Journées du Patrimoine

MAGNE (79) : Histoire(s) d’un four à pain restauré

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« Il fonctionne notre four à pain tout juste rénové et déjà en service, » semble s’étonner le maire de Magné Gérard Laborderie. « C’est pas une rénovation de façade pour faire beau. Il est vraiment opérationnel. Ce four appartient au petit patrimoine communal. » Voici la grande histoire d’un petit patrimoine magnésien inauguré le dimanche 16 septembre 2018 dans le cadre des Journées du patrimoine.

Roger Bodet

« C’était en friche, il y avait des lierres partout. Il a fallu débroussailler, trier et retailler certaines pierres. L’arrière du four était complètement écroulé, il restait juste la partie cheminée. J’ai refait l’intérieur du four. Il n’y avait plus de portes, j’ai refait la porte ; il n’y avait plus de toit, j’ai refait une pente. En fait, j’ai tout refait ! » résume ainsi M. Roger Bodet au sujet de la restauration du four à pain de la rue du Port Musqué à Magné (Deux-Sèvres).

Jean-Louis Brouard

Ce four a une histoire liée aux familles Riffault puis Brouard. Jean-Louis Brouard, l’un des quatre enfants, nés de l’union de Louis Brouard avec Lucienne Riffault, retrace la genèse du four : « Si vous me demandez la date de construction du four, je serais très embêté. Par contre, je peux vous dire précisément la date à laquelle il n’existait pas. C’est 1833, parce que sur le cadastre napoléonien de 1833, il n’était pas là. Donc on peut supposer qu’il était du courant du XIXè siècle. Il a fonctionné jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Après, les fermes se sont équipées en cuisinières à bois, avec des fours. Puis, on a vu des boulangeries apparaître dans les villages. Les fours de ferme comme celui-ci ont été petit à petit laissés à l’abandon.  Nous sommes ici dans le quartier des Riffault. Riffault était un patronyme très fréquent dans le Marais. Par exemple dans ce quartier, on avait Alexandre Riffault avec Denise. La maison attenante au four, c’était chez Roger Riffault. En face de cette dernière, la maison des frères Riffault André et Léon, célibataires tous les deux. » Le four à pain est rattaché à la maison située juste de l’autre côté de l’étroite rue du Port Musqué. Une grande demeure appartenant alors à Edmond et Angélina Riffault, lesquels ont eu une fille Lucienne, et donc quatre petits-enfants. « Jacqueline, l’aînée, est la dernière propriétaire du four avant de le céder à la commune ! »

Trois des quatre enfants Brouard étaient présents à l’inauguration : Martine, Jean-Louis et Jacqueline (de g. à d.)

Son « petit » frère se souvient : « C’était un four assez astucieux à l’époque. En fait, il était composé différemment. On avait à l’arrière un toit à cochon. Au-dessus du four, c’était l’aire de jeux des enfants. On y était au chaud, on était bien, à l’abri. On a passé des heures et des heures au-dessus du four. Le four était fermé devant, c’était la salle d’eau. Notre grand-mère faisait chauffer l’eau dans un chaudron sur la cheminée, puis la versait dans une grande baille et on prenait nos bains. Je pense que nous avons à l’ouest de Niort, le four multifonctions le plus ancien. »

M. Gérard Laborderie a ouvert une autre page d’histoire, municipale celle-là : « A partir de 2008, la municipalité, conduite par M. René Potiron qui voyant que ce four commençait à tomber en ruine sérieusement, a décidé de l’acquérir. Les choses en sont restées là. En 2014, on avait mis dans notre programme la rénovation du four. Il s’est trouvé qu’un Magnésien, M. Louis Dazelle a fait don à la commune d’un terrain qu’il possédait à l’arrière du four. En compensation, il demandait à la commune la rénovation du four à pain. Le conseil municipal est parti sur cet engagement. Il fallait rénover ce four et il fallait trouver quelqu’un capable de le faire ! »

Gérard Laborderie, maire de Magné : « C’est un engagement qui va bien au delà de ce que l’on pourrait attendre d’un conseiller municipal. Roger Bodet mérite la médaille d’honneur communale. »

Stupéfaction, dans l’équipe municipale, un certain Roger Bodet, retraité de l’administration, a déclaré : « Moi le four, je le rénove ! » Le conseiller est passionné par la pierre, s’intéresse aux fours à pain et . . . possède des compétences en compagnonnage platrier-carreleur . M. Laborderie insiste : « Roger a fait ce travail entièrement bénévolement. La commune n’a payé que les matériaux avec l’argent de la revente du terrain que nous avait donné M. Dazelle, dont la commune n’avait pas l’utilité. Il s’est trouvé qu’il intéressait les trois riverains qui habitaient autour. »

 

 

 

 

 

« Tout seul, ce n’était guère évident, » poursuit le maire de Magné. « On a créé une association pour porter le projet. Elle s’appelle : Les amis du four à pain et la sauvegarde du petit patrimoine. Présidée par Roger, la structure s’est donnée pour mission : la rénovation du petit patrimoine local. »

Roger Bodet a officiellement inauguré le nouveau Four à pain de la rue du Port Musqué à Magné, en présence du député Guillaume Chiche (à gauche), du maire avec une partie de son conseil municipal, des enfants Brouard et d’Elisabeth Maillard, vice -présidente chargée de la culture à la Communauté d’agglomération du Niortais.

Placé tout près des barbecues préparant le grand repas commun d’inauguration (près de 200 convives inscrits), le député des Deux-Sèvres Guillaume Chiche a ainsi débuté son allocution : « On a l’habitude de dire que les politiques ont parfois tendance à enfumer les gens avec des grands discours, là je peux vous dire que j’ai mon compte. » Il a quand même pu ajouter : « Le petit patrimoine, en réalité il est immense, parce que ce patrimoine commun, c’est celui de ceux qui n’en ont pas, ceux qui n’ont rien, qui habitent dans une commune. Ils peuvent se reposer uniquement sur ce petit patrimoine parce qu’il est partagé. Et donc, son entretien, sa sauvegarde, son développement demandent l’engagement de particuliers, d’artisans, d’élus. . .  Il vous réunit autour de valeurs, autour d’un outil. La symbolique est très très forte autour d’un four à pain parce que quoi de plus noble que le pain, la valeur du partage, la valeur du travail et la valeur de la patience. »

La conseillère départementale du secteur Dominique Pougnard pense que « C’est l’essence même de la vie d’un village de pouvoir réhabiliter ce patrimoine là. Pour moi, c’est un patrimoine double : bâti et culinaire. Un patrimoine gastronomique qui ravive la mémoire du pain, et restitue la mémoire du savoir-faire. »

 

A l’arrière, dans un espace réduit, il a réussi à construire un plan de travail, aménager une chambre de « pousse » où on fait lever la pâte, avec des rayonnages…

Maintenant, sous l’égide de l’association, M. Roger Bodet anime des activités autour du pain. Il accueille ainsi des apprentis, des stagiaires. . . « Son prétexte au début, c’était qu’il fallait chauffer le four pour qu’il puisse monter en température progressivement, » soupçonne le maire. « Je pense que ça fait longtemps qu’il est monté en température et qu’il est sec. »

Gilles PETIT

 

 

 

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40 ans d’Architecture en Marais Poitevin : un concours et un appel à projets auprès des habitants

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Réunis à l’Abbaye Saint-Pierre de Maillezais (Vendée), vendredi 24 mars 2017, les représentants du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin et des CAUE (Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement) de Charente-Maritime, des Deux-Sèvres et de Vendée, ont signé une convention de partenariat, laquelle est censée « encourager une architecture et un paysage de qualité ».

Les propriétaires de cette ancienne ferme de Coulon envisagent de participer à l’appel à projets architectural.

A l’occasion des 40 ans de la Loi sur l’Architecture (lancée le 3 janvier 1977), le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin (PNR) souhaite s’associer aux CAUE dans le but de préserver les spécificités du Marais Poitevin, à savoir, « une architecture et un paysage ». Le tout en accompagnant les projets des communes, mais aussi, des habitants, lesquels « font peu à peu évoluer les paysages ».

Le texte de cette convention explique qu’en cette année 2017, uniquement, « ce partenariat sera l’occasion d’actions conjointes qui se traduiront en trois projets : 1- Le lancement d’un concours sur le thème des maisons et habitats contribuant aux paysages de qualité du Marais Poitevin ; 2- L’ouverture d’un appel à projets auprès des habitants, leur permettant d’être accompagnés et guidés vers une architecture de qualité ; 3- L’élaboration d’une charte architecturale et paysagère proposant actions et bonnes pratiques pour le paysage de demain. »

La Loi sur l’Architecture, qu’est-ce à quo ?

Un exemple d’aménagement public : à Coulon, la façade du siège du Parc Naturel Régional du Marais Poitevin unit pierre et bois.

Dans sa lettre d’information, datée du 5 janvier 2017, la Fédération Nationale des CAUE retrace l’historique : « En 1907, au Danemark, des architectes, pour corriger la mauvaise qualité des constructions nées d’un exode rural massif vers les centres urbains, se sont regroupés pour organiser une assistance architecturale gratuite et ouverte à tous. En France, c’est dans les années 1960 et 1970 que les débats de société ont commencé à se focaliser sur la banalisation des constructions et du cadre de vie. L’époque des grands ensembles puis de zones pavillonnaires laissait craindre déjà une France « moche ». Il y a quarante ans, le 3 janvier 1977, la Loi sur l’architecture était adoptée. Issue de longs et passionnants débats parlementaires, et portée par des figures comme MM. Michel d’Ornano et Miche Guy, ainsi que Mme Françoise Giroud, cette loi apporte alors des changements majeurs en faveur de la qualité architecturale. Elle encourage le recours à des professionnels et donne une plus grande portée à la responsabilité de l’acte de construire. Elle crée aussi et surtout, une structure unique en son genre : le CAUE qui, à l’échelon du département, assure une mission de service public au bénéfice des candidats à la construction, aux élus et techniciens des collectivités territoriales, aux services de l’État ou aux acteurs de la culture et de l’éducation. »

Les règles des trois :

Le concours des belles maisons, répondant aux critères cités plus haut, sera ouvert, du mai à août 2017, à tous les propriétaires du Marais Poitevin. Un jury, composé d’habitants, d’élus et d’experts, se tiendra (en séance publique) le samedi 16 septembre 2017, à l’occasion des Journées du Patrimoine. Les lauréats bénéficieront d’un séjour de deux jours dans d’autres parcs naturels régionaux ;

Une bâtisse coulonnaise à réhabiliter.

S’adressant également aux habitants du Marais Poitevin, l’appel à projets (construction neuve, extension, réhabilitation) permettra aux dix foyers retenus (répartis sur les trois départements) de bénéficier d’une étude d’architecte, prise en charge financièrement par le Parc (à hauteur de 2 000 euros en moyenne par projet) . « Les esquisses produites seront valorisées par le PNR et les CAUE et, si possible, concrétisées par des travaux », précise-t-on. Les candidatures seront reçues de juin à septembre 2017 ;

Les enseignements collectés à l’issue de ces deux initiatives feront l’objet d’un « guide de bonnes pratiques pour les paysages et l’architecture d’aujourd’hui et de demain ». Les organisateurs espèrent que « les exemples d’architecture collectés constitueront un éventail de références qualitatives ». Le guide pourrait « mettre à jour et renouveler les outils de préconisations de bonnes pratiques en matière d’intervention sur le cadre de vie à travers l’architecture, l’urbanisme et le paysage ».

En fait, pour le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin et les CAUE 17, 79 et 85, « ces préconisations viseront à proposer des actions à la fois cohérentes en termes de qualité sur l’ensemble du territoire, tout en tenant compte de la diversité des paysages sur un aussi grand territoire qu’est celui du Marais Poitevin (91 communes, 2 régions et 3 départements) ».

On l’aura compris, l’enjeu consiste à « favoriser des projets (maisons de particuliers ou constructions publiques) qui s’intègrent au paysage, en puisant dans les savoir-faire anciens, en réinventant, créant, s’inspirant des éléments du bâti traditionnel ».

Malheureusement, les conseilleurs n’étant pas les décideurs, on constate des « écarts de conduite », à l’instar de la récente installation des nouvelles billetteries des embarcadères de Coulon.

Gilles PETIT

Contact : Parc Naturel Régional du Marais Poitevin, 2 rue de l’Église 79510 Coulon. Tél. : 05 49 35 15 20 ; Courriel : correspondance@parc-marais-poitevin.fr ; site: http://pnr.parc-marais-poitevin.fr