ce sont 29 concurrents dont 14 bizuths qui dormiront en moyenne moins de 5h/jour sur l’ensemble de la course ; un ancien vainqueur au départ, Vincent Riou en 2004-2005 ; 10 nationalités au départ avec, pour la 1ère fois, un Japonais, un Néo-Zélandais, un Hollandais et un Irlandais ; le plus jeune participant, le suisse Alan Roura a 23 ans, le plus âgé, l’Américain Rich Wilson a 66 ans.

L’histoire de la course en chiffres : 1989 : 1ère édition du Vendée Globe ; 2016 : 8ème édition ; 40 000 km : Tour du monde par les trois caps (Bonne Espérance / Leeuwin / Horn) ; 78 jours 2 heures et 16 minutes : le plus rapide (record de François Gabart sur l’édition de 2012-2013) ; 163 jours 3 heures et 9 minutes : le plus lent (Jean-François Coste sur le première édition 1989-1990) ; 3 heures et 17 minutes : plus petit écart à l’arrivée sur la 7ème édition (2012-2013) entre le vainqueur François Gabart et son dauphin Armel Le Cléac’h ; 7 jours 11 heures et 50 minutes : plus grand écart à l’arrivée entre le vainqueur et son dauphin sur le Vendée Globe 1996-1997 entre Christophe Auguin et Marc Thiercelin ; 65 jours : l’écart le plus long entre le premier et le dernier, 4ème édition 2000-2001 entre le vainqueur Michel Desjoyeaux et le dernier Pasquale de Gregorio ; 1 mois gagné entre le premier vainqueur Titouan Lamazou (109 jours en 1989-1990) et François Gabart (vainqueur en 78 jours en 2012-2013) ; 83 skippers dont 7 femmes ont déjà pris le départ.

 

Gilles PETIT