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Sansais-La Garette

MARAIS POITEVIN des Deux-Sèvres : une manifestation au chevet du pont d’Irleau

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Un tablier de pont qui s’affaisse, les activités économiques et touristiques de la Venise Verte s’effondrent. Entre le « pont de la discorde » et le « Pont des Révérences », les Maraîchins ont choisi une manifestation historique, samedi 23 juin 2018. La conciliation doit succéder à la colère. A l’issue d’importants travaux, programmables en fin d’année 2018, le pont d’Irleau devrait retrouver « la situation qui existait avant. »

Enjambant la Sèvre Niortaise sur trente mètres, entre les communes du Vanneau-Irleau et de Coulon, le pont d’Irleau est actuellement limité à 3,5 tonnes et réduit à deux mètres de large.

Parallèlement à une passerelle métallique type Eiffel, encore récente en 1929, le « Pont des Révérences » d’Irleau, construit en béton armé [voir sa genèse et l’origine de ce nom dans le livre « Marais Poitevin : les rives du passé » de Jean-Claude Coursaud et Daniel Mar, aux éditions du Marmot], est inauguré en juin 1931 après deux années de travaux.

Aujourd’hui, le tablier de ce pont, lequel franchit le fleuve La Sèvre Niortaise à cheval sur les communes deux-sévriennes du Vanneau-Irleau et Coulon, donne des signes de faiblesse. Son utilisation est désormais limitée aux véhicules jusqu’à 3,5 tonnes ou deux mètres de large. Habitants, agriculteurs, élus locaux, acteurs du tourisme. . . dénoncent la position du Conseil départemental des Deux-Sèvres, propriétaire de l’ouvrage.

M. Gilbert Favreau (à gauche) président du CD79 en compagnie de M.Robert Gousseau (au micro) maire de la commune du Vanneau-Irleau.

Présent sur le site, le président du Conseil départemental 79 Gilbert Favreau a tenté d’expliquer les décisions prises : « En 1998, les services du département ont décidé de le fermer après une étude, puis de le limiter à 12,5 tonnes. Les usagers ont continué à circuler avec des véhicules de plus en plus lourds. En 2017, quand je suis arrivé à la présidence, un cabinet d’études m’a conseillé de fermer immédiatement le pont à toute circulation. Il fallait prendre des mesures. Il fallait faire des travaux, alors on a fait faire une étude technique qui a préconisé trois séries de travaux. D’abord, il y avait des appuis qui risquaient de lâcher. Ce sont les premiers travaux qui ont été fait en avril dernier. Aujourd’hui, il reste à faire des travaux sur le tablier du pont, surtout au niveau des soubassements qui portent le pont aux extrémités. La chaussée et les garde-corps sont également fatigués. » Le Conseil est intervenu sur la priorité, à savoir les appuis-piliers en béton qui tiennent le pont. Parallèlement, le poids limite des véhicules a été ramené à 3,5 tonnes. « Bien évidemment, il y a un certain nombre d’usagers qui sont gênés par cette situation et notamment les agriculteurs. Ils veulent qu’on rouvre le pont à tous tonnages. Le problème, c’est que le président du département que je suis ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi. Si un jour il y a une chute ou s’il y a un problème d’effondrement parce qu’on aura mis un gros cube de 35 tonnes. Le responsable, c’est moi ! Aujourd’hui, je suis dans un esprit de conciliation avec tout le monde. J’ai fait programmer des travaux pour l’automne et j’espère qu’à l’issue, on pourra me confirmer que, effectivement, on peut rouler à 12,5 tonnes. On reviendra donc à la situation qui existait avant. Mais on n’aura jamais l’autorisation sur un pont de cette qualité de faire passer des 35 tonnes. Voilà la situation. Je comprend aussi la gêne. Je suis obligé de faire comme ça. »

Promu porte-parole des manifestants, le maire du Vanneau-Irleau Robert Gousseau pose les problèmes : « On ne peut pas prétendre être les Portes du Marais, le Marais dans sa splendeur, l’emblème du département, un site touristique, un site classé, un Parc naturel régional, un Grand Site de France, et ne pas passer la Sèvre Niortaise à pied sec. Tous nos agriculteurs ne peuvent plus travailler, les touristes ne peuvent plus passer. On peut concevoir que le pont peut avoir des faiblesses, mais on ne peut pas, non plus, ne pas penser à demain. Par conséquent, il serait judicieux d’avoir, au moins, une perspective de ce qui va se faire dans la suite. Mettre 700 000 € sur trois ans, c’est un fait. A ce moment-là, il faut mettre 4 millions d’euros sur cinquante ans et puis on refait un pont. Si on avait un Département ambitieux, on ferait comme ça, sauf que ,apparemment, ce n’est pas le cas. On ne nous prend pas au sérieux, alors on fait voir qu’on n’est pas contents, c’est tout. On ne veut pas faire passer des revendications extraordinaires, mais en vérité, on est là pour démontrer que nos agriculteurs sont en souffrance et même éventuellement les touristes, les camping-cars ne passant plus. C’est désastreux. On ne peut pas se contenter de ça. De toute façon, on se bat contre plus fort que nous ; nous sommes tenaces. Si c’est faire des travaux pour ne rien faire de mieux, c’est pas la peine. Quand on me dit, on va mettre 700 000 € et qu’en fin de compte le pont va rester comme il est en ce moment, c’est pas satisfaisant. A ce moment-là, il ne faut pas mettre d’argent, moi j’appelle ça du gaspillage de l’argent public. Nos anciens, en 1930, ont pensé qu’il fallait un pont et il n’y avait pas de touristes, aujourd’hui il y a des touristes mais on ne peut même pas faire de pont. Peut-être qu’on pourrait remettre la passerelle à ce moment-là ! »

Au delà des « bons mots », le quotidien doit se réorganiser. Un agriculteur-éleveur de charolaises à Benet en Vendée : « Nous avons des terres sur Irleau, Le Vanneau, Arçais, Saint-Georges-de-Rex. Nous habitons de l’autre côté [rive droite de la Sèvre Niortaise] et je ne peux pas passer sur le pont pour aller en Deux-Sèvres. Nous exploitons environ 170 hectares sur ces communes-là. Nous élevons 600 bêtes en tout, dont à peu près 150 de ce côté deux-sévrien. L’ensemble tracteur, avec, par exemple, tout le matériel de fenaison ou la bétaillère, est trop large pour passer entre les chicanes. De plus, un convoi agricole pèse entre 4 à 12 tonnes maxi. Quand le pont a été construit, c’étaient des chevaux qui passaient là. Doit-on vivre avec les méthodes du 19ème siècle ou du 21ème siècle ? Parce que, on constate qu’au 20ème siècle, il a été fait un pont pour favoriser les échanges et qu’au 21ème siècle, on le ferme. Nous passions sur ce pont environ trois fois par jour. Actuellement, nous passons par Sansais-La Garette (79) ou par Damvix (85), ça dépend où on va. Ça va être compliqué cet été avec les véhicules qui vont tous dévier par là-bas. Le problème, c’est qu’un automobiliste coincé entre deux tracteurs pendant dix minutes, voire un quart d’heure, double dans un virage avec une petite visibilité. Quand dix plateaux à paille circuleront à longueur de journée, bonjour les dégâts. »

M. Gousseau poursuit : « Votre participation prouve que ce pont a une valeur symbolique, aussi bien pour les gens de chez nous que pour les gens de l’extérieur. La solution de facilité était de fermer le pont. Hier il marchait à 40 tonnes, aujourd’hui à 3,5 tonnes, ça fait une différence. En 1930, quand nos anciens, qui étaient aussi intelligents que nous, ont pensé qu’il fallait faire un pont, il n’y avait pas de touristes, il y avait les mogettes. Aujourd’hui, y a plus de mogettes, y a des touristes. Est-ce que ça compense, la question reste posée. On ne peut pas se contenter d’un pont à 3,5 tonnes et deux mètres de large. Un Conseil départemental digne de ce nom, soucieux du bien être de son bassin de vie, peut mettre, à mon avis, 3 millions d’euros sur cinquante ans. »

S’adressant à nouveau aux 200 personnes présentes sur le pont, M. Favreau précise: « Ceux qui ont fait ce pont n’ont peut-être pas pensé qu’il devait durer plus de 80 ans. Ce pont est dans un état déplorable, ce qui justifie des décisions prises. Nous avons fait en sorte de laisser passer au minimum les véhicules de tourisme jusqu’à 3,5 tonnes. Les travaux commenceraient probablement à la mi-septembre sur les soubassements et les garde-corps, pour une durée de deux mois et demi. Durant ces deux mois et demi, il y aura une fermeture. Après, nous serons à douze tonnes. Au delà de douze tonnes, je ne peux vous promettre. Il y a des contingences techniques qui ont fait que nous n’avons pas pu aller plus vite. Après ?!?! Un nouveau pont ?!?! Je ne sais pas si vous connaissez aujourd’hui les exigences administratives en matière de construction, notamment dans le Marais Poitevin qui est un site Natura 2000. C’est une administration d’État qui gère tout ça. Il faudra faire une étude très exigeante. C’est une bagatelle de 4 à 5 millions à la sortie. Je suis désolé des ennuis que ça cause à la population et à tout le secteur économique du Marais, mais je crois que c’est une obligation. »

Ancien maire de la commune d’Arçais (79), M. Joël Bourchenin, a ouvert le volet tourisme : « notre territoire sert de vitrine à notre département, de longue date. Évidemment que ce pont a toute son utilité pour notre tourisme d’été et de toutes saisons. On voit des agriculteurs se mobiliser, on voit aussi des acteurs du tourisme. » Un tourisme estival détourné dont dépend de nombreux commerçants installés dans les villages desservis par le pont.

M. Michel Simon, maire de Coulon, s’exprimant au titre de président de l’Office de tourisme Niort-Marais Poitevin : « A l’Office, nous expliquons aux touristes le problème du pont d’Irleau et l’interdiction des camping-cars. Ils le comprennent. Mais quand un touriste arrive en voiture, il voit tous ces panneaux de déviation. Il se dit que la commune doit être en travaux partout, il file son chemin. On perd du tourisme notamment depuis le début de la saison, les premiers chiffres de fréquentation de l’aire de camping-cars de Coulon l’attestent. »

Cherchons ensemble les bonnes idées pour restaurer le pont d’Irleau et apaiser le climat social dans la Venise Verte ?!?!

Finalement, la conciliation succède à la colère. Tout le monde s’est retrouvé autour d’une table qui « dessèche le gosier », à l’invitation du maire du Vanneau-Irleau. Là, au moins, on s’est parlé sans titre, sans tabou, ni procédure administrative.

 

Gilles PETIT (récit et photos)

MARAIS POITEVIN : l’eau, source de « La Vague citoyenne »

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Les 2 et 3 juin 2018 à La Garette (commune deux-sévrienne de Sansais-La Garette, France), « La Vague citoyenne » n’a pas submergé les porteurs des dix-neuf projets de retenues dites de substitution, les fameuses bassines. A l’origine de ce waterstock #3, « Bassines non merci ! », un collectif citoyen, apolitique et pacifiste, qui lutte contre les bassines et l’irrigation à outrances, et lutte aussi pour les paysans.

Durant ces deux jours, « La Vague citoyenne », un nom sous-titré : « Pour une agriculture respectueuse de l’Eau, de la Terre et des Hommes », a rassemblé environ 2000 personnes dont 1200 ont participé à la grande déambulation festive du dimanche après-midi.

Lors des assises citoyennes du samedi, traitant, durant quatre heures, les sujets eau, agriculture et paysage, suivies des prises de paroles en clôture de la manifestation, nous retiendrons quelques propos et témoignages d’intervenants de toutes tendances, ou presque, car on regrettera l’absence des porteurs des projets en question.

Quand il parle de réserves de substitution, au départ, le collectif n’était pas systématiquement contre, et peut-être pas encore aujourd’hui, mais les projets portaient sur des prélèvements de surface, c’est à dire, des rivières qui étaient prêtes à déborder, et des nappes phréatiques archi pleines. En excluant les nappes profondes, indemnes de tout produit, à pomper vers des retenues construites à l’air libre. Dans ces retenues, l’eau va alors se réchauffer et sa qualité va se dégrader. « On est donc complètement dans l’inverse de ce qu’on voudrait faire », estime le collectif.

Selon M. Pierre Lacroix, membre du collectif et président de la Fédération de pêche des Deux-Sèvres : « Aujourd’hui, si les politiques n’ont pas le courage d’amener les mesures d’accompagnement pour changer les modes de culture, il ne serait pas préférable de subventionner un monsieur qui n’irrigue pas et qui sous-produit en faisant de la qualité, par rapport à celui qui irrigue et reçoit des subventions. Parce qu’il faut savoir que ces bassines-là seront subventionnées à 75% par l’Agence de l’eau, argent public, et que, quand ces gens-là prendront l’eau dans les bassines pour irriguer un hectare de maïs, ils toucheront une subvention de 300 € environ. Ils seront donc subventionnés deux fois. »

A savoir, dès qu’une culture est arrosée, il est nécessaire, le lendemain, de traiter la parcelle en pulvérisant un fongicide afin d’éviter le développement de la maladie.

Rapidement lors des assises citoyennes, les interventions fusent, dont celle-ci : « A qui profite le crime ? 9 millions de mètres-cube d’eau pour 230 bénéficiaires. Sur 10% d’irrigants, 2% vont en bénéficier. Sur  les 230 exploitations concernées par les bassines du seul projet de la Sèvre Niortaise que sont les adhérents à la Coop de l’eau, 119 vont être directement raccordés aux bassines. Ce qui représente, à peu près, 6% des exploitations du territoire, tout confondu, irrigants ou non. Il s’agit d’une confiscation de l’eau potable au profit d’une infime partie des gens. »

M. Jean-François Périgné, « citoyen-paysan de la mer », précise-t-il, secrétaire national à la Confédération paysanne et référent de la question de l’eau, a ainsi résumé la situation : « Je voudrais aborder la question de l’eau sur un angle beaucoup plus global, de façon que tout le monde comprenne bien ici l’enjeu local et largement planétaire. Vous avez remarqué que le but majeur de la conquête spatiale est d’aller trouver une planète où il y a de l’eau. Pourquoi ? Car il n’y a pas de vie, telle qu’on la connaît, nous, sans eau. Il n’y a pas une goutte d’eau qui est perdue lorsqu’elle part à la rivière car les racines de l’océan, ce sont les rivières. Et tout comme les poissons qui pondent et qui meurent au stade larvaire, pour nous, c’est exactement la même chose au niveau des coquillages, des crevettes et au niveau de toute la ressource halieutique puisque les zones de reproduction, de frayères, et de nurserie se trouvent dans les zones estuaires parce que c’est là que se fait le mélange entre les sels nutritifs amenés par la terre, il en faut et c’est nécessaire, pour le développement du premier maillon de la chaîne alimentaire de l’océan. Et le premier maillon de la chaîne alimentaire de l’océan, c’est le phytoplancton. Les océans c’est 4/5ème de la surface de la planète. Le phytoplancton est la première biomasse végétale de la planète qui produit les deux tiers de l’oxygène que l’on respire et qui joue un rôle hyper important sur le captage du CO2 car toutes les plantes consomment du CO2 et rejettent de l’oxygène. Tout ce qui est à support calcaire (les coraux, nos coquillages. . .) est en danger de disparition rapide. En une petite trentaine d’années, malgré les sonnettes d’alarme tirées par les conchyliculteurs, la situation se dégrade d’année en année, avec un empilement de mesures environnementales censées sauver la biodiversité, parc naturel marin, Natura 2000, etc. Entre le temps de décision de l’humain et le temps de réponse de la nature, il se passe un certain temps. La terre a son propre rythme qui n’est pas le rythme des humains. Quand on parle de l’eau, on parle de la composition du corps humain, on parle de l’aliment principal. 70% de notre alimentation, c’est de l’eau. Que ce soit sous forme liquide, végétale ou animale, c’est de l’eau qu’on consomme. L’enjeu est énorme. Ici, dans l’ouest de la France, on lutte contre un système d’irrigation pour nourrir une plante qui, dans son pays d’origine est la déesse de la fécondité et qui est en train de devenir chez nous la déesse de la stérilité. Tout simplement parce qu’on est en train de se battre en plein dérèglement climatique pour produire une plante tropicale et donc reconstituer un climat autour de la plante qui n’est pas son climat d’origine. Pourtant, il existe un maïs local. Sur le constat, on est tous d’accord, la FNSEA, les politiques, la Confédération paysanne, les citoyens lambda. Les climatologues nous annoncent 20 à 30% de moins dans les débits des rivières, une pluviométrie qui va devenir de plus en plus aléatoire, huit années sur dix de sécheresse sévère, une évaporation qui va augmenter de 20 à 30 %. L’évaporation sur le problème des bassines, c’est le syndrome du Shadok, on pompe de l’eau qui est stockée naturellement dans le sol, ça n’a rien coûté de la stocker, elle est à l’abri de l’évaporation, pour la mettre dans une bassine où de toute façon sur la globalité du volume d’eau, il va falloir laisser 20% au fond pour maintenir le liner en place, alors qu’au minimum 30% de l’eau va s’évaporer et rentrer naturellement dans le cycle de l’eau. Donc il reste utilisable globalement 50% de l’eau qui aura été pompée de la ressource. Il y aura, quand même, une baisse du stockage de l’eau en souterrain.

« Par rapport à ce contexte climatique, on a deux écoles : pour prévenir on va stocker en hiver quand il y a trop d’eau, etc. ; et l’autre école qui dit : le stockage naturel ne coûte rien, il est là et on va s’adapter de différentes manières, adapter les cultures aux sols. La filière maïs est déficitaire, globalement elle redevient rentable parce que ce maïs est exporté par le port de commerce de La Rochelle-La Pallice. Il va nourrir des poulets au milieu du désert dans le Maghreb ou ailleurs. Et peut-être que dans ces pays, les habitants ne mangent que les cuisses et les blancs et nous ramènent les nuggets que nos gamins mangent dans les MacDo. Ici on est sur une privatisation déguisée, c’est de l’argent public qui va aller à quelques personnes. La problématique de l’eau, c’est la survie de la vie sur la planète parce que l’océan, c’est la vie de la planète. »

Tout le monde s’accorde à dire « il ne faut pas donner plus que la nature ne peut donner. » Mais aussi que « cette lutte contre les bassines et l’irrigation à outrance, c’est une lutte POUR les paysans ! C’est la population où il y a le plus de suicides. Ce sont les premiers impactés par les maladies liées aux pesticides qu’ils utilisent eux-mêmes. C’est une population qui est en pleine dérive morale. »

Le « paysan » Benoît Biteau constate : « La Loi sur l’eau dans son premier article explique que l’eau est un bien commun. Force est de constater que l’eau est devenu un bien marchand. Ça convoque au moins une dimension, celle du partage. Le deuxième article sur la Loi sur l’eau hiérarchise l’usage de l’eau dans un ordre précis : le premier c’est l’eau potable pour que tout ce qui vit sur cette terre puisse avoir accès à l’eau potable, le fluide vital dont nous avons tous besoin ; la deuxième priorité, notamment dans le Marais Poitevin, c’est la préservation du bon état du milieu aquatique. Par le milieu aquatique se jouent énormément d’enjeux, l’équilibre, la préservation des ressources sur les plans tant qualitatifs que quantitatifs, la préservation des biodiversités qu’elles soient sauvages ou domestiques, la climatique fondamentale car ce sont aussi des zones de séquestration du carbone, des gaz à effet de serre, et bien sûr, la santé ; le troisième article, c’est l’eau économique mais ce n’est que le troisième. L’eau économique inclut, entre autres, l’usage de l’eau par les agriculteurs. Le maïs exporte l’eau si rare chez nous vers d’autres contrées alors qu’on pourrait la préserver en revenant sur des fondamentaux agronomiques qui consistent, d’une part, à nourrir des herbivores avec de l’herbe et qui consiste aussi à produire du maïs avec d’autres ressources génétiques que le maïs proposé par les grandes firmes semencières ; les intérêts de quelques-uns se rapprochent, c’est à dire que ceux qui sont derrière ces projets de stockage sont aussi ceux qui proposent de la semence certifiée, des maïs hybrides, des produits de traitement et du matériel d’irrigation. Avec tout ça on télescope l’article premier qui dit que l’eau est un bien commun. Un autre modèle alternatif est possible depuis toujours, il porte un nom : agronomie, agroécologie. Revenons aux fondamentaux, au bon sens paysan. On est en train de dévaster la terre, avec un petit T, telle que nous, paysans, avons entre nos mains, et de la terre avec un grand T, celle qui nous porte tous sur fond de changement climatique. »

Les débats ont aussi porté sur la nourriture : « Aujourd’hui, le combat est dans l’assiette. La qualité des produits n’est pas un problème, c’est un drame. Rien n’est perdu, la mal bouffe n’est pas une fatalité. Il vaut beaucoup mieux moins manger, mais bien manger. Aller chez son petit producteur local. Il faut arrêter de manger des saloperies. »

Quand on parle d’eau souterraine, on parle d’infiltration dans le sol. Un agriculteur maraîchin qui plante depuis des années, a ainsi pointé : « Les milieux sont ouverts. Du moment qu’ils sont ouverts, il y a une chute de la population d’oiseaux, d’insectes, . . . Pour y remédier, le système est simple, on referme les milieux agricoles, on remet de la vie. Ça revient très vite. Le plus beau et le plus énorme mouvement citoyen possible, serait de planter des arbres et des kilomètres de haies. »

Selon la députée des Deux-Sèvres Delphine Batho : « On ne peut changer les choses que si on est dans l’interaction entre des citoyens qui se mobilisent et des élus qui sont déterminés. S’il n’y a pas de rapport de force, c’est toujours la même chose :  tout continue comme avant, et les lobbies y gagnent à la fin. La mobilisation a déjà commencé à faire bouger les choses. Les problèmes des volumes, de la qualité de l’eau, de la biodiversité, du processus pour un projet de territoire, doivent faire l’objet de dialogues. Tous les espoirs sont permis. »

Le bilan de cette manifestation affiche une fréquentation de l’ordre de 2000 personnes sur le weekend. Dimanche, environ 1200 personnes ont déambulé, en plus de ceux restés sur le site. Ce n’est pas pleinement satisfaisant. Il faut prendre en considération le temps incertain et les nombreuses autres animations organisées dans la région.

« C’est sûr, il y aura un waterstock #4. Si ce n’est pas pour le fait qu’on aura gagné contre les bassines d’ici là, ce sera un waterstock #4 pour reconstruire l’agriculture, pour reconstituer notre paysage et nos rapports humains avec nos agriculteurs. »

Gilles PETIT

MARAIS POITEVIN : le Collectif « Bassines Non Merci ! » lance « La Marche des Pigouilles » – dimanche 4 mars 2018 à Mauzé-sur-Le-Mignon (Deux-Sèvres)

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Protestant contre le projet de construction de 19 « réserves de substitution » destinées à l’irrigation, environ 1500 personnes avaient formé une chaîne de 1,7 km autour d’une parcelle de 18 hectares, le samedi 11 novembre 2017 dans la plaine d’Amuré, une commune du Marais Poitevin des Deux-Sèvres. « On a besoin de vous le 4 mars prochain ! » clame le collectif « Bassines Non Merci ».

« Bassines Non Merci ! » est un collectif composé de citoyens, d’élus, de scientifiques, d’associations environnementales, de naturalistes, d’agriculteurs et de paysans, mais aussi de chefs d’entreprises, d’organisations syndicales, de partis politiques (EELV, PS 79, FI, La République en Marche 79, le Modem 79. . . d’hommes politiques UDI comme le Maire de Niort également Président de l’Agglomération du Niortais ..) et de plus en plus de maires du Marais Poitevin, du Haut Val de Sèvre . . .) qui s’opposent à la construction de cette première vague des 19 réserves d’eau en Deux-Sèvres et en Charente-Maritime.

Au total, le programme  concernera 200 bassines sur le territoire au profit de seulement 10% d’agriculteurs céréaliers, financées avec 70% d’argent public, au-dépens du patrimoine naturel et du partage équitable du bien commun qu’est l ‘EAU.

Le collectif organise une nouvelle manifestation de masse, (il est attendu entre 3000 et 4 000 participants), pour faire vaciller les pouvoirs publics auprès desquels les financements ont été sollicités. Pourquoi ? Parce que l’opposition citoyenne est la véritable arme contre ce projet, comme à Notre-Dame-des-Landes.

La manifestation du 11 novembre 2017 à Amuré (Deux-Sèvres), qui a rassemblé 1 500 opposants, ayant permis aux pouvoirs publics de mesurer l’opposition citoyenne à ce projet, le collectif souhaite transformer cet essai  le dimanche 4 mars 2018 à Mauzé-sur-Le-Mignon (Deux-Sèvres), commune sur laquelle trois « bassines » sont prévues. En une année, celles-ci détourneraient la consommation sur huit ans des 2 800 habitants de Mauzé-sur-Le-Mignon.

Pourquoi on s’oppose à ce projet (voir ce schéma explicatif :Bassines_info_Sèvre_niortaise_VF )
  • Une injustice économique et environnementale : sans même parler du coût global de 60 millions d’euros financés à 70% par des fonds publics, ce qui serait au passage inconcevable pour toute entreprise privée dans n’importe quel autre domaine, le coût pour la collectivité à l’échelle de la Région s’élèverait à 9,9 millions pour les seules 19 bassines de la Sèvre-Niortaise, et à 77 millions pour l’ensemble des 120 bassines en projet (sur les 200 envisagées) dans une période de contexte budgétaire difficile pour l’ensemble des collectivités locales. Et que dira l’Europe de l’utilisation de fonds FEADER si ceux-ci sont incompatibles avec la « Loi cadre sur l’eau et l’atteinte du bon état écologique des rivières en 2021 » ? On peut légitimement penser que la Cour Européenne de Justice aura sûrement une réponse à apporter.
    Le collectif s’oppose au non respect de la loi sur l’eau, avec ces projets d’un autre âge, les trois priorités de la loi sur l’eau s’inversent, avec ses dégâts sur nos cours d’eau et, cette année, c’était le cours d’eau de Crépé à la Grève-sur-Le-Mignon (Charente-Maritime) un 10 février en plein hiver.
    On veut de l’eau pour tous : pêcheurs, kayakistes, paysans, jardiniers, les arbres, amoureux de la nature, pour nos rivières, les poissons, batraciens. . .

  • Un déni de démocratie : des manquements flagrants en terme de concertation et d’information de l’ensemble des acteurs socio-économiques, dès l’enquête publique et alors que les signaux d’opposition à ce projet se multiplient chez les élus, citoyens, agriculteurs, paysans, chefs d’entreprises, scientifiques, forces politiques du territoire…

  • Une injustice économique et sociale (voir les détails dans ce document : Histoire volumes irrigation agricole SevreMignon_v2018 ) : quelle équité entre exploitants agricoles qui seront connectés à la bassine et qui auront la garantie d’un accès sécurisé à l’eau, et les autres qui devront se partager l’eau restante dans la nappe après le remplissage des bassines. Récemment deux paysans ont eu un refus d’accès à l’eau sur la Boutonne pour leur projet d’installation. De plus, la démesure des projets enfermera l’ensemble des adhérents de la COOP de l’eau (raccordés ou non) dans une voie sans retour de par l’ampleur des investissements initiaux et l’augmentation du prix de l’eau, le tout dans le cadre d’un montage économique fragile (non viable sans une part de 70% d’argent public et basé sur des prévisions de remplissage 9 années sur 10, ce qui n’aurait déjà pas été le cas sur les dix dernières années et semble encore plus optimiste pour les décennies à venir).

  • Un choix sociétal : le collectif souhaite donner une impulsion nationale à l’accompagnement à la transition vers des modèles agricoles durables, adaptés aux territoires et respectueux des hommes et des milieux, et dire stop à ce modèle destructeur des ressources naturelles et du monde paysan.

Lors de la journée du 4 mars 2018, le collectif organisera un marché de producteurs locaux de 10:00 à 17h00 auquel nous souhaitons vous associer afin de renforcer toujours et toujours l’importance de consommer local pour privilégier l’économie du territoire, mais aussi pour mettre en avant votre agriculture respectueuse de notre environnement.

Et si vous le souhaitez, n’hésitez pas à diffuser cette invitation afin de proposer à vos amis, votre famille, de participer à la Marche des Pigouilles. Le collectif précise que « plus on sera, plus on aura de chance de vaincre et de travailler autour d’un véritable projet de territoire dans l’intérêt de tous, de nos enfants et petits enfants et de la planète ! »

 Loïc MICHAUD
Pour le Collectif « Bassines Non Merci ! »

LA GARETTE : en photos, l’Espace Jean Rochefort à la Maison du Cheval

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« Un César d’honneur l’an dernier, une plaque donnant mon nom à une carrière aujourd’hui, tout ça, ça sent le posthume », avait ainsi conclu son allocution l’acteur Jean Rochefort le 11 mai 2000, jour de l’inauguration officielle de la Maison du Cheval à La Garette, sur la commune maraîchine de Sansais-La Garette (Deux-Sèvres France).

Une partie des personnalités présentes lors de cette inauguration dont le préfet, les présidents des Conseils régional Poitou-Charentes et général des Deux-Sèvres, et M. Yves Leroux (à droite) président de la Maison du Cheval.

 En 2005, il a prêté sa voix au « Maître de cérémonie » du spectacle (Mousquetaire de Richelieu) du Grand Théâtre équestre créé au Puy du Fou en Vendée (85). Auparavant, le 11 mai 2000, il avait donné son nom à la carrière couverte de la Maison du Cheval, un bâtiment destiné aux activités socio-éducatives. Sa voix s’est éteinte le 9 octobre 2017, à Paris. Son nom demeure gravé sur un pilier à La Garette.

L’artiste venait de recevoir, en 1999, un César d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. En fait, il a suivi deux carrières, celle du théâtre et du cinéma, celle du monde équestre. A La Garette, avec son sourire inimitable, Jean Rochefort s’était défini comme un « homme de spectacle » et un « homme de cheval ».

L’artiste en compagnie de M. André Dulait, alors président du Conseil général 79 (aujourd’hui Conseil départemental 79).

Porté par le Conseil général des Deux-Sèvres, (géré d’abord, par Délégation de Service Public en mai 2001 par le Club Hippique Niortais, puis depuis le 18 août 2006 par l’association Equi’SèvreS), le projet départemental d’une Maison du Cheval avait séduit Jean Rochefort parce qu’il avait pour but d’utiliser le cheval à de nobles fins, à savoir la découverte des prairies humides du Marais Poitevin, l’élevage, l’éducation et l’insertion. Il avait ainsi souligné que « associé à notre évolution, le cheval s’est fait tour à tour, moyen de guerre, de travail, de transport. L’homme ne serait rien sans lui, il lui doit tout. »

Un colloque européen sur le thème « l’homme et le cheval, alternatives pour un développement social » a ponctué l’ouverture de la Maison du Cheval. Déjà en cette fin de XXème siècle, de nouveaux acteurs s’intéressent à cet animal. Des voies se dessinent pour une utilisation différente du cheval. En règle générale, les vieux chevaux réformés d’une activité sportive ont une grande connaissance de l’homme. Ils seront donc employés dans des activités socio-éducatives et de rééducation pour un public en difficulté moteur ou psychopédagogique. Jean Rochefort adhérait à cette initiative tout en approuvant l’idée de proposer des activités complémentaires autres que celles qui tournent autour de l’eau. Des balades au fil des chemins blancs du Marais, ainsi que le développement de l’attelage au travers d’une filière de haut niveau au plan national et d’activités autant de loisirs que de promotion de la discipline. Présent depuis des siècles dans les Marais Mouillés et utilisés uniquement dans l’agriculture, le cheval a toujours fait partie du paysage de la Venise Verte, comme la barque traditionnelle.

 Le 11 mai 2000, la foule des grands jours avait écouté Jean Rochefort évoquer sa passion des chevaux « depuis [sa] plus tendre enfance » : « Mon grand-père possé­dait des chevaux de fiacre en Bretagne.  J’ai découvert l’équi­ta­tion à 30 ans pour le tournage du film Cartouche de Philippe de Broca (1961). Dès lors, je me suis lancé dans lélevage de chevaux. Je possède le Haras de Villequoy dans les Yvelines.  »

L’artiste Jean Rochefort est parti, l’Espace Jean Rochefort demeure à La Garette. Photo Gilles PETIT

Sa boutade : « Un César d’honneur l’an dernier, une plaque donnant mon nom à une carrière aujourd’hui, tout ça, ça sent le posthume », a effectivement failli devenir réalité pour l’excellent cavalier qu’il était. En effet, quelques semaines après son passage à La Garette, sur le tour­nage de L’homme qui a tué Don Quichotte, l’acteur se blesse et doit se faire opérer d’urgence d’une double hernie discale, il ne montera plus jamais à cheval. En 2004, l’éleveur Jean Rochefort reçoit la médaille du Mérite agri­cole pour avoir été à l’origine de la première trans­plan­ta­tion d’embryons chez la jument. Une autre carrière s’ouvrait . . .

Gilles PETIT (crédit photos : archives Conseil Départemental 79)

 

Yves Leroux, président de la Maison du Cheval, se souvient de l’arrivée de Jean Rochefort à La Garette : « J’avais réussi à le faire venir, non sans mal. Il avait, comme d’habitude, été super. Une anecdote : André Dulait [alors président du Conseil général des Deux-Sèvres] m’avait proposé une voiture du département pour aller le chercher chez lui, ce qu’il avait refusé . . . pas le genre à avoir un chauffeur. De même qu’il avait refusé des gendarmes à la sortie de l’autoroute pour l’accompagner. Alors, malgré le plan, il avait voulu se rassurer en traversant Sansais et vérifier qu’il était sur la bonne route. Il avait interpellé un passant qui le lui avait confirmé et rajouté : vous aussi vous allez là-bas pour voir Jean Rochefort (il était annoncé dans tous les journaux) ! Il en riait encore quand il est sorti de sa Saab devant tous les officiels qui l’attendaient sur le parking en bas de la Maison du Cheval . . .« 

MARAIS POITEVIN (Deux-Sèvres) : le village de Coulon, futur écomusée de Magné ?!?!

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L’activité commerciale est « en pleine mutation » à Coulon, au point de « changer la physionomie de notre village », a déclaré  monsieur Michel Simon, maire d’une petite commune du Marais Poitevin des Deux-Sèvres qui perd son identité en flattant les touristes. L’édile maraîchin rassure sa population : « Le label Petites Cités de caractère met en valeur l’authenticité et la diversité de notre commune dotée d’un bâti architectural et patrimonial remarquable. Aujourd’hui, ce label appartient à tous les Coulonnais. Il faut que chacun se l’approprie pour le valoriser et faire que la commune en soit digne. » Bientôt, sans commerces, ni services de proximité, dotée d’un label qui ne nourrit pas une population, et dépendante des communes voisines, Coulon devient peu à peu une coquille vide huit mois de l’année et un écomusée en saison estivale. A terme, Coulon sera le parc d’attraction de la commune voisine de Magné.

L'église de la Sainte-Trinité de Coulon est un paisible édifice roman.
L’église de la Sainte-Trinité de Coulon voit de moins en moins d’habitants des écarts.

Vendredi 27 janvier 2017, lors de la traditionnelle soirée de vœux, monsieur Michel Simon a d’abord salué les nouveaux arrivants présents (dont la majorité sont retraités, ou presque, sans enfants scolarisés). Puis, fataliste, il a évoqué le désert commercial qui avance dans sa commune.

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Le garage Renault et la Poste, entre autres, vont déménager dans la commune voisine à Magné.

Dans son allocution, nous n’avons ressenti aucune compassion pour les Coulonnais : « Le départ prochain du cabinet notarial, de l’agence Les Mutuelles de Poitiers, et de la Poste [également les fermetures d’une boulangerie et du garage automobile, et on suppute aussi celle du cabinet médical ! NDLR], va changer la physionomie de notre village. Mais leur installation à Magné dans la zone commerciale et artisanale créée à proximité de Super U semble une évidence. Chacune de nos deux communes va développer des compétences propres. Magné, le commerce et l’artisanat, et Coulon, le tourisme. Le regroupement, voire la fusion des communes est dans l’air du temps. Il semble être une solution pragmatique et efficace pour faire face aux difficultés financières que nous rencontrons. Le partenariat qui commence à se tisser avec notre voisine la commune de Magné en est la preuve. Il ne s’agit ni d’un affaiblissement, ni d’une perte d’identité de la commune, mais simplement d’une mise à profit des particularités et des richesses de chacune pour un enrichissement mutuel. Aujourd’hui, il faut savoir dépasser l’esprit de clocher et travailler en concertation. Comme le dit l’adage : l’union fait la force ! Cela vaut aussi pour les collectivités. Travailler en commun renforcera nos actions et nous permettra de développer nos capacités et nos investissements. »

D’ores et déjà, les Coulonnais doivent s’approvisionner dans les communes voisines, Magné ou Benet (85), voire à Niort (79). Pourtant, le centre-bourg de Coulon possède encore une boulangerie, une maison de la presse et une supérette, ouvertes toute l’année, ainsi qu’un centre socioculturel et une médiathèque. Les habitants des écarts, lesquels se déplacent principalement en voiture, s’y aventurent peu, ou alors avec la « peur au ventre » (ces mots venant des intéressés ne sont pas trop forts !) en guettant le policier municipal prompt à verbaliser un éventuel stationnement illicite.

Afin d'offrir de mieux accueillir les touristes, la rue du Marais, principale voie d'entrée à Coulon a été dégagée de tout véhicule. Au détriment de la supérette COOP car seul le camion-magasin peut stationner occasionnellement.
Afin d’offrir un meilleur accueil aux touristes, la rue du Marais, principale voie d’entrée à Coulon a été dégagée de tout véhicule. Au détriment de la supérette COOP car seul son camion-magasin peut stationner occasionnellement.

Dans le discours du maire, on attendait qu’il parle de mesures sociales d’accompagnement. Par exemple, une suspension des zones bleues hors période estivale ; le rétablissement du stationnement à proximité de la supérette ; l’organisation d’un service de transport vers les commerces et services les plus proches (la zone d’activités commerciales de Magné est située à quatre kilomètres) à l’attention des personnes, souvent âgées, sans moyen de locomotion …

 

 

 

 

 

 

 

 

Côté finances, le discours de l’adjoint Yves Pouzet n’est guère optimiste :  » L’année 2017 s’inscrira dans la même politique de réduction de la dette publique poursuivie par le gouvernement sur la période 2014 – 2017. Elle se traduit globalement par une diminution de la dotation de fonctionnement des collectivités territoriales. Pour notre commune, la perte de cette recette pour 2016 par rapport à l’année de référence, début de cette politique, a été de moins 116 000 euros. Cette perte sera encore supérieure en 2017, puisqu’elle atteindra probablement 160 000 euros (. . .). Dans ce contexte, en 2016, nous avons révisé les taux d’imposition communaux sur la taxe d’habitation et sur le foncier bâti. Cette révision, dont on est conscient du sentiment désagréable qu’elle produit, sera la seule que nous opèrerons sur la mandature 2014-2020. Elle a permis d’accroître les recettes fiscales, ce qui représente en partie, et en partie seulement, notre capacité d’investissement.  »

A Coulon, l’investissement qui concerne directement les habitants représente des travaux de voirie, de sécurisation de sites et d’amélioration des conditions de vie au groupe scolaire.  » Pour la nouvelle salle des fêtes dont nous vous parlons depuis longtemps », poursuit le maire,  » une réflexion dans le cadre de l’intercommunalité a été engagée. Il s’agirait de créer, en partenariat avec le Parc Naturel Régional du Marais Poitevin (PNRMP), le département, la région et la CAN (Communauté d’Agglomération du Niortais), un complexe qui pourrait accueillir la Maison du Marais Poitevin, l’office de tourisme et une boutique des produits et savoir-faire régionaux, ainsi qu’une salle de séminaire et spectacle. La réflexion est aujourd’hui bien avancée avec les différents partenaires et une étude de faisabilité va être engagée dans les prochains mois. »

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En 1998, la Communauté de communes de la Venise Verte (CCVV) qui regroupait Coulon, Magné et Sansais-La Garette, avait amorcé une réflexion sur un projet de salle d’animation rurale. A l’issue d’une réunion de concertation, l’année précédente, avec les représentants d’une trentaine d’associations, les initiateurs du projet avaient acquis la conviction que la salle s’avérait indispensable et qu’elle devait accueillir aussi bien de simples réunions que d’importantes manifestations non sportives. L’emplacement choisi, à proximité du giratoire de La Repentie, étant important sur le plan touristique, il a été décidé d’accoler un office de tourisme à la future structure. Cette salle devait ouvrir en 2001.
Initialement prévue lors de sa constitution, l'extension du Centre Social et Culturel du Marais serait possible si le musée est déplacé.
Initialement prévue lors de sa constitution, l’extension du Centre Social et Culturel du Marais serait possible si le musée est déplacé.

Une information qui laisse penser à une sortie du centre-bourg du musée phare du PNRMP et du plus important des guichets d’accueil des touristes que compte le Marais mouillé. Une bonne nouvelle pour le Centre Social et Culturel du Marais, tout proche voisin, qui pourrait ainsi investir le bâtiment libéré.

 

 

En outre, l’adjoint à l’urbanisme Dominique Giret informe : « Coulon offre beaucoup de surfaces constructibles. On a cette chance-là. (. . .) Nous, on a la chance d’avoir une partie de la commune qui est en dehors du marais, dans des secteurs qui ne sont pas zones humides. Et le PLU [Plan Local d’Urbanisme] permet aujourd’hui de faire beaucoup de choses. Cela dit, le prix du mètre carré reste assez élevé à Coulon. La commune n’a pas la main sur les prix du marché. Aujourd’hui encore, c’est de l’ordre de 80 à 90 euros le m², ça peut aller au delà parfois. C’est un frein, ces prix là. Notamment pour les primo accédants et les jeunes qui voudraient s’installer sur la commune. »

Hormis l’extension d’un lotissement, les autres projets d’investissement ne sont pas destinés aux autochtones. En premier lieu, la construction de nouvelles billetteries aux embarcadères. Des cahutes en tôle rouge maladroitement dissimulées sous des perches en châtaignier posées horizontalement. Le second projet ne verra pas le jour avant la fin de la mandature. Le troisième représente une lourde épée de Damoclès sur la dette locale. Ces deux derniers seraient gérés par des prestataires privés.

En effet, la construction d’une résidence seniors « connaît quelques retards, vu les difficultés rencontrées avec les propriétaires des terrains, qui, pour l’instant, refusent des négociations amiables », explique le maire. « Nous espérons que la raison l’emportera et que nous éviterons une expropriation, toujours gênante pour tout le monde. » La procédure d’expropriation comprend une 1ère phase administrative préparatoire au cours de laquelle la personne publique (État, collectivités . . .) doit démontrer l’utilité publique de son projet, et une 2ème phase judiciaire servant, à défaut de cession amiable, à transférer la propriété à la personne publique et à indemniser l’exproprié. Cette procédure peut prendre des mois, voire des années. Sachant que l’utilité publique de ce projet n’est guère évidente car il est situé en plein bourg dans un espace réduit, et l’installation au bord d’un fleuve d’une telle résidence est déconseillée par la profession, semble-t-il.

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Ce bâtiment qui a hébergé la Maison Familiale Rurale du Marais, est un legs fait par testament à la municipalité coulonnaise par madame Elise Lucas. Elle avait écrit une condition : l’utiliser au bénéfice des enfants et de la jeunesse en général.

Quant à la reprise des locaux de l’ex Maison Familiale Rurale du Préplot (MFR), monsieur Simon a déclaré : « Monsieur Jacques Mozzi-Ravel, le directeur général de GPA [Groupement entre les Pupilles de l’Enseignement Public et l’Association pour Adultes et Jeunes Handicapés], m’a dit : le conseil d’administration a acté la reprise de l’ex MFR, sous deux conditions. » Alors que l’investissement représente trois millions d’euros, la première condition : « avoir les subventions promises et que les banques suivent le GPA, également » ; la deuxième : « avoir un bail à construire parce que la commune est propriétaire de la maison historique d’Élise Lucas et avoir une clause de sortie dans ce bail à construire. C’est à dire que si jamais avec le GPA, ça ne fonctionnait pas et qu’il serait amené à cesser cette activité, pouvoir avoir une valeur négociable ou que la mairie s’engage à racheter, à hauteur des travaux effectués dans ces locaux, à reprendre, à la proportion, le rachat. Donc, ils veulent ces deux conditions de sortie. Sinon, c’est acté. L’architecte est nommé, les demandes de subventions sont faites. Si ça avance comme ils le souhaitent, on aura un permis de déposé en 2017 et les travaux pourraient commencer dès 2018, pour une ouverture au printemps 2019. Ça, c’est une bonne nouvelle, car c’est un dossier que nous travaillons depuis des années [depuis juillet 2013] qui a été difficile, rendu corrigé. »                                                                                                                                                                   Un dossier à risque pour les contribuables coulonnais. Est-ce qu’une gestion municipale peut accepter de telles conditions spéculatives ?

Monsieur Michel Simon, maire de Coulon, a conclu la soirée de vœux : « Que vous puissiez garder votre optimisme malgré les difficultés de la vie quotidienne et rester confiants dans un avenir plus serein, que cette nouvelle année voit la réalisation de vos projets et de vos souhaits les plus chers. »           On peut toujours rêver.

Gilles PETIT

MARAIS POITEVIN : Le CSCM fête ses 30 ans . . . « et c’est pas fini »

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Une programmation éclectique ouverte à tous. C’est à partir de cette idée que l’équipe du Centre Social et Culturel du Marais (CSCM) a organisé son trentième anniversaire. Rayonnant principalement sur les communes de Coulon (Deux-Sèvres) et sa voisine Magné, le CSCM a investi le site de La Repentie, pour trois jours de fête. Clin d’œil à cette structure, lieu de citoyenneté, d’échanges, de réflexions, d’épanouissement des initiatives . . .

Texte et photos Gilles PETIT

Le Centre Social et Culturel du Marais siège au bord de la Sèvre Niortaise à Coulon.

Né en juillet 1986 dans la continuité de la Maison Pour Tous de Coulon, association pluridisciplinaire, le Centre Social et Culturel du Marais a ouvert ses portes en 1987 à Coulon. Installé dans une maison ancienne reconstruite par la municipalité coulonnaise alors conduite par M. Maurice Moinard, le CSCM a développé sur sa zone d’influence (à l’époque, douze communes du Marais Mouillé) un ensemble d’actions qui l’ont fait connaître comme une véritable structure de développement social et culturel. Les locaux, les services permanents et les activités sont toujours ouverts à l’ensemble de la population du Marais, toutes générations confondues.

Les actions mises en œuvre concernaient déjà 232 usagers en 1987, 485 en 1988, 672 en 1989, 734 en 1990. Trente ans plus tard, le CSCM annonce près de 750 personnes adhérentes dont les trois quarts d’enfants et de jeunes. Entre 60 et 70 bénévoles s’investissent dans les activités, régulières ou saisonnières, de cette association qui compte, aujourd’hui, 14 salariés et 20 à 25 vacataires, pour un budget annuel de 620.000 €.

Le CSCM assure des missions d’intérêt général avec l’aide de nombreux partenaires : les communes (principalement Coulon et Magné), les Conseils départemental et régional, l’Etat et la Caisse d’Allocation Familiale, laquelle verse une prestation de service dans le cadre de la « fonction d’animation globale et coordination ».

En 30 ans, le CSCM a connu 8 présidents(es), de Nicole Sagory à Nicole Bernard, et 6 directeurs(trices), de Jacques Brenet à Marie-Noëlle Louis-Bonnin.

A sa création en 1987, le CSCM devait regrouper quinze communes mais son rayonnement étant étroitement lié aux choix municipaux, celui-ci n’était soutenu financièrement que par six communes : Amuré, Arçais, Coulon, Saint-Georges-de-Rex, Saint-Hilaire-la-Palud et Le-Vanneau – Irleau.

Outre son rôle de maison des associations, le CSCM est, également, un centre de services : secrétariat permanent (dactylographie, reprographie), action sociale (aide aux démarches administratives, relais d’information pour la garde d’enfants à domicile) . . .

En fin d’année 1998, le centre a accueilli l’adhésion de Bessines, une commune qui ouvrait ainsi à sa population et plus particulièrement aux enfants, les nombreuses activités permanentes et ponctuelles que propose l’association.

Lors de la dernière assemblée générale, en mai 2016, il a été précisé que « le secteur d’intervention des communes participantes demeure Magné et Coulon, celle de Sansais – La-Garette apportant aussi sa coopération ». Cependant au cours de cette réunion annuelle, le maire de Magné, M. Gérard Laborderie a fait remarquer : « Nous devons élargir à d’autres communes. Actuellement, nous ne sommes que deux financeurs, à raison de 100.000 € soit un peu plus du quart du budget.»

La grande fête était installée au lieu-dit La Repentie sur la commune de Magné (79).

Plusieurs associations ont participé à la fête en présentant leur(s) activité(s). En voici quelques unes, en photos prises au hasard des stands.

En plus des tables rondes proposées sous le grand chapiteau noir, Photo Gilles PETIT 4114dressé par la Cie aiRe de Cirque, ou dans la yourte, construite par la SCOP La Frênaie, les « 30 ans » offraient aussi des séries de spectacles et d’animations, diurne ou nocturne. Le tout gratuitement. La liste étant longue, voici, pêle-mêle, un échantillon des talents saisis sur les différentes scènes disséminées dans la végétation du Marais Mouillé.

 

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Le Chœur de Rohan
L'énorme libellule, œuvre collective d'une quarantaine de personnes, de tout âge et tout milieu, qui accueillait les visiteurs.
L’énorme libellule, œuvre collective d’une quarantaine de personnes, de tout âge et tout milieu, qui accueillait les visiteurs.

HISTOIRE : A Irleau (Deux-Sèvres), une stèle en l’honneur de neuf patriotes du « Groupe Marais »

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Samedi 28 mai 2016, la commune du Vanneau-Irleau (Marais Poitevin des Deux-Sèvres) et le Souvenir Français ont rendu hommage à neuf patriotes du Groupe Marais arrêtés par la police politique de Vichy le 23 mai 1944, dont trois furent surpris à la ferme du Deffend à Irleau ; les autres étant arrêtés à Damvix (Marais Poitevin de Vendée) et à Niort (Deux-Sèvres). Huit seront exécutés sur la Butte de Biard (Vienne), le 4 juillet 1944 ; leur hébergeur Honoré Cadet sera déporté en Allemagne à Neckargerach, où il mourra le 29 décembre 1944.

Photo Gilles PETIT DSCN3970
Dressée à proximité de la ferme du Deffend (en arrière plan), la stèle rend hommage au Groupe Marais.

« En entrant en résistance, ils savaient qu’ils risquaient leur vie. Dans l’ombre, individuellement puis collectivement, ces femmes et ces hommes avaient à cœur de retrouver leur liberté. Les raisons de leur engagement furent multiples : refuser la défaite, chasser l’occupant, défendre les valeurs de la République. Leurs actes et comportements prirent des formes diverses s’adaptant à la radicalisation et à l’expression arbitraire de la répression imposée par l’occupant et le régime de Vichy ». Source : « Au nom de la Résistance » la Butte de Biard 1942-1944 – Hommage aux 128 fusillés, édité par l’association VRID Vienne Résistance Internement Déportation.

Pendant l’occupation, le Marais et sa configuration compliquée permet aux réfractaires du STO (Service du Travail Obligatoire) et aux jeunes du Parti communiste de se dissimuler. Ainsi, les sites de Coulon, d’Arçais, du Vanneau et d’Irleau sont alors des plaques tournantes. Un noyau de résistants «le Groupe Marais», qui n’est à aucun moment un maquis organisé, rassemble des jeunes dont le seul lien est l’appartenance à la même famille politique. Le climat va engendrer des dénonciations, il s’ensuit, une cascade d’arrestations aux terribles conséquences.

RESISTANCE
Camille DORE (archives documentaires)
RESISTANCE
Michel DORE (archives documentaires)

Ils s’appelaient : Honoré Cadet, Camille et Michel Doré, Jacques Jabouille, Raymond Giraudineau, Marcel Forestier, Paul Constant Mohimont, Léon Monéger, et Marcel Pouponneau. Ils ont été dénoncés à la Feldkommandantur de Poitiers, à la suite d’un sabotage sur la voie ferrée Niort-La Rochelle.

 

Souvenir Français 3986Honoré CADET était cultivateur à la ferme du Deffend. Il a hébergé, entre autres, les membres du Groupe Marais : Camille et Michel DORE sont nés le 9 juillet 1922 à Niort. Enfants de l’Assistance Publique et élevés à Coulon, ils sont requis au Service du Travail Obligatoire, qu’ils refusent en se cachant dans la ferme d’Irleau. Francs Tireurs Partisans tous les deux, ils sont arrêtés ensemble ; Marcel FORESTIER est né le 15 mai 1923. Il était électricien et résidait à St-Cloud (Seine) ; Raymond GIRAUDINEAU est né le 29 mai 1924. Il était ouvrier, domicilié à Bondy (Seine) ; Jacques JABOUILLE  est né le 22 juillet 1920. Marié, il était ajusteur, domicilié à Rochefort (Charente-Maritime). Responsable du Front National (mouvement de résistance créé par le Parti communiste), Jacques Jabouille avait été interné en juin 1942 au camp de Rouillé (Vienne), puis au camp de Migné (Vienne) d’où il s’évade le 29 septembre 1943 ; Paul Constant MOHIMONT est né le 1er juin 1923 à Bosseval (Ardennes). Ce cantonnier était entré dans le maquis en Vendée ; Léon MONEGER est né le 1er mars 1923. Photographe, il travaillait en région parisienne ; Marcel POUPONNEAU est né le 11 janvier 1918. Il était cultivateur à Yves (Charente Maritime).

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En présence des sections maraîchines d’anciens combattants, d’amis, de sympathisants et de membres des familles des héros honorés, la cérémonie a été organisée par le Souvenir Français et la municipalité locale, sur une proposition d’un ancien Irleaudais Jean-Michel Caquineau (2ème à droite)

Ezilda BARREAUNous avons aussi une pensée pour Ezilda BARREAU. Née à Cerzeau (Deux-Sèvres) en 1893, elle vend sa maison pour rejoindre son fils unique, Eugène, instituteur à Irleau. Tout premiers résistants communistes de cette région, ils s’engagent ensemble dès 1941 dans l’Organisation Spéciale, puis appartiennent aux Francs-Tireurs et Partisans, actifs dans le Marais Poitevin. Ezilda Barreau héberge de nombreux clandestins dont Rol Tanguy, assure les liaisons entre le «Groupe Marais» et les Francs-Tireurs et Partisans, distribue des tracts et transporte des armes. Arrêtée le 26 mai 1944 à Azay-le-Brûlé (Deux-Sèvres) où elle s’était repliée au début du mois après que son fils soit entré dans la clandestinité, elle meurt à la prison de la Pierre Levée à Poitiers le 1er juin 1944 suite aux supplices infligés. Madame Barreau est la seule femme inhumée au Carré Militaire du Cimetière des Sablières de NIORT.

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Gérée par Honoré Cadet, la ferme du Deffend a hébergé de nombreux réfractaires au STO, ainsi que des communistes et autres personnes persécutées par la police politique de Vichy.

 

Gilles PETIT

MARAIS POITEVIN : des bovins « mis à l’herbe » par bateau pour entretenir les îles du Marais mouillé

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Dans le marais de La Garette (Deux-Sèvres) au cœur des Marais mouillés du Marais Poitevin, un site appelé « Venise Verte« , les vaches (surtout de race maraîchine) regardent passer . . . les touristes, qui flânent en barque durant la saison estivale.  Installées sur des parcelles inaccessibles par voie de terre, elles sont « mises à l’herbe » jusqu’à l’automne. Pourquoi ? Comment ?

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La Maraîchine est élevée dans les marais atlantiques et leurs régions bordières et participe ainsi au maintien des prairies de marais, support de la biodiversité des zones humides. Vache rustique et à croissance lente, elle possède les aptitudes d’un animal de type mixte adapté à un milieu difficile et à des conditions d’élevage extensif.
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Avec ses yeux maquillés et sa robe brun orangé, la vache maraîchine cadre bien dans le Marais poitevin.

« La Maraîchine est une bonne mangeuse d’herbe qui se complait sur les prairies humides des marais de Vendée, de Charente Maritime et des Deux-Sèvres. Elle a gardé toute sa rusticité, sa fécondité, ses facilités de vêlage. Elle a une grande productivité numérique. Moins précoce en croissance que les races à viande spécialisées, elle excelle dans la production de veaux blancs ou rosés élevés sous la mère et dans la production de bœufs de 3 ans et demi à 4 ans, élevés à l’herbe. »

 

 

Cette année, six exploitations, membres de l’Association des Éleveurs par bateau de la Venise Verte, déplacent près de 150 animaux vers les marais inaccessibles par voie de terre situés entre les villages de Coulon, Magné et La Garette. Pour ce faire, les éleveurs disposent du chaland-bétaillère appartenant au Parc naturel régional du Marais poitevin. Les vaches et les bœufs vont pâturer jusqu’à l’automne, sur 120 Ha de prairies naturelles.

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Afin de faire « tourner » l’entretien des parcelles, durant la saison, sept éleveurs utiliseront ce chaland, à cinq portes-passerelles, pour permettre aux troupeaux de franchir aisément les « conches ». Ainsi, en l’absence de ponceau, le bateau est positionné en passerelle, en long ou en large, au travers du cours d’eau.

Grâce à l’action combinée du Parc naturel régional du Marais poitevin et de l’Association des Éleveurs par bateau de la Venise Verte, les parcelles concernées par la déprise agricole depuis les années 1970 dans le marais, retrouvent une activité pérenne. Fruit de 15 ans de travaux et de collaboration avec les éleveurs, l’agriculture renaît dans les îles de La Garette.

« Étendu sur environ 300 hectares au cœur de la Venise Verte, le marais de La Garette se situe à cheval sur les communes de Sansais-La Garette et Magné. Cette zone humide bocagère bordée, au nord-ouest, par la Sèvre Niortaise est constituée d’un fort maillage hydraulique, constitué de canaux étroits, et de petites parcelles de prairies avec alignements de frênes, taillés en têtard, et de peupliers. Elle est intégrée au site Natura 2000 Marais Poitevin, pour sa valeur écologique. Ses intérêts paysager et scientifique ont également justifié en 1981 son classement en site classé selon la loi du 2 mai 1930. »

 

 

On dit que la mise à l’herbe est une tradition ancestrale. C’est vrai et faux à la fois. En effet, seules les fermes du marais déjà inaccessibles par voie de terre déplaçaient leurs cheptels en « barque à vaches » dans un espace limité autour de leurs installations. Ces grands bateaux servaient aussi de simples passerelles entre prairies. En revanche, beaucoup de fermiers utilisaient ce moyen de transport pour se rendre plus aisément aux marchés aux bestiaux des communes environnantes ou rejoindre les camions pour des déplacements plus lointains. A cette époque, la grande majorité des parcelles du Marais mouillé étaient, soit cultivées, soit fauchées par les éleveurs, lesquels ramenaient leurs productions, le foin et l’herbe à la ferme en bateau.

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Avant l’embarquement, les bovins doivent passer dans un « travail » pour les peser, puis traités avec un produit contre mouches et tiques. Cette année, le public n’a pas assisté à ces étapes indispensables car elles ont été menées préalablement à cette animation publique.
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L’entretien des marais inaccessibles par voie de terre est le fruit d’une étroite collaboration entre collectivités, institutions et associations.

Gilles PETIT

Sources : Parc Naturel Régional du Marais Poitevin; Conservatoire d’espaces naturels de Poitou-Charentes; Association des Éleveurs par bateau de la Venise Verte; CIVAM SUD 79 Marais mouillé.

 

Bonus:

Le reportage de France 3 Poitou-Charentes.

MISE A JOUR 29/5/2016:

http://www.wat.tv/embedframe/157116chuPP3r13001332

Reportage de TF1 sur le Marais Poitevin à partir de la 15ème minute.

 

 

MARAIS POITEVIN : l’évaille de janvier, la Venise Verte devient « blanche »

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Dans les Marais mouillés du Marais Poitevin des Deux-Sèvres, les Maraîchins retrouvent, enfin ! leur « évaille » d’antan, à savoir leur crue si bénéfique, indispensable à toutes leurs activités ancestrales, voire vitale à cette seconde zone humide de France.

Photo Gilles PETIT 3491AVANT, les anciens étaient fiers de LEURS deux crues annuelles, au printemps et en automne. Les « marais étaient blancs », les bateaux à fond plat pouvaient circuler sans barrières, en passant au dessus des clôtures et en slalomant entre les frênes et les peupliers. Suivant le niveau d’eau, évidemment. Une fois franchis les lits bouillonnant et dangereux de la Sèvre Niortaise ou des canaux latéraux des rives gauche et droite du fleuve, on entre dans un pays inimaginable, un autre monde. Une eau claire et étrangement calme.

Nous avons flâné dans le bief en aval du barrage de La Sotterie sur les communes de Coulon et de Sansais-La Garette (79) et Les Bourdettes sur la commune de Damvix (85). Un bief est la « marche d’un escalier » qui régularise la descente des eaux vers l’océan, à l’aide de barrages-écluses construits en aval de Niort (79) sur la Sèvre Niortaise : écluses de Comporté, La Roussille, Marais-Pin, La Sotterie, Les Bourdettes, Bazoin et Marans, voire l’écluse maritime du Brault en cas de nécessité. Le marais semble plat, sachez qu’il existe pourtant un dénivelé de 12 m entre Niort et la baie de L’Aiguillon. Avec une pente très faible de l’ordre de 10 cm au kilomètre.

Le bief en aval de La Sotterie est le seul palier du Marais Poitevin sur lequel les gestionnaires de l’eau peuvent « étaler » de fortes précipitations, protégeant ainsi des inondations le chef-lieu des Deux-Sèvres et les communes situées en amont de cette ville. Il permet aussi de garder l’eau avant de l’envoyer dans le palier inférieur. Ce dernier, n’étant pas assez « creux » et pratiquement situé au dessous du niveau de la mer, est dépendant des fortes marées, lesquelles, renforcées par un grand vent d’ouest, peuvent refouler les courants et provoquer quelques brèves inondations dans le Marais dit desséché et alentours.

Petite balade entre ciel et eau ; entre grand silence et murmures d’animaux.

Texte et photos Gilles PETIT

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FRONTENAY ROHAN-ROHAN (79) : Brigitte Compétissa, une femme et mère de famille avant tout !

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Maire de la commune de Frontenay Rohan-Rohan, Mme Brigitte Compétissa venait d’être élue Conseiller départemental de son canton deux-sévrien. Elle faisait équipe avec M. Rabah Laïchour, maire de la commune voisine Sansais-La Garette, conseiller départemental du canton.  Elle est décédée le 29 juillet 2015 et inhumée à Colombiers (17) dans l’intimité familiale. Les instances locales et départementales ont organisé une cérémonie-hommage dans sa ville, le 21 août dernier. Les intervenants ont salué la mémoire d’une “ femme de combat ”, d’une “ élue engagée ”, d’un “ être sensible et dévoué ”. Mais, un point a plané sur l’assemblée sans être vraiment dévoilé. M. Rabah Laïchour : « Cette fois, je voudrais rendre un hommage à Brigitte Compétissa en tant que femme et mère de famille. Je lui dédie cette chanson d’Idir : Sendou. »

Lors d’une soirée à Puteaux, dans la région parisienne, le chanteur Idir a introduit « Sendou », « Baratte » en français. Un samedi  soir :

Quand j’ai fait cette chanson, j’ai automatiquement pensé à ma maman, donc inévitablement à la vôtre aussi…

Je me souviens, je devais avoir 7- 8 ans, pas plus
Nous étions en Kabylie, elle était là, à côté de moi, en train de battre du lait, qu’elle a mis dans une calebasse, – vous savez une espèce de baratte – elle le battait en faisant ce geste là (mouvements des mains tenant de chaque côté les cordelettes de la calebasse que le fait osciller), peut-être qu’un certain nombre d’entre vous ont déjà vu faire…

Et quand, elle faisait son acte, son travail, elle le rythmait aussi des mots, d’idées, de chants, de soupirs.

Ça lui arrivait de pleurer des fois même, d’esquisser un sourire à des moments aussi.

Mais vous savez sur le coup j’étais jeune, beaucoup trop petit pour comprendre. Ayant, bien sûr grandi, et surtout ayant emmagasiné toutes ces choses dans ma tête, dans ma mémoire, je me suis rendu compte alors qu’elle ne faisait que se confier à son instrument, parce qu’elle n’avait pas d’interlocuteur valable.

Et c’est là, où j’ai compris une chose, cette image de femme qui était là, subissant la loi du milieu, du mâle… et qui se confiait donc à une chose inerte…

C’est là où j’ai compris une chose assez importante dans ma vie, c’est que ce n’est déjà pas évident d’être une femme en général dans n’importe quelle société, qu’elle soit moderne, avancée, aboutie ou non, je crois que ça l’est encore moins dans des sociétés à fortes traditions telles que la mienne, et j’en voulais pour preuve cette dame qui se trouvait être ma mère…

J’ai compris une deuxième chose, c’est que… j’ai sorti inconsciemment cette chanson du fond de mon enfance, à travers des visions que j’ai eues, que j’ai vécues, des sensations que j’ai éprouvées,… J’ai tout de suite compris aussi qu’elle n’était plus à moi tout seul mais qu’elle nous appartenait tous,…parce que d’abord, on a tous une maman, et que, pour peu qu’on appartienne à une de ces sociétés un peu à fortes traditions, on a une image de la mère assez spécifique, assez spéciale… Et à ce titre, j’ai l’habitude donc de la partager avec vous, en vous demandant une chose, bien simple, ce que je fais depuis pas mal de temps : « essayez, ce soir, ce samedi soir à Puteaux, d’avoir dans votre tête, une image claire, précise, lumineuse, de celle qui vous a donné la vie,… ou tout simplement de celle que vous aimez,… qu’elles soient ou non de ce monde, je pense qu’elles seront à jamais gravées dans nos cœurs,…

Vous pourriez me dire pourquoi, bien sûr ?

Parce que l’un de vous pourrait me dire : ma maman est avec moi, on vît ensemble, il n’y a pas tellement de soucis !

Quelqu’un d’autre me dira : j’ai de ses nouvelles au téléphone, on se tient en contact,…

Mais vous savez, ce n’est pas du tout pour cela !….

Je vous le demande parce que je suis convaincu que vis-à-vis d’une femme en général et d’une maman en particulier, je crois que nous avons tous quelque chose à nous faire pardonner, ou à tout le moins à nous reprocher,…

Ne dîtes pas non tout de suite,… Rentrez en vous-mêmes, questionnez-vous,… et vous verrez bien !

Lequel ou laquelle d’entre vous, n’aura pas vu des larmes perler sur leurs joues, et surtout des larmes pour lesquelles nous avons une responsabilité plus ou moins directe,…sans compter tous ces pleurs, toutes ces larmes qu’elles auront versé à notre insu, parce qu’elles n’auront pas voulu nous les montrer, soit par pudeur, soit par crainte de nous heurter, soit pour se dire : ma foi, bon,…ces enfants, c’est moi qui les ai fait,..Si quelqu’un doit se sacrifier autant que ça soit moi !.

Franchement, lequel ou laquelle d’entre nous, tous, aura été pêché dans le tréfonds de leurs cœurs le moindre de leurs frissons,…la moindre de leur fragilité,…et surtout cessez de voir en elles des « mamans-couveuses », ou des « mamans-allaiteuses », qui ne sont là que pour la reproduction, alors qu’elles peuvent aussi avoir de la place pour un cœur contrarié, des amours contrariés, un désir frustré, etc.

Et à côté de cette femme, qui est la nôtre, j’aimerai avec votre permission que l’on associe l’image de ces millions et de ces millions de femmes qui sont resté là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, et qui n’ont pas la chance de vivre des moments comme ceux de ce soir,…

Et là aussi, vous pourriez me dire : Pourquoi ?

Parce que, comme nous tous, il nous arrive de rêver… puis surtout de courir naïvement après nos rêves… J’imagine que si ce soir on se mettait à penser à elles, il sera inscrit quelque part, en haut, dans le ciel de Dieu, qu’un soir de novembre, somme toute banal, dans une petite ville qui s’appelle Puteaux dans la région parisienne, quelques centaines de personnes étaient, là, ce soir,… mais cette soirée banale devient exceptionnelle dans la mesure où ces… quelques centaines de personnes… il n’y avait ni Marocains, ni Algériens, ni Français, ni Tunisiens, ni autre… il y avait simplement quelques centaines de cœurs qui étaient, là, les uns à côté des autres, prêts à sortir d’eux-mêmes ce qu’ils ont de meilleur, en émotions, en amours, en tendresses, et que dans un élan commun, en pensant à elles, bien sûr, j’imagine une boulée émotionnelle monter vers le ciel, traverser la mer, et puis aller s’éparpiller en millions et en millions de petits morceaux, chaque petit morceau étant un tout petit peu de baume dans leurs cœurs meurtris,…et c’est à ce moment-là, où cette fois-ci je suis sûr que ce n’est plus un rêve, on se dira dans un coin de ciel que ce soit là,…dans cette petite ville de Puteaux, ces quelques centaines de gens ont fait quelque chose de magnifique.

Voici la chanson « S’sendu » en kabyle, « Baratte » en français, interprétée par le chanteur Idir :