Coulon (79)

COULON (79) Quatre policiers municipaux se sont succédé depuis 2013

Publié le

Depuis 2013, quatre policiers municipaux se sont succédé à Coulon. Du garde champêtre Pascal au brigadier-chef Didier, voici la petite histoire d’une Police locale unique dans le Marais Poitevin.

Comme dans la majorité des communes rurales françaises, Coulon « possédait » son garde champêtre, au siècle dernier. La mémoire collective garde le souvenir de M. Pascal Robier, cet ancien poilu, qui, dans les années 1930-1950, a manié tambour et baguettes au gré des « avis à la population« .

A Coulon, le 1er juillet 2018, à l’occasion du traditionnel défilé de la Fête du Mijet, un figurant avait joué le rôle du garde-champêtre local des débuts du XXème siècle. Photo Gilles Petit

Après de nombreuses années sans « autorité champêtre », la collectivité locale décide de relancer la fonction de garde champêtre car les gendarmes alors en poste estival à Coulon, étant repartis, ont « laissé un vide ». Ainsi, « pour aider au maintien de l’ordre public, » le 8 avril 1992, le Centre de gestion départemental de la Fonction publique des Deux-Sèvres a placé au premier rang un Coulonnais, parmi onze candidats. « Il s’agit de monsieur Bruno Decelle résidant à Glandes », a informé le maire de l’époque Pierre Rousseau, « Il sera en uniforme, assermenté et possèdera des pouvoirs qui lui permettront de verbaliser légalement. » La préfecture l’a assermenté au mois d’août 1992, mais il aura fallu attendre la mi-septembre pour découvrir le nouveau garde champêtre de Coulon. En effet, « l’uniforme officiel de police tardait à arriver.« 

Vers la création d’un poste de Police municipale

En 1999, la municipalité est secouée par un dilemme : « Un agent technique communal vient d’être muté vers un syndicat bressuirais. » Il se trouve que ce départ a suscité un débat au sein du conseil. En effet, le maire Jacques Rousseau et ses adjoints avaient réfléchi à la situation et préconisé l’embauche d’un agent qui pourrait devenir chef d’équipe, après formation. Cependant, deux possibilités s’offraient à la municipalité. La première envisageait le remplacement de l’agent ; la seconde saisissait l’opportunité de recruter un policier municipal, engendrant l’arrêt du poste d’agent technique. « La commune dispose déjà d’un garde champêtre aux pouvoirs limités », ont estimé des élus. Il serait « difficile à trouver, il n’aurait pas grand travail durant huit mois de l’année et le poste coûterait plus cher ».

Un premier policier municipal

Le 17 décembre 2012, le maire Michel Simon annonce : « l’agent qui faisait jusqu’alors fonction de garde champêtre ayant été reclassé sur un emploi technique, il est nécessaire de réfléchir à la création d’un poste de policier municipal, emploi indispensable pour le bon fonctionnement de la commune. » Ce poste à temps complet de gardien de Police municipale, ou brigadier, voire brigadier-chef principal était à pourvoir à compter du 1er mai 2013. Cependant, il est précisé que la création de ce poste est subordonnée au départ en retraite d’un agent des services techniques, qui devait quitter ses fonctions le 1er mai 2013.

Sur trente-sept personnes qui ont fait acte de candidature, huit d’entre elles avaient été sélectionnées, puis deux candidats retenus. Le 27 février 2013, c’est un gendarme, alors en poste à la brigade de Frontenay-Rohan-Rohan (79) qui a été recruté dans le cadre d’un détachement de la Fonction publique d’État sur la Fonction publique Territoriale.

Un second policier municipal

Ce premier policier municipal de l’histoire de Coulon a donné sa démission en juin 2017. Une nouvelle offre d’emploi a été déposée portant sur les grades de «gardien brigadier», de «brigadier» et de «brigadier-chef principal». Le choix du recrutement s’est porté sur un candidat titulaire d’un grade du cadre d’emploi «Chef de service de Police municipale». Le conseil municipal du 15 novembre 2017 a accepté de créer un poste de «Chef de service de Police municipale principal de 1ère classe» (catégorie B) à temps complet. A donc été nommé le 1er mars 2018 un ancien policier municipal sur l’Île de Ré devenu policier national à la police de l’air et des frontières à l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle à Paris.

Un troisième policier municipal

A Coulon, les policiers se succèdent rapidement, peut-on constater. Le second ne sera resté que vingt-neuf mois durant lesquels la population n’avait toujours pas compris l’intérêt d’un tel poste dans leur petite commune. Cependant, l’équipe municipale de l’époque estimait : « quant à son utilité, non seulement ce poste est indispensable dans une commune telle que Coulon mais l’extension du service serait souhaitable peut-être en partenariat avec les communes voisines. » La commune voisine, à savoir Magné, n’adhère pas à cette logique. Le 17 septembre 2020, la maire Anne-Sophie Guichet rappelle que « le policier municipal qui était en poste depuis le 1er mars 2018 a quitté la commune et a été nommé par mutation le 1er septembre 2020 dans une commune de Charente-Maritime. Il s’agit donc maintenant de lancer une procédure pour le recrutement d’un nouvel agent. »

Une nouvelle procédure pour le recrutement du troisième policier municipal a été engagée le 8 octobre 2020. Le poste étant à pourvoir pour le 15 mars 2021. Parmi cinq candidats présélectionnés, a été engagé un agent au poste en catégorie C à temps complet, à durée indéterminée, dans la Fonction publique territoriale.

Le troisième policier municipal a pris ses fonctions le 1er mars 2021. Alors âgé de 35 ans, cet ancien policier national, principalement maître-chien, avait quinze années de carrière dans la Police nationale. Il avait alors déclaré : « J’ai fait le choix de m’orienter vers une fonction plus proche et plus à l’écoute de la population. » En effet, il s’était complètement intégré et investi au service d’une population coulonnaise qui l’estimait sincèrement. Des Maraîchins qui n’ont, semble-t-il, pas compris le soudain départ de ce fonctionnaire si sympathique, avant la saison estivale 2025. Il aura officié quatre ans.

Recrutement d’un quatrième policier !

Toujours est-il que, cette fois, au printemps 2025, le conseil municipal de Coulon n’a pas délibéré sur le recrutement d’un remplaçant. Nous n’avons pas trouvé de mention dans un compte-rendu de réunion statutaire qui informe de la vacance du poste, ni autorise un appel à candidature. Même le déroulement du recrutement n’est pas mentionné. Une entorse qui peut inquiéter les Coulonnais.es à quelques semaines des prochaines élections municipales.

En prélude à la réunion du conseil municipal du 7 octobre 2025, la maire a déclaré : « Avant d’aborder l’ordre du jour, je présente M. Didier Hersan recruté en tant que brigadier-chef principal de la police municipale depuis le 1er août dans le cadre du remplacement de M. Yoan Brehaut qui a été muté dans une autre collectivité. » On n’en saura pas plus.

Suite à cette information laconique, M. Hersan (58 ans) s’est avancé pour se présenter. « J’ai fait ma carrière en région parisienne essentiellement dans le 93 [Seine-Saint-Denis] et puis Villeparisis dans le 77 [Seine-et-Marne]. Je suis dans la région depuis cinq/six ans. J’ai commencé sur l’Île de Ré, chef de poste de la Police municipale de la commune des Portes-en-Ré où je suis resté trois ans. Ensuite, je suis allé travailler à Lagord, près de La Rochelle où je suis resté à peu près une année. J’ai eu l’opportunité de venir ici parce que, habitant plus près de Coulon, j’ai saisi l’occasion ». Mme Anne-Sophie Guichet a ajouté « Effectivement, nous avons recruté M. Hersan car son profil nous semblait intéressant avec une longue carrière de policier municipal et, également, de l’expérience. Il sait en quoi consiste la saisonnalité dans une petite commune. Y a la saison estivale et ensuite la vie au quotidien. » « Sur l’Île de Ré, précise M. Hersan, hors saison, les commerçants ferment, avec des populations différentes. Nous avions 80% de tourisme en saison…, autrement y a plus grand monde ». A Coulon, il y a quand même un peu de tourisme hors saison, mais la majorité des commerces sont fermés, comme sur l’Île de Ré.

Nous ne publions pas de photographie du nouveau policier municipal car celui-ci estime que son uniforme suffit pour être reconnu par la population.

Si la réforme des retraites ne change pas les modalités dans les prochaines semaines, le quatrième policier municipal de Coulon a déjà atteint l’âge de départ. En effet, on nous signale que « pour la police municipale, l’âge de départ à la retraite est arrêté à 57 ans, la limite d’âge de départ étant de 62 ans ». Après une longue carrière dans la fonction et après avoir gravi les échelons, le nouveau venu a probablement droit à une rémunération de «  fin de carrière, appelée échelon spécial, chef de service. » De plus, de nouvelles « bonifications indiciaires » peuvent être perçues, ainsi qu’une participation récente au « régime indemnitaire ». Sans oublier « l’indemnité spéciale de fonction et d’engagement » (I.S.F.E.) composée d’une part fixe et d’une part variable. Pour faire court, la masse salariale de la municipalité de Coulon devrait sérieusement augmenter à la suite de ce recrutement.

Gilles PETIT 

FONTENAY-LE-COMTE 85 : l’École Intercommunale de Musique restaurée renommée « LE 34 »

Publié le Mis à jour le

Installée à Fontenay-le-Comte (Vendée) dans l’ancien collège Viète, l’Ecole Intercommunale de Musique a désormais une entité « LE 34 ». Un nom qui reprend son adresse le n°34 rue Rabelais. Un nom qui marque la fin d’un vaste chantier de rénovation XXL chiffré à 12 M€ TTC.

Une vue du projet final, en octobre 2026, de la future École Intercommunale de Musique « LE 34 » à Fontenay-le-Comte Illustration Cabinet Quéré-Jouan

Lors de la soirée d’inauguration, samedi 13 septembre 2025, M. François Bon, représentant la Fondation du Patrimoine, a exprimé son émotion de se retrouver « ici dans la cours de l’ancien collège Viète puisque, en 1961, j’y entrais en 6ème et en suis sorti en 1968 pour passer le baccalauréat. Je revois encore dans l’aile qui n’est pas restaurée [l’aile gauche ndlr], au rez-de-chaussée, le bureau du principal. Dans l’aile centrale, là au coin, le bureau du surveillant général. Et je peux vous dire qu’il valait mieux ne pas être invité à aller dans ces bureaux. Je revois également derrière moi, les classes d’allemand et d’espagnol. En face, les classes d’anglais, de français. A l’étage de cette aile [l’aile droite du bâtiment ndlr], le laboratoire de physique et de chimie. Que de bons souvenirs, des souvenirs qui vous marquent pour toute la vie. A cette époque, on nous recommandait vivement de ne pas nous approcher des façades de l’établissement à cause des risques de chutes d’enduit et de pierre. Il faut dire que soixante ans plus tard tout danger est écarté et pour longtemps puisque la communauté de communes du Pays de Fontenay a entrepris la restauration complète de l’édifice qui avait été reconstruit en 1874 après un incendie. Cet ancien collège Viète est, peut être, l’édifice le plus emblématique de la ville de Fontenay avec son église Notre-Dame. De très nombreux anciens élèves réclamaient depuis longtemps la sauvegarde et un maintien de sa vocation. Face à un tel chantier, la Fondation du Patrimoine ne pouvait pas passer à côté de cet ambitieux projet. Nous devions soutenir ce projet, d’un respect total pour le bâti existant, et vraiment d’une grande élégance avec l’apport du verre, des galeries verrières.

« On aurait pu inaugurer ici un complexe hôtelier ou une résidence seniors, ou autre chose. Mais ce n’est pas le cas, ce n’est pas le choix que les élus du territoire ont fait. L’édifice a, depuis sa toute première existence, été un lieu de formation, d’enseignement. Sa destination n’a pas été changée. Il restera pour des décennies un lieu d’éducation à des disciplines artistiques pour les jeunes et les moins jeunes, et beaucoup d’anciens du collège Viète s’en félicitent. »

En quelques mots, M. Bon a ranimé la flamme de la nostalgie. Une flamme entretenue par M. Gilbert Quéré, l’architecte du chantier : « On a trouvé des noms d’élèves gravés sur certains des chapiteaux de pierre par des gens qui devaient être collés. M. Bon a dû être collé. Si on cherche, on devrait trouver son nom. Dans les combles, on a trouvé des noms de soldats allemands dans une des tourelles car il y avait des allemands de 1941 à 1944. On a laissé ces gravures, des sortes de fresques. Dans une école des arts, des œuvres faites à même le mur, c’est toute une vie. »

Un chantier XXL

« Seize mois de chantier aujourd’hui. Nous inaugurons bien plus qu’un bâtiment, un symbole patrimonial, culturel, littéraire, communément appelé « ancien collège Viète » ou Pôle intercommunal culture et jeunesse », a expliqué M. Ludovic Hocbon, maire de Fontenay-le-Comte, président du Pays de Fontenay-Vendée et conseiller régional des Pays-de-la-Loire.

« Nous avons choisi de requalifier ce lieu global en lui donnant un nom simple, évocateur, ancré dans son histoire. Ce sera désormais « LE 34″. Un nom qui reprend son adresse : le 34 rue Rabelais à Fontenay-le-Comte », a dévoilé M. Hocbon (à droite) Photo Gilles PETIT

Ce site unique accueillera deux structures : l’École Intercommunale de Musique et un Accueil de Loisirs Sans Hébergement qui verra le jour dans l’aile gauche en 2026 après la réalisation de la deuxième tranche de travaux, actuellement en cours. Photos Gilles PETIT

M. Gilbert Quéré (photo ci-contre), architecte au Cabinet Quéré-Jouan, avec l’appui de M. Leconte pour le pilotage ont su « prendre un bâtiment ancien avec toutes ses contraintes d’un autre temps, et sublimer les facettes de l’histoire pour les fondre dans la modernité jusqu’à créer un lieu où l’héritage du passé dialogue avec l’avenir dans la tradition fontenaisienne. »

Arsène Charrier

A propos d’architecte, M. Hocbon a cité le nom d’Arsène Charrier, « l’architecte émérite reconnu par ses pairs qui fut celui de la reconstruction de ce collège, lieu élégant et majestueux, en 1874, avant de devenir maire de Fontenay-Le-Comte. Arsène Charrier compte ainsi parmi tous nos illustres personnalités que furent François Rabelais, François Viète, André Tiraqueau, Jean Imbert qui nous léguèrent nos lettres de noblesse dont nous portons aujourd’hui l’héritage mémoriel. »

Les quinze salles ont des ambiances assez différentes. (Photos Gilles PETIT) « On a des espaces qui sont plutôt mats,«  détaille M. Quéré. « Les écoles de musique sont davantage construites en direction des enseignants car les enseignants vont passer 6 heures d’affilée, l’élève va y passer trois-quarts d’heure, une heure. Ceci sur quatre jours, quatre jours et demi par semaine. Les professeurs seront plus disponibles car moins fatigués. Et les élèves quand ils sortent des cours et vont dans un endroit un peu plus réverbérant auront l’impression d’avoir beaucoup de talent puisqu’ils auront appris dans des locaux qui ne renvoient pas beaucoup le son. »

Illustration F. Lasa (reproduction) Région Pays-de-la-Loire Inventaire général Archives départementales 85

M. Hocbon conclut : « Nous devons aussi beaucoup à l’excellente collaboration avec les services des Bâtiments de France, mais surtout nous le devons aux compagnons, aux maîtres, aux artisans des 25 corps de métiers qui auront rénové une surface totale de 5 652 m². Vous êtes les poètes du geste, les gardiens des traditions, les sculpteurs du temps. Dans la précision de vos métiers se lit la beauté d’un patrimoine vivant que vous avez donnée à ce bâtiment, une nouvelle jeunesse. Et vous lui offrez une destinée qui portera votre empreinte pour des décennies. »

Actuellement, l’École Intercommunale de Musique accueille 340 élèves. A terme, elle comptera jusqu’à 450 élèves (enfants et adultes).

Gilles PETIT

« LE 34 » École intercommunale de musique Pays de Fontenay-Vendée 34 rue Rabelais 85200 Fontenay-le-Comte Tél. : 02 51 53 41 64 Courriel : eimd.secretariat@fontenayvendee.fr

Il est possible de verser un don à la Fondation du Patrimoine consacré exclusivement à la restauration des arcades en se rendant sur https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/restauration-des-arcades-du-college-francois-viete-a-fontenay-le-comte ou sur http://www.fondation-patrimoine.org/100232

Association des Anciens Élèves du Collège François-Viète Salle du Parloir n°34 rue Rabelais à Fontenay-le-Comte Président M. Joël Massé tél. : 02 28 13 09 46 courriel : massejubinerie@aol.com

MARAIS POITEVIN : A Coulon (79), une bénédiction des bateliers entre tradition et animation touristique

Publié le

Le dimanche 17 août 2025, le village de Coulon (Deux-Sèvres) a été le théâtre d’une « bénédiction des bateliers ». Le nom de Saint-Nicolas, le patron des bateliers et mariniers, et des navigateurs d’une manière générale, n’a pas été cité. En effet, il s’agissait d’une animation touristique imaginée en 2003 par le curé local, l’abbé Michel Chataigner. A l’époque, le Père Michel, comme l’appelaient amicalement les Maraîchins croyants ou non, parlait de « pardon » car plusieurs centres importants de la batellerie en France et en Belgique utilisaient ce terme pour désigner des fêtes et traditions souvent anciennes ponctuant la vie marinière, toujours avec une double vocation, civile et religieuse.

Le 17 août 2025, devant un public intéressé, quelques guides-bateliers ont participé à la cérémonie après leur journée de travail. Photo Gilles PETIT

S’inspirant d’une demande formulée, l’année précédente, par des motards stationnés sur le parvis de l’église de Coulon, qui avaient demandé au prêtre, et obtenu, de les bénir avec leurs motos, le père Michel a eu l’idée d’appliquer cette « tradition » aux guides qui conduisent les touristes en barque sur l’ensemble du Marais Mouillé. L’idée a alors évolué en manifestation qui n’aurait rien de religieux car elle était alors réprouvée par le Conseil pastoral du secteur qui couvrait, à cette époque, les communes de Coulon, Magné et Sansais-La Garette.

Grâce à sa pugnacité « légendaire », le père Michel Chataigner a réussi à organiser, le samedi 14 juin 2003, une nouvelle animation estivale à Coulon qu’il a appelée : « la bénédiction des bateliers ». En réalité, c’était un rassemblement de guides-bateliers volontaires, croyants ou non, de l’ensemble des embarcadères commerciaux de la Venise Verte. Ce fut un succès. 37 guides-bateliers, issus donc d’entreprises locales, ont répondu à l’appel, munis chacun d’une pelle (une rame) à la main.  Ce samedi-là, les participants se sont rassemblés sur le parvis de l’église de Coulon pour s’élancer à 9 heures précises vers les quais de la Sèvre Niortaise jusqu’à la place de la Coutume, en suivant une joueuse d’accordéon. A 9h15, les guides embarquaient à bord de sept bateaux à la cale de la Coutume, lesquels ont remonté la Sèvre Niortaise en amont de la passerelle qui enjambe ce fleuve. Puis, à 9h30, simplement accompagné de deux enfants de chœur, le père Michel s’est installé sur la passerelle. Il a d’abord entonné la chanson « Les bateliers de la Volga », avant de faire une brève allocution. Il a notamment retracé l’histoire des activités quotidiennes des Maraîchins et celle des premières balades touristiques. Ensuite, il a procédé à la bénédiction proprement dite. Un quart d’heure plus tard, tout le monde, y compris le peu de personnes présentes, s’est réuni autour du verre de l’amitié servi à proximité sur le Quai Louis-Tardy. La matinée s’était poursuivi en musique et en pas de danse.

Le père Fabien Zlatev lors de la bénédiction des bateliers.
En 2014, le père Michel Chataigner (au premier plan sur la photo) était au côté du père Fabien Zlatev lors de cette « bénédiction des bateliers ». Photo J. C. Coursaud/NR

En septembre 2004, après trois années de sacerdoce dans le Marais, l’abbé Michel Chataigner fut nommé dans le nord des Deux-Sèvres, en pays thouarsais. L’abbé Fabien Zlatev, son successeur, n’a repris le flambeau qu’en 2011, répondant favorablement aux sollicitations de la municipalité Michel Simon et d’un entrepreneur de balades touristiques installé à Coulon. Avant son départ pour Chauvigny dans la Vienne, en septembre 2014, le père Fabien a transmis la « tradition » à ses successeurs, le père Auguste Sambou, en collaboration avec un autre prêtre-coopérateur, le père Claude Baratange, responsables d’une nouvelle paroisse « Sainte-Sabine en Niortais » regroupant les communautés des anciens secteurs pastoraux de Beauvoir-sur-Niort / Frontenay-Rohan-Rohan, Marais / Mignon et Prahecq / Fors.

Dimanche 17 août 2025, la « bénédiction des bateliers » a suivi un protocole plus religieux que celui élaboré par le père Michel. A ceci près que les festivités ont débuté à 18h30, après la journée de travail des guides-bateliers. Au départ de l’église de Coulon, un cortège a conduit les participants jusqu’à la Sèvre Niortaise et sa passerelle.

Le 17 août 2025, la bénédiction annuelle des bateliers s’est déroulée du sommet de la passerelle de Coulon qui enjambe la Sèvre Niortaise Photo Gilles PETIT

Sans croix chrétienne ostensible, les prières, les chants et les textes entonnés depuis l’autel improvisé au sommet de la passerelle, ont donné un caractère particulièrement religieux à cette manifestation. Une animation qui s’est déroulée au-dessus et sur un fleuve du domaine public.

Gilles PETIT

Photo Gilles PETIT

MARAIS POITEVIN : « Le Chemin de bois de La Garette » rouvert aux piétons et cyclistes sur la Vélo Francette

Publié le Mis à jour le

Mis en chantier à la fin de l’été 2005, ancré dans le sol du Marais Poitevin, le « Chemin de bois » pédestre et cycliste, construit à proximité du village de La Garette sur la commune de Magné (Deux-Sèvres), n’a survécu qu’une dizaine d’années. Son platelage, souvent réparé ponctuellement, n’a pas supporté les contraintes d’un environnement exigeant et d’un saccage forestier. Entièrement reconstruit, il a rouvert à la circulation pour la saison estivale 2024.

« Le Chemin de bois de La Garette » refait à l’identique. Photo Gilles PETIT

En quelques chiffres, tout est dit ou presque : 600 mètres linéaire sur 3,50 mètres de large ; 386 pieux utilisés ; 3 800 lames de bois posées ; 4 belvédères aménagés ; une grande passerelle réhabilitée ; et 62 arbres plantés ou à planter. Le Département des Deux-Sèvres a investi 2,340 millions d’euros pour la reconstruction de ce platelage, dont une subvention de l’État de 334 000 euros. Également, il convient d’ajouter 25 000 € d’entretien pour les sections départementales de la véloroute Vélo Francette.

Communément appelé « Le Chemin de bois de La Garette », le long sentier construit sur pilotis qui serpente au milieu de nulle part en pleine nature entre les frênes et autres végétations hautement protégés pour son biotope, a été créé en septembre 2005, parallèlement à une route départementale N°1 jugée dangereuse pour les cyclistes et les quelques piétons qui s’y risquaient.

Sur ces sept photos (le diaporama ci-dessus) prises le 23 novembre 2005, on constate que le chemin est assis sur une structure entièrement en bois, pieux compris. Photos Gilles PETIT

En septembre 2017 (photo), le « Chemin de bois de La Garette » était encore praticable. Image Gilles PETIT

Se dégradant très vite, jonglant au fil des saisons entre les évails (les crues), la forte humidité permanente du Marais Poitevin, la décomposition des innombrables feuilles, … et les passages des usagers, la surface de roulement du chemin devenait dangereuse. Photo Gilles PETIT

Pourtant, l’Association pour l’Insertion par la Protection et l’Entretien du Marais Poitevin (AIPEMP appelée aussi Nature Solidaire), chargée de l’entretien des pistes locales cyclables et pédestres, n’avait guère ménagé ses efforts pour remplacer progressivement les lames qui se fendaient, gonflaient ou s’effritaient. Changées à l’unité, ces lames valaient alors une fortune.

Le platelage a été livré en blocs préfabriqués de 3,50 mètres de long afin d’optimiser le temps de mise en place et de limiter l’impact sur l’environnement. D79

Ce n’est qu’en avril 2022 que les services du Département des Deux-Sèvres, propriétaire du site, décident de fermer à la circulation « Le Chemin de bois de La Garette »  » pour des raisons de sécurité  » car  » le platelage était en mauvais état « . Ceci après avoir missionné, dès fin 2020, une maîtrise d’œuvre pour définir la nature des travaux à exécuter et l’éventuelle reconstruction de la passerelle.

Le robinier a été choisi pour les platelage et solivage : c’est la seule essence européenne résistant naturellement aux marnages (alternance de périodes d’inondation et d’assec). A gauche, des lames datant de 2005, à droite la version 2025 Photo Gilles PETIT

Finalement, plusieurs études ont été engagées afin de « concevoir un nouvel aménagement prenant en compte les contraintes du site, ses enjeux environnementaux et architecturaux. » Entre temps, le Département a fait abattre soixante-dix-sept peupliers qui étaient, semble-t-il, en fin de vie ou présentaient des risques de chute. L’opération, réalisée fin 2022, a démoli ce qu’il restait du « Chemin de bois » et a laissé le terrain dans un état désastreux, durant plusieurs mois.

Enfin, le nouveau « Chemin de bois de La Garette » qui relie le village de La Garette au lieu-dit La Repentie sur la commune de Magné, a été officiellement inauguré le 9 juillet 2024 et rouvert à la circulation, excluant les véhicules à moteur.

Gilles PETIT

Les intervenants de ce chantier : Artelia Ville et Transport (44) pour la maîtrise d’oeuvre, Ginger CEBTP (79) pour la géotechnie, Apave (Niort) pour le contrôle technique, Socotec (Niort), coordinateur SPS, l’entreprise Amexbois (Alpes de Haute-Provence) et Ancr’est (Moselle), le sous-traitant des pieux.

Quatre belvédères ont été aménagés sur « Le Chemin de bois de La Garette » avec une vue extra-panoramique qui change constamment. Photo Gilles PETIT

MAGNE 79 : une œuvre magistrale de Jean-Marie ZACCHI accrochée à la mairie

Publié le Mis à jour le

Lors du 37ème Festival International de peinture de Magné-Coulon (du 18 au 20 juillet 2025), les participants et le public ont découvert une fresque urbaine accrochée sur le pignon de la mairie de Magné (Deux-Sèvres). L’artiste Jean-Marie Zacchi, auteur de cette magistrale œuvre et président du jury, évoque la genèse de ce projet inédit.

Photo Gilles PETIT

M. Zacchi se souvient qu’un jour, « Gérard Doray [président de Magné Animation, l’association qui organise le Festival. NDLR] m’a dit : on voudrait que désormais chaque invité d’honneur puisse faire un grand panneau qui serait posé sur un pignon de bâtiments dans Magné. Je suis parti sur cette idée. Je voulais faire le Marais Poitevin avec les arbres têtard, les perspectives et il m’a dit : non, tu vas faire tes bouquets. Donc, comme c’est effectivement une œuvre assez grande qu’il fallait voir de loin, de très loin, je me suis inspiré d’un bouquet que j’avais fait. J’ai travaillé ce bouquet avec des couleurs rouge, rose, assez puissantes et avec un fond bleu pour qu’il se voit de très loin. On m’a demandé de travailler sur une surface de quatre mètres sur trois mètres. » L’artiste a imaginé un tableau sous forme d’un triptyque composé de trois panneaux en contreplaqué-marine de quinze millimètres d’épaisseur, d’un mètre trente de base sur trois mètres de long. « Un support qui peut résister au vent », dit-on.

Christian et Michel, membres organisateurs du Festival, présentent le tableau dont s’est inspiré Jean-Marie Zacchi. Une œuvre exposée parmi d’autres dans l’espace culturel du Four Pontet à Magné. Photo Gilles PETIT

La ville de résidence de M. Zacchi lui avait déjà commandé une telle œuvre. « Elle tient le coup depuis 25 ans, » assure-t-il. Il espère qu’à Magné « ce bouquet tiendra le coup aussi ».

Car il s’agit d’une œuvre de conception similaire exposée à tous vents.« Je ne sais pas si elle va rester accrochée à Magné en permanence comme dans ma ville. Si elle peut rester tant mieux. J’ai passé un gesso avant de peindre, puis, au final, j’ai passé un verni dessus. Normalement, ça devrait tenir. » Photo Gilles PETIT

Né en 1944, Jean-Marie Zacchi, président du jury du 37ème Festival international 2025 de peinture de Magné, est un artiste français de renom, reconnu pour son style singulier mêlant abstraction et figuration. Son approche picturale, empreinte de poésie et d’émotion, offre un regard vibrant sur le monde qui l’entoure.

M. et Mme Jean-Marie Zacchi, fidèles au Festival international de peinture de Magné. Photo Gilles PETIT

« Je suis arrivé au 4ème festival, donc presque aux débuts du festival de Magné, » se souvient M. Zacchi, « et après je n’ai pas arrêté. Donc, tous les ans, j’étais présent parce que j’y retrouve une famille. Au bout d’un certain nombre d’années, on devient des amis, en fait. C’est ça qui est intéressant à Magné, tous les artistes s’y retrouvent. C’est une fête, avant tout. C’est la fête de l’art, c’est la fête des amis qui viennent. Aux autorités qui me disent : ah ! 300 peintres ! Je leur réponds que ce n’est pas le nombre de peintres qui compte, c’est qu’ils venaient de plus de quarante départements. Alors, sans être péjoratif, c’est un peu les gens du coin qui participent, mais là, ils viennent d’Alsace, de partout, … Ça montre la santé d’un festival. L’avenir est toujours incertain pour tout le monde, le Festival continuera, c’est tout ce que je lui souhaite. Les artistes peut-être moins nombreux effectivement car en 37 ans certains ne sont plus là. C’est la vie. En espérant que les jeunes viennent, que la nouvelle génération adhère à ce festival. Que ce 37ème voie le 38ème, le 39ème et un beau quarantième anniversaire. Il n’y a pas beaucoup de festivals qui arrivent à cet âge-là. C’est tout ce que je souhaite pour la mémoire de Claude Audis et de toute l’équipe qui était avec lui au début, et qui ont travaillé superbement pour donner un retentissement international au festival de Magné. »

Le président du jury 2025 ne voit pas de concurrence au festival de Magné. Bien sûr, il existe d’autres manifestations artistiques de cette envergure. Cependant, chaque festival a ses propres caractéristiques. « Le bon côté ici à Magné, » ajoute M. Zacchi, « c’est que tous les artistes déjeunent ensemble, dînent ensemble, font la fête le soir ensemble, alors que dans d’autres festivals, ils vont manger au restaurant. Ça casse un peu l’ambiance. Donc, chaque année, les artistes se retrouvent du samedi matin au dimanche soir dans une grande fête. Magné est un paradis pour les peintres. »

La commune deux-sévrienne de Magné offre aux artistes un cadre pictural exceptionnel. Photo Gilles PETIT

La nouvelle équipe dirigeante de Magné Animation a décidé de confier la présidence d’un jury, constitué de professionnels de l’art, à l’invité d’honneur de chaque édition. En 2025, l’invité d’honneur était M. Jean-Marie Zacchi qui a exposé un large panel de ses œuvres dans l’espace culturel du Four Pontet situé au cœur du Festival à Magné. « Je trouve très sain que chaque invité d’honneur prenne la présidence du jury, » estime M. Zacchi, « c’est la bonne santé d’un jury qui est garantie. Ceci par rapport aux artistes participants qui pourraient dire : c’est toujours les mêmes qui nous jugent ! »

Le prochain invité d’honneur sera l’artiste Christoff Debusschère, 63 ans, peintre officiel de la Marine et de l’armée de Terre, entre autres.

A l’issue de la proclamation du palmarès 2025, Jean-Marie Zacchi a présenté son successeur à la présidence du jury du Festival 2026 : Christoff Debusschère (à droite). Photo Gilles PETIT

Gilles PETIT

Niort 79 : Richard Gautier, l’artiste-peintre qui a trompé le patron du groupe Trompe-l’œil-réalité

Publié le Mis à jour le

Un papa sculpteur-céramiste, une maman décoratrice, maître du trompe-l’œil qui estime que « l’art contemporain est une arnaque intellectuelle », sociétaire des salons parisiens des Indépendants, Comparaisons, Artistes Français et quelques autres, l’artiste peintre Richard Gautier devient dès 1966 (date de sa première vente) le benjamin des Réalistes. Depuis 1969, il transmet sa technique à une vingtaine d’élèves dans sa galerie de Niort (Deux-Sèvres).

Le papa de Richard Gautier était un disciple de Bernard Palissy. C’est dans son atelier que le jeune Richard a passé toute son enfance. « C’était un philosophe et un écrivain », songe l’artiste, « Il a même écrit « le limon de la terre », sa vie puisqu’il était céramiste, et « Du moderne au permanent » qui est un livre philosophique. Et moi, j’ai pris tout ça, toute la partie un peu artistique de mon père et de ma mère. »

Né le 22 août 1948 à Niort (Deux-Sèvres), cadet d’une famille de trois enfants, Richard Gautier (photo ci-contre) découvre le dessin et le modelage, des matières travaillés dans l’atelier de son père. L’âge venu, il entre à l’école des Beaux-Arts de Poitiers (C.A.F.A.S.), puis s’inscrit à l’Académie Anquetin dont le siège était à Neuilly (Hauts-de-Seine), et étudie avec Mme Versini. Grâce à ces deux formations, un équilibre stable et salutaire s’établira sur le plan de la maturité artistique.

Photo Gilles Petit

Son parcours

L’artiste retrace son parcours : « J’ai longtemps vécu au n°16 de la rue Saint-Jean à Niort. Ma sœur a maintenant pris le magasin. J’ai fait les cinq ans des Beaux Arts à Poitiers, mais en trois années. J’ai fait ce qu’on m’a dit de faire. Quand j’ai compris ce qu’on voulait de moi, j’y suis allé à cent pour cent. Mais je n’étais pas dupe car l’art contemporain, c’était une arnaque intellectuelle. Parallèlement, j’ai travaillé à l’Académie Anquetin qui était diamétralement opposé à l’esprit de ce que l’on me demandait. Ainsi, « Le coup de balai » est un tableau que j’ai fait quand je suis rentré dans le groupe « Trompe-l’œil-réalité ». La première année où j’ai exposé, le maître Henri Cadiou, mon parrain professionnel chef de file de ce groupe à Paris, m’a dit : il faut que tu fasses un tableau qui donne un coup de poing dans la gueule du bourgeois, un grand truc.

Donc je fais « Le coup de balai ». Quand j’ai eu terminé, un ami photographe a fait la photo en couleur de mon tableau. Henri a cru qu’il s’agissait du tableau à faire, que c’était les objets réels. Je lui re-réponds : non Henri c’est le tableau fini ! Et là, il m’écrit : le benjamin du groupe a trompé le patron du groupe Trompe-l’œil-réalité. Évidemment, ça a été le début de ma carrière. J’ai fait des ventes au Salon du Grand Palais à Paris. J’étais sociétaire. Ensuite, j’avais des rapports très tendus avec les professeurs. L’un d’eux a prévenu ses élèves lors du premier cours de peinture : surtout ne faites pas ce que fait Gautier ! Il est esclave du modèle ! Au deuxième cours, j’étais pas esclave du modèle. Ah non ! Photo : »Le Coup de balai » de Richard Gautier

Ce prof était content après. Son enseignement se résumait à « j’aime ou j’aime pas ! » Alors fallait savoir ce qu’il aimait. C’est limité comme enseignement. Plus tard, la professeur de déco dit au premier cours : Suivez votre crayon ! Je me lève, je croise les bras et je dis : on va bien voir où il va ! Ça n’a pas plu du tout. Donc, je leur mets le trompe l’œil du Coup de balai. Un tableau, une technique qu’ils ne m’avaient pas apprise. Ils étaient contents, mais pour moi c’était une petite revanche.

« Il y avait de bons profs, celui d’histoire de l’art, par exemple. Ces mêmes profs avec qui j’avais eu tous ces rapports, me demandent d’exposer avec eux. Après m’avoir donné le CAFAS (aux Beaux-Arts de Poitiers), en 1968, n’ayant plus rien à faire à Poitiers, je suis rentré à Niort, avant de faire mon service militaire pendant un an dans la Moselle. »

Le fameux « discours tabouret » annuel de Richard Gautier mis en scène par ses élèves de la promotion 2024-2025 Photo Gilles PETIT

Un artiste qui enseigne son art

L’artiste a d’abord installé une toute petite galerie d’exposition dans son garage situé dans le centre-ville historique de Niort. Dans la maison attenante, il lance son premier cours, « à l’époque, je faisais même du modelage, comme j’étais influencé par mon père, modelage et dessin, les deux en même temps parce que c’est lié avec le côté tactile, la sensibilité. Depuis 55 ans, je continue. » Ainsi, chaque fin de saison artistique, en juin, l’atelier Richard Gautier expose les œuvres de ses élèves. Un vernissage qui débute traditionnellement par un « discours tabouret ». En fait, le professeur est juché sur un tabouret pas vraiment stable. En extérieur, jonglant avec les bruits de la ville, Richard Gautier s’est ainsi confié : « Quand un « vieux » professeur parle, l’élève écoute. A chaque époque, un filtre s’interpose entre la parole du professeur et l’oreille de l’élève. Celui des nouveaux codes, celui du mode de pensée du moment, celui des aprioris du conformisme, surtout aujourd’hui dans notre monde bouleversé où la contemporanéité est devenue une étiquette en vogue synonyme de passage de passeport et de respectabilité. C’est l’art contemporain. Mais nous n’avons pas tous la même contemporanéité, domaine où il y en a qui sont plus égaux que d’autres, comme disait Coluche. De même, certains sont plus contemporains que d’autres. Sachant que la roue de l’histoire tourne et que certains contemporains d’aujourd’hui seront les dépassés, les has been de demain, car le propre de la mode est de se démoder. Il faut croire en l’humanisme. Depuis que je pratique mon art, notamment lors des expositions internationales auxquelles j’ai pu participer, j’ai pris conscience de faire partie de ces mainteneurs en préparant un avenir délesté de ses scories contemporaines. Seuls les vrais artistes savent qu’ils travaillent pour demain. Les bases du dessin comme celles de l’écriture permettent de s’exprimer. C’est pourquoi, apprendre à voir nécessite beaucoup de recul et surtout beaucoup d’humilité vis à vis de la réalité. Ce n’est pas pour rien si notre belle et riche langue française différencie la vérité de la réalité.

Chacun des tableaux ( ci-dessus, trois réalisations d’élèves sur le thème imposé) que vous allez découvrir reflète la vérité que l’élève a tiré de la réalité avec ses moyens. 2025, donc cette année, ce sont des fleurs qui ont servi de sujet pour exercer les talents de mes élèves. Ce sont ces bleuets, ces coquelicots et ces marguerites que la chimie du consumérisme avait tenté d’exterminer en même temps que tous les insectes qui, autrefois, décoraient nos parebrises. Mes élèves savent pourquoi l’essence même de la technique flamande désoriente les esprits neufs quand ils m’entendent leur rappeler que la lumière est opaque et l’ombre est transparente. L’exercice est ô combien délicat pour son discernement, consacré à chacun de mes élèves. Et, parfois, contrairement aux apparences, il est fait de bienveillance. C’est l’intelligence qui pétille dans les yeux de mes élèves, il n’y a rien d’artificiel. Fallait vous le dire avec des fleurs. « Il faut savoir fleurir là où on a été semé », disait Bossuet. Cultivons donc notre jardin. Le prochain sujet 2025/2026 se déclinera autour de petites voitures. Tant que je pourrai donner des cours et que j’aurai un bout de bois avec du poil au bout, je serai un homme heureux. »

L’artiste peintre niortais Richard Gautier a un curriculum vitae plus long que son bras. La liste de ses œuvres et des nombreux prix remportés lors de diverses expositions est disponible sur son site internet https://richard-gautier.fr.

Assidu au Festival de peinture de Magné

Par ailleurs, il a été invité d’honneur et président du jury au Festival International de peinture de Magné (Deux-Sèvres) en juillet 2021, 2022, 2023 et 2024. Lors de la 37° édition de cette manifestation, qui se déroulera dans le Marais Poitevin du 18 au 20 juillet 2025, Richard Gautier sera membre du jury professionnel sous la présidence de M. Jean-Marie Zacchi, en compagnie des artistes Daniel Doutre, Bernard Masson, Marie-Hélène D’Autreppe et Jean-Paul Meinvielle.

Richard Gautier a publié trois ouvrages disponibles : en 1988, un album reproduisant 50 de ses œuvres ; en 2017, le livre « Richard Gautier, 50 ans de peinture » incluant (446 reproductions couleurs) ; en 2024, le livre « Le Pinceau Philosophe » proposant 68 reproductions agrémentées de textes explicatifs.

Gilles PETIT

Quelques œuvres de l’artiste peintre Richard Gautier exposées dans sa galerie niortaise. Photo Gilles PETIT

Ecole et galerie Richard Gautier : n°71 rue Saint-Jean 79000 Niort ;

En saison estivale : galerie Richard Gautier à Saint-Georges-de-Didonne 17110 n°7 rue Henri-Collignon

Quand moules et musiques cohabitent au festival Moul’stock de Charron

Publié le Mis à jour le

Pour la treizième fois, l’association Fêtes en Stock a fait vibrer la commune de Charron (Charente-Maritime) en renouvelant son festival Moul’stock. Née suite au passage de la tempête Xynthia, cette grande fête populaire offre deux jours festifs autour d’une spécialité locale : La Moule de Charron. Un rendez-vous caritatif ponctué de « concerts gratuits basés sur une sélection exigeante, à la recherche des sons du moment ».

Dans la nuit du 27 au 28 février 2010, Charron, un village charentais-maritime de 2 300 habitants, est submergé par une gigantesque vague noyant une grande partie des marais environnants. Le lendemain, la presse titrait « Bilan de la tempête Xynthia : à Charron trois morts, une grand-mère et ses deux petits enfants, et près de 200 maisons inondées, vouées à la destruction. » Sans compter l’anéantissement de la culture emblématique du secteur, à savoir la mytiliculture.

Selon les organisateurs bénévoles de l’association Fêtes en Stock de Charron : « Quatorze ans après sa création, [il s’agit de la 13° édition suite à une pause due au Covid NDLR], le festival Moul’stock accueille aujourd’hui des groupes musicaux venus des quatre coins de la France. Sa programmation est basée sur une sélection exigeante et offre désormais deux soirs de concerts : huit groupes se partagent la scène et offrent au public une diversité culturelle : rock, électro, musique du monde… Au total, 14 heures de musique gratuite. » A ces chiffres, nous ajoutons 10 000 spectateurs sur les deux soirées, 3 tonnes de moules et 2,5 tonnes de frites dégustées sur « de grandes tablées propices aux rencontres », 200 bénévoles, un droit d’entrée libre depuis 2023, et un soutien particulier à une structure caritative différente chaque année.

Une entrée gratuite ou presque

Une partie des dons collectés lors de l’édition 2024 ont été redistribués à l’association « Ça roule pour Lulu ». Ainsi, il a été remis à cette structure un chèque de 3 000 € et une affiche du festival dédicacée. « Cette jolie somme va permettre à Lucas de financer son nouveau fauteuil ».

Cette année, Fêtes en Stock a choisi d’aider l’association intercommunale du Vieux Tape-cul qui retape « Le Boucholeur », un dériveur à fond plat. Il s’agit d’une réplique fidèle des embarcations à voile, employées autrefois par les mytiliculteurs dans la baie de l’Aiguillon, entre 1890 et 1960.

« Le Boucholeur est un élément du patrimoine cher à notre région, à notre métier et à la commune », explique un dirigeant du Vieux Tape-cul. « Construit sans plan, avec un simple croquis, au chantier Durand à Marans en 1991 et mis à l’eau en 1992. » Photo Vieux Tape-Cul

Les moules, une recette simplissime

Du vin blanc, des oignons, du laurier, des moules et une fois à ébullition, servir dans des barquettes avec des frites. « Les moules sont préparées sur place par nos spécialistes, d’anciens mytiliculteurs de Charron », explique un des quarante cuisiniers et aides, « On met tous ces ingrédients dans une marmite et dès que le couvercle s’ouvre et se referme tout seul, c’est prêt. Les moules sont cuites. »

Photo Gilles PETIT

Posté en surveillance de cuisson, un mytiliculteur à la retraite précise l’origine du festin : « Nous servons des moules de filière à corde pêchées au large de la pointe de l’Aiguillon. Elles ne voient pas le jour, celles-là. Photo d’illustration

Elles sont suspendues avec des bouées, puis elles s’assoient dans l’eau, c’est pour ça qu’elles grandissent plus vite que celles sur bouchots qui, elles, connaissent la marée. J’ai fait ça de 14 ans jusqu’à 53 ans et demi. »

Photo Gilles PETIT

L’ancien professionnel bénévole se souvient des éditions passées de Moul’stock : « C’est une grosse, grosse organisation. Avant, c’était que le samedi, une seule fois, aujourd’hui, c’est deux fois. Nous n’avions qu’un simple stand de moules-frites. Les frites étaient faites par un prestataire extérieur, nous, on faisait les moules. La disposition des installations de la fête était différente. Ensuite, la fête s’est tenue aux écluses du Brault, c’était sympa parce qu’il y avait la rivière. Dans ces moments, les moules étaient travaillées manuellement. Ici, pas de couvert, les moules se mangent à la main, les frites aussi. » Pour ceux et celles qui ne mangent pas de moules, « nous avons des merguez, des saucisses et des trucs de poulet ». Les desserts, glaces, crêpes, … ne sont pas confectionnés par l’organisation.

Photo Gilles PETIT

Un marché des créateurs

Parallèlement, Moul’stock propose un Marché des créateurs. Ainsi, une quinzaine d’artisans présentent leurs œuvres. Nous avons ainsi découvert des aquarelles, réalisées au café ou à la peinture avec de la terre du marais, côtoyant des grigris de cheveux confectionnés, entre autres, avec des plumes de poules de Marans ou divers oiseaux sauvages du secteur.

Étaient également présents, un maroquinier d’Esnande, travaillant à la main ; un confiturier de La Rochelle-Mireuil ; un génial stand de transformation de vestes et autres vêtements usagés exclusivement féminins ; des Pierres d’ambre taillées à Vix ; une créatrice périgourdine de bijoux en macramé, pierres fines et végétaux recyclés ; un producteur de chanvre avec de nombreux produits liés ; pour la première fois, un apiculteur de Charron ; etc. Ce marché était complété par des food trucks et par la grande tente Tatoo Shop, des tatoueurs venant depuis trois ans de Nuaillé d’Aunis.

Enfin, les organisateurs de Moul’stock ont mis en place un service de prêts de casques anti-bruit entièrement gratuits, à l’attention de tous les spectateurs, des bébés aux adultes en passant par toutes les tranches d’âge.

Un rigoureux tri des déchets

Enfin, la dégustation de moules laissant de gros déchets, Moul’stock a initié les convives au tri. Ainsi, il a installé un centre de tri particulièrement bien équipé. Plusieurs conseillers bénévoles guidaient les consommateurs. L’un d’eux explique : « Nous avons de grandes poches pour collecter les coquilles et de grands bacs de différentes couleurs avec un code spécifique et des affichettes qui détaillent le mode d’emploi. Au fil des années, on s’est améliorés avec la participation du Cyclad. » Depuis sa création en 1978, le Syndicat Mixte fermé Cyclad assure une mission de service public à travers la collecte, le traitement et la valorisation des déchets produits par les usagers de 234 communes du Nord-Est de la Charente-Maritime.

Le festival Moul’stock de Charron est une aventure humaine. « Tout le village se mobilise pour partager sourires et bonne humeur avec les spectateurs toujours plus nombreux. Que ce soit au bar, à la restauration, à l’installation ou au rangement, tous les bénévoles transmettent leur enthousiasme et leur énergie avec un seul but : que chacun ait envie de revenir l’année suivante ». Rendez-vous l’année prochaine.

Gilles PETIT

Pigouille Radio, la radio du Marais Poitevin a couvert l’événement durant ces deux jours en enregistrant tous les concerts et en réalisant de nombreuses interviews qui seront diffusées à l’antenne. Ici, une partie des bénévoles de Pigouille Radio en compagnie des membres du groupe « Franchment ta Gueule ». Photo Gilles PETIT

MARAIS POITEVIN : « Aventures de vie en Sèvre Niortaise », un ouvrage d’anthologie coécrit par Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau

Publié le Mis à jour le

D’aucuns diront : « encore un livre sur le Marais Poitevin », avec la connotation touristique que l’on devine. Ils auraient tous faux. « Aventures de vie en Sèvre Niortaise » est, en effet, un livre sur le Marais Poitevin. Un Marais Poitevin vu de l’intérieur dans le cœur d’une poignée de ceux et de celles qui y sont né.es et/ou lui ont voué leur vie. Les auteurs Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau, deux maraîchins, ont choisi de dresser le portrait de cinquante hommes et femmes dont le vécu est propre à la vallée de la Sèvre Niortaise, le principal fleuve qui arrose la deuxième zone humide de France, entre Niort (Deux-Sèvres) et Marans (Charente-Maritime), en passant par le département de la Vendée.

« … Cet ouvrage est un regard sur le Marais. L’intimité révélée de ces hommes et de ces femmes fait qu’ils appartiennent à un monde à part, déterminé par une région qui ne ressemble à aucune autre… »

Dans l’ouvrage « Aventures de vie en Sèvre Niortaise », il n’est point question de Venise Verte, de balades commerciales en barque, de concours des plus beaux clichés, de randonnées pédestres, à vélo ou en canoë, ni de visites de musées, de repas gastronomiques, etc. Selon les auteurs, « la quintessence du livre s’illustre autour de personnages fondamentaux de la vie économique et sociale du Marais. Ce recueil révèle des témoignages, parfois émaillés de patois, de ceux qui ont bien voulu raconter leur vie de tous les jours et leurs passions. »

Curieusement, l’ouvrage ne situe pas géographiquement le Marais Poitevin à l’échelle nationale. Mais, au fil des 350 pages, le lecteur découvre ce site, les lieux de vie des personnages choisis, et bâtit ses propres images.

Jean-Claude Coursaud

Jean-Claude Coursaud est un paysan avant tout, un agriculteur de Coulon (79), aujourd’hui retraité. « Mais, dit-il, j’ai toujours été fasciné par un phénomène : l’écriture. On parle de mon âge, un âge relativement avancé, même très avancé, j’ai donc 86 ans, bientôt 87. Bon pied, bon œil malgré tout ! »

« Aventures de vie en Sèvre Niortaise est peut-être mon dernier livre », ironise-t-il. De Niort à Marans, c’est à dire à l’estuaire de la Sèvre Niortaise, il y a tout un panel de gens qui l’intéressent. Un panel très hétérogène parce que tout est très diversifié. « Le Marais mouillé est un monde qui s’effrite. Aujourd’hui, il y a peu d’agriculteurs parce que le Marais a une lacune importante, il n’est plus rentable. Le Marais ne nourrit plus son homme. Le Marais est insularisé dans un monde économique en mutation. » Les cinquante personnages sélectionnés ne sont pas tous natifs du Marais Poitevin, mais une grande partie est originaire de cette vallée de la Sèvre Niortaise. « Il s’agit de gens qui ont un accès à la Sèvre Niortaise des deux côtés à la fois en Deux-Sèvres, Vendée et Charente-Maritime. »

« L’idée de faire ce livre m’est venue il y a deux ou trois ans, » explique M. Coursaud, « en signalant des personnalités locales qui ont eu une influence sur leur village, mais aussi les anodins. Je ne dirais pas les gens d’en bas car c’est d’un péjoratif abominable. Mais vraiment, toute une constellation de gens en fonction de leur intérêt économique. Ces gens-là sont représentés dans un livre de 350 pages qui propose 50 histoires toutes différentes. Des histoires de gens d’ici, des histoires tout à fait locales. Ce livre se situe parallèlement dans une période de mutations successives. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le destin économique du Marais subit un changement radical de ce monde en vivrier. Effectivement, vivrier est un mot qui pour moi, est très important parce que le Marais mouillé n’a jamais connu d’industrialisation et souvent, c’était des petits coins, des petites mottes où l’on faisait des mojettes, où l’on subsistait chaque jour. Dans sa partie septentrionale, le Marais mouillé est peu valorisé par une agriculture aux capacités limitées, des voies d’exploitation uniquement fluviales mettant un frein à son expansion. Et ça, dans un secteur compris entre Coulon, La Garette et La Sotterie, une zone de 2 800 hectares qui est vouée pratiquement à l’abandon avec un élevage d’une extensivité dramatique. Au contraire, le Marais desséché, endigué en XVII° siècle par les travaux des dessiccateurs hollandais, va prendre un essor considérable. Dès que vous avez franchi Maillezais, toute cette région de Vix à la mer a une agriculture particulièrement dynamique. »

Un regard sur le Marais Poitevin

« Cet ouvrage est un regard sur le Marais », assurent les auteurs. L’intimité révélée de ces hommes et de ces femmes, souvent par leur anonymat, fait qu’ils appartiennent à un monde à part déterminé par une région qui ne ressemble elle aussi à aucune autre. On retrouve le peuplier, le dernier bucheron du Marais John Perrault qui fait un travail diabolique dans cette zone que certains ont appelé le Triangle des Bermudes, en passant par la pépinière de Bernard Bordet au Mazeau (85), et sa finalité dans l’industrialisation du produit par l’entreprise Thébault de Magné (79). Le secteur touristique incarné par le constructeur de bateaux André Gelot à Damvix (85) ; l’ancienne cathédrale de Maillezais (85) valorisée grâce à la perspicacité de son ancienne propriétaire Mme Trichereau. Autres anonymes représentatifs du Marais tel René Martin, passionné de pêche à La Garette (79), Odile Gélineau, ancienne ouvrière de scierie à Maillé (85), Fabrice Ravard de la maison aux volets bleus à Sansais-La Garette (79), Eric Piffeteau qui crée des paniers et des bourgnons pour l’essentiel ; Jean-Louis Gibaud, cet anonyme a énormément travaillé sur le bourg de Coulon (79) ; Michel Beaufils, un artiste de Coulon (79) ; Christian Rault, luthier au Vanneau (79) ; le dessinateur à la plume Camille Gougnard d’Arçais (79) ; etc.

Fin mai 2025, Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau ont dédicacé leur nouveau livre à Coulon. Photo Gilles PETIT

Isabelle Savariau

Isabelle Savariau qui réside à La Grande Bernegoue de Maillé (85), ne vient pas d’un milieu agricole, son père était bourrelier. Au fil de sa carrière, dans les mairies vendéennes à Liez, Maillezais et Champagné-les-Marais, elle dit « avoir tout appris des gens d’ici », qu’elle a découvert le Marais « grâce à ces habitants-là », tout en ayant un souvenir de sa petite enfance passée dans le Marais. Elle ajoute : « Par mon métier de secrétaire de mairie, j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens dans nos communes. Des gens sont disparus depuis longtemps et j’ai toujours regretté de ne pas avoir recueilli leur témoignage. C’est malheureux. Alors j’ai demandé à Jean-Claude d’aller voir des figures, ceux que l’on appelle des figures dans le Marais. Il y en a toujours et on en oublie forcément. Des gens qui souhaitent transmettre ce qu’ils savent, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils connaissent. Je pourrais donner l’exemple de M. Paul Bouchet qui est le doyen de notre recueil, il a 98 ans. Souvent, il me disait : mais moi j’ai plein de choses pour mes enfants et je me dis : qu’est ce que ça deviendra quand je ne serai plus là ? Paul, ça va être écrit, voilà ! Voilà l’esprit de notre écriture et tous les gens quel que soit leur âge, se sont tous prêtés au jeu. On est allé les rencontrer une fois, puis une deuxième fois et c’est comme ça qu’on a construit nos histoires. Ce ne sont pas vraiment des histoires, c’est du vécu, c’est des impressions, des passions. Tout ça est transmis et je me dis que c’est ça l’âme du Marais. »

Un ouvrage écrit à deux mains

Dans l’édition, Mme Savariau n’a travaillé qu’avec Jean-Claude Coursaud. « C’est vrai qu’on se connait depuis quinze ans, grâce à l’histoire des deux vendéens qui sont partis au Canada à la fin du XIX° siècle. Et cette histoire aussi m’intéressait, me passionnait parce que l’un des héros est mon arrière grand-oncle Théodore Gelot et cette histoire d’immigration au Canada, j’en ai toujours entendu parler par ma grand-mère. » Plus tard, la Maraîchine a réalisé un autre livre avec Jean-Claude Coursaud « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise ». C’est un recueil d’histoires locales dans les villages du Marais Poitevin truffé d’anecdotes, de scènes de vie rurale d’autrefois qu’on a oubliée. « Je suis passionné par l’écriture, j’aime bien la langue française. J’ai fait du latin autrefois, pour la syntaxe c’est intéressant. On a écrit à deux mains. On se complète dans l’écriture. Le choix des cinquante personnes s’est fait par connaissance. On a voulu mettre en valeur des gens qui vivent dans le Marais Poitevin et du Marais qui les fait vivre. C’est très éclectique, nous avons des anciens, comme des plus jeunes. Le Marais, ce n’est pas que des bateaux avec des promeneurs, c’est aussi des gens qui y habitent, qui aiment leur région et qui ont quelque chose à nous transmettre. »

Auto-édité, « Aventures de vie en Sèvre Niortaise » est vendu 28 € TTC, notamment à Coulon (Maison de la presse, écomusée de la Maison du Marais Poitevin) et à Fontenay-le-Comte (Espace culturel du centre commercial Leclerc, librairie Florilège) ; …

Disponible aussi chez les auteurs M. Jean-Claude Coursaud à Coulon tél. : 05 49 35 92 55, et Mme Isabelle Savariau à Maillé tél. : 02 51 87 00 28

Gilles PETIT

A lire : Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau « Un coin de Prairie pour 10 dollars, Une odyssée maraîchine » ; le recueil de Jean-Claude Coursaud « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise »

Dans le Marais Poitevin 79, une caméra piège des ratons laveurs

Publié le Mis à jour le

Des ratons laveurs ont été filmés, en juillet 2024, dans le Marais Poitevin des Deux-Sèvres. A notre connaissance, cet animal n’a jamais été observé dans cette seconde zone humide de France.

« Depuis plusieurs années, j’ai plaisir à capturer des vidéos animalières dans le marais, » explique l’inventeur de cette découverte. « A cette fin, j’ai placé des caméras sur mes parcelles dans la Venise Verte, uniquement accessibles en bateau. Au-delà de mes observations habituelles (chevreuils, genettes, martres, sangliers, …), en juillet dernier, j’ai eu la surprise de voir une famille de ratons laveurs a priori non observés dans le marais. »

Une famille de ratons laveurs figée par une caméra piège dans le Marais Poitevin Photo DR

Cette « observation récente et inattendue dans nos contrées » ravive, chez le Maraîchin vidéaste, le souvenir du fameux cabaret « Le Raton laveur » installé à Coulon. « Quand je pense, il y a trente ans quand on avait le raton laveur, les gens demandaient « Pourquoi le raton laveur, y’en a pas dans le marais ? » Les gens gobaient, ils croyaient qu’il y avait vraiment des ratons laveurs. On se moquait d’eux, c’est pas bien. 30 ou 40 ans plus tard, c’est devenu réalité. Il n’y a pas de rapport. »

« Il y a énormément de martres, de genettes, de chevreuils, de sangliers, … . Quand je pense que j’arrive tôt le matin, je ne vois jamais personne, sachant qu’ils sont tous là. La configuration des lieux attire les animaux, je trouve ça fabuleux », poursuit l’homme qui n’a rien vu, mais tout filmé avec des caméras pièges judicieusement placées aux lieux stratégiques dans une forêt impénétrable légèrement aménagée pour y circuler. « Un animal qui peut se cacher, se déplacer, trouver de la nourriture, il reste, » a constaté le Maraîchin. « Cette zone est déclarée zone de non chasse. En fait, ces parcelles sont transformées légalement en refuges. Je soupçonne les animaux de savoir lire les panneaux « Chasse interdite, Zone de refuge », à moins que le bouche à oreille fonctionne parfaitement entre animaux », plaisante-il.

Parmi les nombreuses captures enregistrées, le vidéaste a saisi une genette. Photo DR

Il poursuit :  » Les américains, notamment les canadiens étaient venus avec leur mascotte en 1944. Il y avait des bases de l’OTAN dans l’est de la France, leur mascotte était un raton laveur. Donc, il y en aurait dans l’est de la France. Il a dû s’en échapper. Il y en aurait aussi en Gironde, peut-être qu’ils sont remontés de Gironde. Surtout une famille, ça aurait été un ou deux individus … Ça laisse à penser qu’ils se sont installés là. Toutes les hypothèses sont envisageables quant à sa présence dans ce marais. Ces animaux nagent fort bien. Apparemment, il n’y a pas d’envahissement. Je les ai vus deux fois en quinze jours, je vais surement les revoir. »

Extrait d’un dossier Ouest France Le Mag des Animaux Photo DR 3 février 2020

Le raton laveur est un mammifère intelligent qui serait facile à apprivoiser étant jeune. D’autant que les petits se domestiquent très facilement, dit-on. A l’âge adulte, il devient agressif. « Cette bestiole est porteuse de nombreuses maladies comme la rage, la gale, la leptospirose, la maladie de Carré. C’est une espèce classée nuisible », déclare le vidéaste.  » Comme la genette que j’ai observée l’an dernier, puis cette année avec son petit, le raton laveur semble sédentaire. L’écrevisse de Louisiane, en grand nombre dans le Marais Poitevin, est son mets préféré. »

« On a toujours cru que le raton laveur lavait ses aliments. Pas du tout : il y a confusion car il a sans arrêt les pattes avant dans l’eau. Et en fait, c’est sa façon de pêcher les écrevisses, il tape dans l’eau, ce qui fait remonter les écrevisses. Il ne lave rien du tout. C’est rentré comme ça dans l’imaginaire populaire. »

Un des ratons laveurs observé dans le Marais Poitevin Photo DR

Selon la journaliste Corinne Goëffon (Ouest France) : « Jugé comme une menace pour la biodiversité, le raton laveur a rejoint la liste des espèces invasives dans de nombreux pays où il peut donc être chassé, voire éradiqué, afin que la faune locale puisse être protégée. En France, depuis 2016, il fait partie des animaux nuisibles. »

Gilles PETIT

COULON : Le Festival Marché Gourmand 2024 a perturbé la quiétude du village maraîchin

Publié le Mis à jour le

Les 23 et 24 août 2024, les résidents de la commune de Coulon (Deux-Sèvres), à savoir les habitants et de nombreux touristes, n’avaient nul besoin d’acheter de billets pour bien entendre les groupes programmés lors du 3ème Festival du Marché Gourmand. Le son était tellement fort qu’il était parfaitement audible à plus de trois kilomètres. En effet, le plateau scénique avec ses grappes de sonorisation placées en hauteur, était orienté vers ce village réputé calme et paisible dans l’écrin silencieux du Marais Poitevin.

Exemple d’implantation d’un festival dit ouvert. Image d’illustration Festival Tribal Elek 2024 à Andilly-les-Marais Photo Gilles PETIT

« Un festival de musique est une manifestation artistique annuelle ou ponctuelle pouvant se dérouler sur plusieurs jours durant lesquels des artistes évoluent selon un programme ou une thématique définis. Ces festivals sont généralement organisés pour promouvoir un artiste, un genre musical, un instrument, etc. », cite Wikipedia. Les Maraîchins pensaient que ce festival visait à promouvoir les adhérents de l’association « Marché gourmand de la laiterie », laquelle organise, les vendredis d’été, un marché de producteurs locaux et d’artisanat d’art, avec restauration, sur le site de l’ancienne laiterie de Coulon.

Aujourd’hui, l’association s’appelle les « Vendredis gourmands de la Laiterie de Coulon », afin de se dissocier du Festival Marché Gourmand, explique M. Jean-François Coursaud. Le président a publié « une mise au point » sur la page Facebook de cette nouvelle structure : « Les Marchés Gourmands de la Laiterie, c’est un fait, est l’association qui a créé, par le biais de son président de l’époque, le Festival Marché Gourmand. Celui avec Yarol Poupaud. Ensuite, le pavillon a changé au profit de J’adore Niort qui gère aujourd’hui le Festival que vous connaissez tous. Un événement qui devait accueillir plus de monde, avoir une belle programmation, etc… Mais que nous, petite association, ne pouvions évidemment pas organiser par manque de réseaux, compétences ou même moyens financiers. L’an dernier, certains de nos producteurs étaient présents sur l’événement, avec un certain succès malgré les couacs des uns ou des autres, inhérents aux débuts d’un bel événement comme celui-ci. Cette année, nouveau Festival, nouvelle programmation, nouvelle organisation ? Cela étant, aucun des producteurs des Vendredis Gourmands n’est présent au Festival Marché Gourmand, et l’association n’est en aucun cas organisatrice de l’événement. »

Sur son site internet, J’adore Niort apporte des précisions : « L’aventure a commencé en 2022, lorsque J’adore Niort rencontre les producteurs de la laiterie et débarque à Coulon pour co-organiser un évènement alliant musique et gastronomie locale sur une seule soirée avec le célèbre musicien Yarol Poupaud. Des milliers de visiteurs ont participé à cette première aventure qui deviendra les prémices du festival. » Par définition, le Festival Marché Gourmand est une organisation professionnelle à but lucratif. De ce fait, les nombreux bénévoles qui construisent cette animation, travaillent avec cœur, sans retour, hormis les (excellents) repas fournis et quelques libertés pour assister aux spectacles. Qu’en est-il de la municipalité qui met à disposition le terrain, ainsi que les moyens et les personnels techniques, au service d’une structure extérieure à la commune ?

Qui est responsable du trouble de voisinage engendré par le festival ?

Deux jours de suite, la Venise Verte, jusqu’aux hauteurs du bassin versant de la Sèvre Niortaise, a été baignée dans une musique de type rock parfois insupportable. Placé à environ un kilomètre de la source sonore, votre serviteur a clairement senti, surtout le samedi, la pression acoustique engendrée par les fréquences hautes de la sonorisation. Alors que les fréquences basses semblaient diluées dans l’atmosphère.

Selon les services de l’Assurance Maladie : « Les effets du bruit sur la santé peuvent être multiples. L’exposition au bruit entraîne des troubles de l’audition mais a également des répercussions sur d’autres domaines de la santé. Il existe un lien bien établi entre l’exposition au bruit et le risque de perte d’audition. L’exposition prolongée à des niveaux de bruits intenses détruit peu à peu les cellules ciliées de l’oreille interne. Elle conduit progressivement à une surdité irréversible. Les jeunes sont particulièrement exposés. En effet, une écoute à des niveaux élevés peut causer des pertes permanentes d’audition après 5 ans ou plus d’exposition. On considère que l’ouïe (audition) est en danger à partir de 80 décibels. Si le niveau de bruit est supérieur, le danger existe pour une plus courte durée. Si le niveau est extrêmement élevé (supérieur à 135 dB), toute exposition, même de très courte durée, est dangereuse. »

L’association fédère plus de 60 organisations nationales et régionales : syndicats, organismes de formation, festivals… Ensemble, elles œuvrent à une gestion sonore maîtrisée, conciliant préservation de la santé auditive, respect de l’environnement et des conditions de la pratique musicale. 

L’association « Agi-Son : AGIr pour une bonne gestion SONore » rappelle les prescriptions du décret « son » du 7 août 2017 (décret d’application publié le 1er octobre 2018) relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés. Un décret qui s’applique à tous les lieux diffusant des « bruits » ou sons amplifiés qu’ils soient clos ou ouverts (salle de concert, festival, cinéma, discothèque, bar, restaurant…) :

  • Dans le volet santé, la limitation des niveaux sonores, qui s’étend aux concerts de plein air, passe de 105 décibels (A) (dB) à 102 dB(A) sur 15 minutes ; le niveau des basses fréquences est désormais limité à 118 dB(C) sur 15 minutes. Une limitation spécifique est fixée pour les spectacles jeune public (jusqu’à 6 ans révolu) : 94 dB(A) et 104 dB(C). Il est précisé que l’ensemble de ces niveaux sonores sont à respecter en tout endroit accessible au public ; De plus, les régies des spectacles doivent afficher des niveaux en continu à la console et enregistrer également en continu ces niveaux en dB(A) et en dB(C) avec conservation de ces enregistrements pendant six mois. Le dispositif doit aussi enregistrer les niveaux de pression acoustique de façon à refléter l’exposition du public ;
L’Afficheur/enregistreur doit être consultable en continu. Image d’illustration Festival Tribal Elek 2024 à Andilly-les-Marais Photo Gilles PETIT
  • Dans le volet environnement, une étude d’impact des nuisances sonores (EINS) est obligatoire et mise à jour en cas de modification des aménagements des locaux, de modification des activités, ou du système de sonorisation.
  • Enfin, pour l’ensemble des points cités, l’exploitant du lieu, le producteur et le diffuseur sont co-responsables. A ce sujet, Agi-Son préconise de contractualiser avec l’ensemble de la chaîne des acteurs concernés, à savoir, la production, l’organisateur, l’artiste, le prestataire son… Et, dans le cas du Festival Marché Gourmand, la municipalité coulonnaise serait impliquée car le site est public et « le maire doit assurer la tranquillité publique de ses administrés en réprimant notamment les bruits et les troubles de voisinage (Article L2212-2 du CGCT) ». Par ailleurs, il est dit que « des activités bruyantes ne pourront se situer qu’en dehors des parties habitées de la commune. »

Un feu d’artifice ?!?!

Quant au feu d’artifice, très fourni et terriblement sonore, tiré samedi soir (ou dimanche matin) à 00h45, sans annonce préalable, la commune de Coulon est entièrement responsable des troubles occasionnés à sa population, et aux visiteurs hébergés (bébé/enfants et adultes ayant réussis à s’endormir malgré le vacarme, avant les tirs de fusées) et aux animaux (chiens apeurés et/ou hurlants, chats qui se sauvent ou se cachent, volailles affolés qui se déplument dans leur enclos et ne donneront plus d’œufs pendant plusieurs jours, les chevaux et les vaches de prés voisins traumatisés qui risquent de se blesser… Et que dire du dérangement de la faune sauvage qui contribue à enrichir cet écrin naturel qu’est le Marais Poitevin ?!

Un tel festival installé au cœur d’un village est une hérésie. D’autant que sa programmation se situe aux antipodes des valeurs maraîchines. Il est question de reconduire la manifestation l’an prochain sur trois jours. Si le projet est maintenu sur le site actuel de l’Autremont à Coulon, un mouvement populaire pourrait se créer spontanément pour s’y opposer. La raison doit l’emporter pour l’intérêt général.

Gilles PETIT

P.S. : quelques chiffres (source CidB Centre d’information sur le bruit)

1 personne sur 4 devrait avoir des problèmes d’audition d’ici 2050 ;

15 millions de personnes acouphéniques en France (JNA-IFOP 2023)

1 français sur 4 est touché par un trouble de l’audition (Inserm 2022)

1 jeune sur 2 s’expose à des niveaux sonores dangereux (BMJ Global Health 2022)

90% des publics de concerts ont déjà ressenti un trouble auditif (Agi-Son 2023)

1 enfant pour 1000 naît avec une surdité profonde (Hôpital universitaire Necker-Enfants malades 2023)

147 milliards d’euros, c’est le coût social du bruit en France (Ademe 2021)

1607 verbalisations ont été dressées pour nuisances sonores par la Ville de Paris (observatoire TP 2023)