Isabelle Savariau

MARAIS POITEVIN : « Aventures de vie en Sèvre Niortaise », un ouvrage d’anthologie coécrit par Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau

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D’aucuns diront : « encore un livre sur le Marais Poitevin », avec la connotation touristique que l’on devine. Ils auraient tous faux. « Aventures de vie en Sèvre Niortaise » est, en effet, un livre sur le Marais Poitevin. Un Marais Poitevin vu de l’intérieur dans le cœur d’une poignée de ceux et de celles qui y sont né.es et/ou lui ont voué leur vie. Les auteurs Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau, deux maraîchins, ont choisi de dresser le portrait de cinquante hommes et femmes dont le vécu est propre à la vallée de la Sèvre Niortaise, le principal fleuve qui arrose la deuxième zone humide de France, entre Niort (Deux-Sèvres) et Marans (Charente-Maritime), en passant par le département de la Vendée.

« … Cet ouvrage est un regard sur le Marais. L’intimité révélée de ces hommes et de ces femmes fait qu’ils appartiennent à un monde à part, déterminé par une région qui ne ressemble à aucune autre… »

Dans l’ouvrage « Aventures de vie en Sèvre Niortaise », il n’est point question de Venise Verte, de balades commerciales en barque, de concours des plus beaux clichés, de randonnées pédestres, à vélo ou en canoë, ni de visites de musées, de repas gastronomiques, etc. Selon les auteurs, « la quintessence du livre s’illustre autour de personnages fondamentaux de la vie économique et sociale du Marais. Ce recueil révèle des témoignages, parfois émaillés de patois, de ceux qui ont bien voulu raconter leur vie de tous les jours et leurs passions. »

Curieusement, l’ouvrage ne situe pas géographiquement le Marais Poitevin à l’échelle nationale. Mais, au fil des 350 pages, le lecteur découvre ce site, les lieux de vie des personnages choisis, et bâtit ses propres images.

Jean-Claude Coursaud

Jean-Claude Coursaud est un paysan avant tout, un agriculteur de Coulon (79), aujourd’hui retraité. « Mais, dit-il, j’ai toujours été fasciné par un phénomène : l’écriture. On parle de mon âge, un âge relativement avancé, même très avancé, j’ai donc 86 ans, bientôt 87. Bon pied, bon œil malgré tout ! »

« Aventures de vie en Sèvre Niortaise est peut-être mon dernier livre », ironise-t-il. De Niort à Marans, c’est à dire à l’estuaire de la Sèvre Niortaise, il y a tout un panel de gens qui l’intéressent. Un panel très hétérogène parce que tout est très diversifié. « Le Marais mouillé est un monde qui s’effrite. Aujourd’hui, il y a peu d’agriculteurs parce que le Marais a une lacune importante, il n’est plus rentable. Le Marais ne nourrit plus son homme. Le Marais est insularisé dans un monde économique en mutation. » Les cinquante personnages sélectionnés ne sont pas tous natifs du Marais Poitevin, mais une grande partie est originaire de cette vallée de la Sèvre Niortaise. « Il s’agit de gens qui ont un accès à la Sèvre Niortaise des deux côtés à la fois en Deux-Sèvres, Vendée et Charente-Maritime. »

« L’idée de faire ce livre m’est venue il y a deux ou trois ans, » explique M. Coursaud, « en signalant des personnalités locales qui ont eu une influence sur leur village, mais aussi les anodins. Je ne dirais pas les gens d’en bas car c’est d’un péjoratif abominable. Mais vraiment, toute une constellation de gens en fonction de leur intérêt économique. Ces gens-là sont représentés dans un livre de 350 pages qui propose 50 histoires toutes différentes. Des histoires de gens d’ici, des histoires tout à fait locales. Ce livre se situe parallèlement dans une période de mutations successives. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le destin économique du Marais subit un changement radical de ce monde en vivrier. Effectivement, vivrier est un mot qui pour moi, est très important parce que le Marais mouillé n’a jamais connu d’industrialisation et souvent, c’était des petits coins, des petites mottes où l’on faisait des mojettes, où l’on subsistait chaque jour. Dans sa partie septentrionale, le Marais mouillé est peu valorisé par une agriculture aux capacités limitées, des voies d’exploitation uniquement fluviales mettant un frein à son expansion. Et ça, dans un secteur compris entre Coulon, La Garette et La Sotterie, une zone de 2 800 hectares qui est vouée pratiquement à l’abandon avec un élevage d’une extensivité dramatique. Au contraire, le Marais desséché, endigué en XVII° siècle par les travaux des dessiccateurs hollandais, va prendre un essor considérable. Dès que vous avez franchi Maillezais, toute cette région de Vix à la mer a une agriculture particulièrement dynamique. »

Un regard sur le Marais Poitevin

« Cet ouvrage est un regard sur le Marais », assurent les auteurs. L’intimité révélée de ces hommes et de ces femmes, souvent par leur anonymat, fait qu’ils appartiennent à un monde à part déterminé par une région qui ne ressemble elle aussi à aucune autre. On retrouve le peuplier, le dernier bucheron du Marais John Perrault qui fait un travail diabolique dans cette zone que certains ont appelé le Triangle des Bermudes, en passant par la pépinière de Bernard Bordet au Mazeau (85), et sa finalité dans l’industrialisation du produit par l’entreprise Thébault de Magné (79). Le secteur touristique incarné par le constructeur de bateaux André Gelot à Damvix (85) ; l’ancienne cathédrale de Maillezais (85) valorisée grâce à la perspicacité de son ancienne propriétaire Mme Trichereau. Autres anonymes représentatifs du Marais tel René Martin, passionné de pêche à La Garette (79), Odile Gélineau, ancienne ouvrière de scierie à Maillé (85), Fabrice Ravard de la maison aux volets bleus à Sansais-La Garette (79), Eric Piffeteau qui crée des paniers et des bourgnons pour l’essentiel ; Jean-Louis Gibaud, cet anonyme a énormément travaillé sur le bourg de Coulon (79) ; Michel Beaufils, un artiste de Coulon (79) ; Christian Rault, luthier au Vanneau (79) ; le dessinateur à la plume Camille Gougnard d’Arçais (79) ; etc.

Fin mai 2025, Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau ont dédicacé leur nouveau livre à Coulon. Photo Gilles PETIT

Isabelle Savariau

Isabelle Savariau qui réside à La Grande Bernegoue de Maillé (85), ne vient pas d’un milieu agricole, son père était bourrelier. Au fil de sa carrière, dans les mairies vendéennes à Liez, Maillezais et Champagné-les-Marais, elle dit « avoir tout appris des gens d’ici », qu’elle a découvert le Marais « grâce à ces habitants-là », tout en ayant un souvenir de sa petite enfance passée dans le Marais. Elle ajoute : « Par mon métier de secrétaire de mairie, j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens dans nos communes. Des gens sont disparus depuis longtemps et j’ai toujours regretté de ne pas avoir recueilli leur témoignage. C’est malheureux. Alors j’ai demandé à Jean-Claude d’aller voir des figures, ceux que l’on appelle des figures dans le Marais. Il y en a toujours et on en oublie forcément. Des gens qui souhaitent transmettre ce qu’ils savent, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils connaissent. Je pourrais donner l’exemple de M. Paul Bouchet qui est le doyen de notre recueil, il a 98 ans. Souvent, il me disait : mais moi j’ai plein de choses pour mes enfants et je me dis : qu’est ce que ça deviendra quand je ne serai plus là ? Paul, ça va être écrit, voilà ! Voilà l’esprit de notre écriture et tous les gens quel que soit leur âge, se sont tous prêtés au jeu. On est allé les rencontrer une fois, puis une deuxième fois et c’est comme ça qu’on a construit nos histoires. Ce ne sont pas vraiment des histoires, c’est du vécu, c’est des impressions, des passions. Tout ça est transmis et je me dis que c’est ça l’âme du Marais. »

Un ouvrage écrit à deux mains

Dans l’édition, Mme Savariau n’a travaillé qu’avec Jean-Claude Coursaud. « C’est vrai qu’on se connait depuis quinze ans, grâce à l’histoire des deux vendéens qui sont partis au Canada à la fin du XIX° siècle. Et cette histoire aussi m’intéressait, me passionnait parce que l’un des héros est mon arrière grand-oncle Théodore Gelot et cette histoire d’immigration au Canada, j’en ai toujours entendu parler par ma grand-mère. » Plus tard, la Maraîchine a réalisé un autre livre avec Jean-Claude Coursaud « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise ». C’est un recueil d’histoires locales dans les villages du Marais Poitevin truffé d’anecdotes, de scènes de vie rurale d’autrefois qu’on a oubliée. « Je suis passionné par l’écriture, j’aime bien la langue française. J’ai fait du latin autrefois, pour la syntaxe c’est intéressant. On a écrit à deux mains. On se complète dans l’écriture. Le choix des cinquante personnes s’est fait par connaissance. On a voulu mettre en valeur des gens qui vivent dans le Marais Poitevin et du Marais qui les fait vivre. C’est très éclectique, nous avons des anciens, comme des plus jeunes. Le Marais, ce n’est pas que des bateaux avec des promeneurs, c’est aussi des gens qui y habitent, qui aiment leur région et qui ont quelque chose à nous transmettre. »

Auto-édité, « Aventures de vie en Sèvre Niortaise » est vendu 28 € TTC, notamment à Coulon (Maison de la presse, écomusée de la Maison du Marais Poitevin) et à Fontenay-le-Comte (Espace culturel du centre commercial Leclerc, librairie Florilège) ; …

Disponible aussi chez les auteurs M. Jean-Claude Coursaud à Coulon tél. : 05 49 35 92 55, et Mme Isabelle Savariau à Maillé tél. : 02 51 87 00 28

Gilles PETIT

A lire : Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau « Un coin de Prairie pour 10 dollars, Une odyssée maraîchine » ; le recueil de Jean-Claude Coursaud « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise »

MARAIS POITEVIN : « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise » un recueil de Jean-Claude Coursaud (2)

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Loin des clichés touristiques, aux antipodes du roman, le dernier livre de Jean-Claude Coursaud est avant tout un recueil de nouvelles qui concernent précisément les gens d’une certaine époque vivant dans les Marais Mouillés du Marais Poitevin aux confins des départements des Deux-Sèvres, de la Vendée et de la Charente-Maritime. « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise » retrace la vie « des gens du marais d’en haut », mais aussi « des gens des grandes cabanes », des bords du fleuve à Coulon, Le Vanneau, Le Mazeau, Damvix . . .

 

« Qu’il mouille ou qu’il vente, il faut prendre le bateau, la pelle et la pigouille pour entrer dans le monde ordinaire, de l’autre côté de la rivière ». Photo Gilles PETIT

« Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise » ne connaît point de « Venise verte », de « plates », de « parc d’attractions », de « balades en barque » et autres locutions inventées pour appâter les touristes et faire tourner une certaine économie. Ce recueil sent l’authentique, le vrai, le quotidien d’illustres inconnus maraîchins, Coco des Cabanes, Louisette, Sidonie, Adolphe, René, Georgina, Marie, Paulette, Alcide, Christiane, Marius, et d’autres, croisés au fil des eaux.

Ces nouvelles maraîchines rapportent des événements qui se déroulent principalement dans les années 1920, entre la fin de la première guerre mondiale jusqu’à la seconde, en débordant un peu sur les années 1960. « A cette époque la société rurale bifurque totalement, » explique Jean-Claude Coursaud. « Dans le cas précis du Marais Poitevin, nous avons d’un côté le monde rural qui évolue. Il y a une dégringolade de l’agriculture, mais, sur un plan industriel, les scieries vont prendre un essor considérable en passant de la planche au contreplaqué. Puis il y a tout ce monde artisanal qu’on a connu, avant qu’arrive brutalement un nouveau monde à partir des années 1975/1980. »

L’auteur a voulu dépeindre tout ce petit monde de la campagne maraîchine face à la bifurcation qu’est l’arrivée de nouveaux métiers, d’un nouveau concept. C’est à dire l’évolution du manuel au pseudo intellectuel , à savoir, l’intronisation du monde tertiaire.

L’écrivain maraîchin Jean-Claude Coursaud

Jean-Claude Coursaud : « Ce qui est important aussi, c’est la façon dont s’expriment les gens. Car ce livre, je l’ai conçu d’une façon un peu particulière. Je ne me suis inspiré de quiconque sur le plan littéraire, sinon être en prolongement d’un écrivain coulonnais exceptionnellement brillant, par le biais d’un de ses ouvrages dont le mot pigouille est important. Ce sont les fameux « Contes de la Pigouille » de Louis Perceau. Louis Perceau est un personnage assez fantastique, sa vie a été fantastique, mais dans la première partie de son enfance, il a dépeint avec un réalisme certain le monde du Marais, le monde maraîchin tel qu’il était. La petite personne que je suis a continué son œuvre pour parler de la seconde partie de ce monde de la pigouille, de ce monde du marais. C’est donc un livre qui est totalement complémentaire de l’œuvre de Louis Perceau. Sauf que Louis Perceau est devenu un écrivain pamphlétaire, ami entre autres de Guillaume Apollinaire. Ce n’est pas anodin. Je crois que nos deux noms pourraient être associés dans cette vie rurale et dans cette vie maraîchine de la fin du 19ème au début du 20ème siècle. Je le précise dans ma préface : ça n’existe plus. »

Le livre se décompose en histoires qui touchent les Coulonnais, des personnages comme Mmes Fichet et Marie Pisse-trois-gouttes, des lieux comme la rue de l’Église. Ce sont des histoires très éclectiques qui se terminent vers l’estuaire au fil de la Sèvre Niortaise en bateau dans les années 1920 par des gens de Coulon, du Vanneau, de Damvix qui vont, par exemple, au marché de Marans, alors le grand rassemblement des « cabanas » du Marais Poitevin. Des gens du « marais d’en haut » mais aussi des « gens des grandes cabanes ». Les grandes cabanes, ce sont les grandes exploitations de Charente-Maritime ou de Vendée.

Les 36 nouvelles que compte le recueil sont écrites en français, mais des dialogues sont franco-patoisés, c’est à dire qu’ils peuvent être compris par n’importe qui, et en cas de mot douteux, il y a un rappel en bas de page. 36 histoires dont, de temps en temps, des « Brèves d’écuries », « Racontages «  et « Petites médisances ». Ce sont des fragments d’histoires drôles authentiques. « Ancien agriculteur, j’ai connu et j’ai vécu ces situations, » assure l’auteur. « Je suis le seul, de Niort à Marans, à pouvoir parler de ce genre de choses sur le plan de l’écriture. »

Co-auteur, Isabelle Savariau est une jeune retraitée maraîchine qui a apporté un regard extérieur aux récits. Également quelques textes reflètent des histoires de sa famille.

Enfin, hormis la couverture, l’ouvrage ne comporte pas de photos. Ainsi le lecteur se fera sa propre vision des situations évoquées. Pour ce faire, il vaut mieux connaître le site. Les autochtones vont savourer les 180 pages, les autres (touristes ou étrangers au pays) curieux de découvrir le Marais Poitevin pourront, au fil des histoires, suivre une sorte de jeu de piste pour essayer de retrouver les lieux cités.

« Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre niortaise » s’adresse aux personnes qui veulent connaître le vrai Marais. Une vie au rythme du bateau de 22 pieds mené à la pigouille.

Auto-édité, le recueil est vendu 20 € TTC, notamment dans les librairies niortaises et au Centre culturel Leclerc de Niort ; à Coulon à la Maison de la presse et à la Maison du Marais Poitevin ; mais aussi, dans les communes voisines : Magné, Le Vanneau, Saint-Georges-de-Rex. . .

Ou  chez l’auteur M. Jean-Claude Coursaud, lieu-dit Les Cabanes de Balanger, 562 route des Bords de Sèvre 79510 Coulon Tél. 05 49 35 92 55

 

Gilles PETIT

(Photos de barques extraites du défilé des métiers d’antan sur l’eau à Coulon (79) lors de la Fête du Miget 2018 organisée en juillet par le Comité d’Animation Coulonnais)

Disponible chez les mêmes auteurs, Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau : « Un coin de Prairie pour 10 dollars, Une odyssée maraîchine ».

Ce roman auto-édité retrace l’étonnant parcours de « l’oncle Gelot » chez des pionniers de l’Ouest canadien, à savoir Théodore Gelot et son compagnon d’aventure Eugène Ménard, partis du Marais pour les territoires glacés d’Amérique du Nord.

MARAIS POITEVIN : « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise » un recueil de Jean-Claude Coursaud

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Loin des clichés touristiques, aux antipodes du roman, le dernier livre de Jean-Claude Coursaud est avant tout un recueil de nouvelles qui concernent précisément les gens d’une certaine époque vivant dans les Marais Mouillés du Marais Poitevin aux confins des départements des Deux-Sèvres, de la Vendée et de la Charente-Maritime. « Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise » retrace la vie « des gens du marais d’en haut », mais aussi « des gens des grandes cabanes », des bords du fleuve à Coulon, Le Vanneau, Le Mazeau, Damvix . . .

 

« Qu’il mouille ou qu’il vente, il faut prendre le bateau, la pelle et la pigouille pour entrer dans le monde ordinaire, de l’autre côté de la rivière ». Photo Gilles PETIT

« Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre Niortaise » ne connaît point de « Venise verte », de « plates », de « parc d’attractions », de « balades en barque » et autres locutions inventées pour appâter les touristes et faire tourner une certaine économie. Ce recueil sent l’authentique, le vrai, le quotidien d’illustres inconnus maraîchins, Coco des Cabanes, Louisette, Sidonie, Adolphe, René, Georgina, Marie, Paulette, Alcide, Christiane, Marius, et d’autres, croisés au fil des eaux.

Ces nouvelles maraîchines rapportent des événements qui se déroulent principalement dans les années 1920, entre la fin de la première guerre mondiale jusqu’à la seconde, en débordant un peu sur les années 1960. « A cette époque la société rurale bifurque totalement, » explique Jean-Claude Coursaud. « Dans le cas précis du Marais Poitevin, nous avons d’un côté le monde rural qui évolue. Il y a une dégringolade de l’agriculture, mais, sur un plan industriel, les scieries vont prendre un essor considérable en passant de la planche au contreplaqué. Puis il y a tout ce monde artisanal qu’on a connu, avant qu’arrive brutalement un nouveau monde à partir des années 1975/1980. »

L’auteur a voulu dépeindre tout ce petit monde de la campagne maraîchine face à la bifurcation qu’est l’arrivée de nouveaux métiers, d’un nouveau concept. C’est à dire l’évolution du manuel au pseudo intellectuel , à savoir, l’intronisation du monde tertiaire.

L’écrivain maraîchin Jean-Claude Coursaud

Jean-Claude Coursaud : « Ce qui est important aussi, c’est la façon dont s’expriment les gens. Car ce livre, je l’ai conçu d’une façon un peu particulière. Je ne me suis inspiré de quiconque sur le plan littéraire, sinon être en prolongement d’un écrivain coulonnais exceptionnellement brillant, par le biais d’un de ses ouvrages dont le mot pigouille est important. Ce sont les fameux « Contes de la Pigouille » de Louis Perceau. Louis Perceau est un personnage assez fantastique, sa vie a été fantastique, mais dans la première partie de son enfance, il a dépeint avec un réalisme certain le monde du Marais, le monde maraîchin tel qu’il était. La petite personne que je suis a continué son œuvre pour parler de la seconde partie de ce monde de la pigouille, de ce monde du marais. C’est donc un livre qui est totalement complémentaire de l’œuvre de Louis Perceau. Sauf que Louis Perceau est devenu un écrivain pamphlétaire, ami entre autres de Guillaume Apollinaire. Ce n’est pas anodin. Je crois que nos deux noms pourraient être associés dans cette vie rurale et dans cette vie maraîchine de la fin du 19ème au début du 20ème siècle. Je le précise dans ma préface : ça n’existe plus. »

Le livre se décompose en histoires qui touchent les Coulonnais, des personnages comme Mmes Fichet et Marie Pisse-trois-gouttes, des lieux comme la rue de l’Église. Ce sont des histoires très éclectiques qui se terminent vers l’estuaire au fil de la Sèvre Niortaise en bateau dans les années 1920 par des gens de Coulon, du Vanneau, de Damvix qui vont, par exemple, au marché de Marans, alors le grand rassemblement des « cabanas » du Marais Poitevin. Des gens du « marais d’en haut » mais aussi des « gens des grandes cabanes ». Les grandes cabanes, ce sont les grandes exploitations de Charente-Maritime ou de Vendée.

Les 36 nouvelles que compte le recueil sont écrites en français, mais des dialogues sont franco-patoisés, c’est à dire qu’ils peuvent être compris par n’importe qui, et en cas de mot douteux, il y a un rappel en bas de page. 36 histoires dont, de temps en temps, des « Brèves d’écuries », « Racontages «  et « Petites médisances ». Ce sont des fragments d’histoires drôles authentiques. « Ancien agriculteur, j’ai connu et j’ai vécu ces situations, » assure l’auteur. « Je suis le seul, de Niort à Marans, à pouvoir parler de ce genre de choses sur le plan de l’écriture. »

Co-auteur, Isabelle Savariau est une jeune retraitée maraîchine qui a apporté un regard extérieur aux récits. Également quelques textes reflètent des histoires de sa famille.

Enfin, hormis la couverture, l’ouvrage ne comporte pas de photos. Ainsi le lecteur se fera sa propre vision des situations évoquées. Pour ce faire, il vaut mieux connaître le site. Les autochtones vont savourer les 180 pages, les autres (touristes ou étrangers au pays) curieux de découvrir le Marais Poitevin pourront, au fil des histoires, suivre une sorte de jeu de piste pour essayer de retrouver les lieux cités.

« Battements de cœur et coups de pigouille en Sèvre niortaise » s’adresse aux personnes qui veulent connaître le vrai Marais. Une vie au rythme du bateau de 22 pieds mené à la pigouille.

Auto-édité, le recueil est vendu 20 € TTC, notamment dans les librairies niortaises et au Centre culturel Leclerc de Niort ; à Coulon à la Maison de la presse et à la Maison du Marais Poitevin ; mais aussi, dans les communes voisines : Magné, Le Vanneau, Saint-Georges-de-Rex. . .

Ou  chez l’auteur M. Jean-Claude Coursaud, lieu-dit Les Cabanes de Balanger, 562 route des Bords de Sèvre 79510 Coulon Tél. 05 49 35 92 55

 

Gilles PETIT

(Photos de barques extraites du défilé des métiers d’antan sur l’eau à Coulon (79) lors de la Fête du Miget 2018 organisée en juillet par le Comité d’Animation Coulonnais)

Disponible chez les mêmes auteurs, Jean-Claude Coursaud et Isabelle Savariau : « Un coin de Prairie pour 10 dollars, Une odyssée maraîchine ».

Ce roman auto-édité retrace l’étonnant parcours de « l’oncle Gelot » chez des pionniers de l’Ouest canadien, à savoir Théodore Gelot et son compagnon d’aventure Eugène Ménard, partis du Marais pour les territoires glacés d’Amérique du Nord.